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Primaire à droite: jusqu'où ira Juppé dans ses attaques contre Fillon 

Alain Juppé et François Fillon le 5 septembre 2015 à l'université d'été de l'UMP.

Alain Juppé et François Fillon le 5 septembre 2015 à l'université d'été de l'UMP. - Jean-Sébastien Evrard - AFP

L'entre-deux tours de la primaire de droite est marqué par une attaque frontale d'Alain Juppé à l'encontre de François Fillon sur l'avortement. Mais la stratégie du maire de Bordeaux n'est pas sans risque.

Le ton a changé. Depuis le premier tour de la primaire de droite, l'ambiance s'est sérieusement tendue entre les deux candidats finalistes. La demande de "clarification" d'Alain Juppé vis-à-vis de François Fillon à propos de l'avortement a mis le feu aux poudres chez son adversaire, qui a jugé qu'il "tombait bas". Jérôme Chartier, le porte-parole de François Fillon, a ensuite évoqué une "polémique honteuse" pour qualifier cet échange musclé.

Le passage télévisé d'Alain Juppé lundi soir sur France 2 a annoncé la couleur: le maire de Bordeaux se dit prêt à "mettre toute la gomme", selon son expression. Une façon un rien décalée d'annoncer un changement de tonalité: désormais, l'homme modéré, qui se tient éloigné des polémiques de la campagne n'épargne plus son adversaire. "Fillon, on ne l'a pas vu venir mais désormais on ne le laisse plus tranquille", glisse-t-on chez les proches du maire de Bordeaux.

Un homme trop modéré?

Pour cela, la stratégie est bien définie: Alain Juppé va multiplier les interviews télévisées, et les parlementaires qui le soutiennent sont envoyés au front pour le défendre. Avec un message: le Alain Juppé cordial, c'est du passé.

Mais cette tactique n'est pas sans risque. Alain Juppé se met-il en danger en changeant ainsi d'attitude? Peut-être. Pour le politologue Olivier Rouquan, il est plus que temps qu'il sorte de sa réserve. "Alain Juppé a choisi de ne pas se rallier à François Fillon. Il doit donc montrer pourquoi il est là, et prouver que le programme de François Fillon ne correspond pas à ses attentes ni à ses valeurs."

Une démonstration qui ne peut se passer d'un changement de ton. Ce qui n'est peut-être pas plus mal, aux yeux du politologue:

"Le fait qu'il se soit souvent mis en retrait lui a été reproché, notamment lors des débats télévisés. Il donnait l'impression d'être trop porté par les sondages, et se trouvait trop dans l'économie. On le voyait donc gérer son capital sympathie sans prendre assez de risques."

"On ne va plus lâcher Fillon"

Désormais, l'ambiance n'est donc plus la même. Et chez Alain Juppé, on est prêt à prendre des risques. "Depuis le début on dit qu'on ne fera pas d'attaque ad hominem, mais avec le retard qu'on a, on n'a plus le choix, il faut qu'on attaque", explique un de ses proches. Mais pas n'importe comment: on se concentre sur les attaques sur le programme du candidat adverse. "Il ne s'agit pas non plus de casser l'image de l'homme modéré", prévient Olivier Rouquan, "mais il doit absolument justifier sa présence et rappeler que François Fillon n'est pas la solution. Cela passe par un pointage des choses qui ne fonctionnent pas dans le camp d'en face".

C'est donc sur l'avortement que le maire de Bordeaux a commencé à attaquer son adversaire. François Fillon n'a pas tellement apprécié: "Ca fait trente ans que je suis parlementaire: est-ce qu'une seule fois j'ai pris une position contraire à l'avortement? Une seule fois? Est-ce que vous avez vu une seule fois dans un programme de François Fillon des propos concernant le retour sur la loi Veil? Jamais, voilà", s'est emporté le député de Paris. Chez les proches d'Alain Juppé, on rappelle goguenard que François Fillon "n'est pas très habitué aux attaques, il a été plutôt épargné pendant la campagne. Mais là, on ne va plus le lâcher".

Fillon et Poutine

Les arguments ne manquent pas. La relation de François Fillon avec Vladimir Poutine, le président russe, pourrait compter parmi les prochaines attaques. Outre une pique à son adversaire, elle permettrait surtout à Alain Juppé de mettre en valeur son capital d'homme d'Etat, via son expérience de ministre des Affaires étrangères.

Mais pour Bruno Cautrès du Cevipof, "il est déjà trop tard, Alain Juppé est trop figé dans son image d'homme modéré. Il s'est reposé sur ses lauriers de favori. Combiné à son âge, cela ne passe plus auprès d'un électorat très impatient". Le prochain débat entre les deux hommes jeudi soir sera sans doute la dernière chance pour Alain Juppé. La semaine s'annonce encore longue.

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV