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Blocage à droite: Fillon s'obstine, Juppé renonce

En annonçant une bonne fois pour toutes qu'il ne sera pas candidat à la présidence de la République, Alain Juppé n'a pas du tout épargné François Fillon. Plus que jamais, la droite apparaît fracturée, au pied du mur. Et les alternatives, bien fragiles.

Le visage était grave, les mots aussi. Après un week-end passé sous le signe de la discrétion, Alain Juppé a finalement coupé court aux rumeurs, ce lundi matin: il ne sera pas candidat à la présidence de la République. Un soulagement pour François Fillon, qui s'accroche coûte que coûte à sa candidature, quitte à être lâché par plus de 300 soutiens de son propre camp? Pas vraiment. Avec cette décision, le maire de Bordeaux montre plus que jamais que la droite est aujourd'hui au pied du mur. Bloquée.

"Je confirme une bonne fois pour toutes que je ne serai pas candidat à la présidence de la République", a ainsi annoncé Alain Juppé lors d'une déclaration à la presse des plus attendues.

Un "renouvellement" impossible?

Celui qui, il y a encore quelques mois, était présenté comme le favori de la droite et du centre dans la course à l'Elysée, ne profitera donc pas de la situation a priori inextricable dans laquelle se trouve aujourd'hui François Fillon, contre qui il avait dû s'incliner lors de la primaire de la droite et du centre.

Il a "hésité", concède l'ancien ministre des Affaires étrangères, affirmant avoir reçu "de très nombreux appels" l'incitant à y aller. Mais "il est trop tard", explique-t-il, il ne peut pas incarner le "renouvellement" nécessaire pour donner une vraie chance à la droite d'être au second tour de l'élection présidentielle.

"Gâchis", "impasse", "obstination": le droite est fracturée

Si Alain Juppé est désormais officiellement hors course, ce renoncement qui ne dit pas son nom n'est pas une bonne nouvelle pour Les Républicains. Car la déclaration de l'ancien Premier ministre n'a pas du tout épargné son ancien rival.

"Au lendemain de notre primaire François Fillon, à qui j'avais immédiatement apporté mon soutien, (...) avait un boulevard devant lui, je lui ai renouvelé ce soutien à plusieurs reprises", rappelle-t-il. Y compris après les révélations du Canard enchaîné, la loyauté de Juppé envers Fillon n'a jamais été remise en cause, jusqu'à la semaine dernière.

Aujourd'hui, les mots sont très durs, sévères, et illustrent la fracture qui paralyse la droite. Critiquant "l'obstination" de François Fillon, Alain Juppé estime qu'il est allé trop loin avec "son système de défense fondé sur la dénonciation d'un prétendu complot et d'une volonté d'assassinat politique l'ont conduit dans une impasse". Dans le sous texte, le maire de Bordeaux explique qu'il ne sera jamais Président, tout comme l'actuel candidat LR. Un "gâchis", résume Alain Juppé.

Des tractations toujours en cours

Les Républicains qui considèrent aujourd'hui que François Fillon ne peut plus aller jusqu'au bout ont-ils seulement encore une alternative? En coulisses, on s'active pour trouver une solution de la dernière chance. François Baroin, présent au Trocadéro ce dimanche, pourrait-il incarner le fameux "plan B" évoqué depuis plusieurs semaines? Une chose est sûre, avec les propos d'Alain Juppé, la proposition d'une réunion entre lui, Nicolas Sarkozy et François Fillon a désormais du plomb dans l'aile.

Reste l'initiative des sarkozystes, qui demandent au candidat François Fillon de choisir lui-même un successeur. Ou encore le comité politique des Républicains, censé se réunir de manière exceptionnelle ce lundi soir pour "évaluer la situation". Autant de tentatives qui devront composer avec la volonté de fer affichée par François Fillon, regonflé ce dimanche soir par sa démonstration de force à Paris: "Personne ne peut aujourd'hui m'empêcher d'être candidat."

Jérémy Maccaud