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Le PS se déchire autour de la succession à Cambadélis

Jean-Christophe Cambadélis annonçant sa démission après la défaite aux législatives.

Jean-Christophe Cambadélis annonçant sa démission après la défaite aux législatives. - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Le Conseil national du Parti socialiste doit statuer samedi sur la succession à Jean-Christophe Cambadélis. Une épineuse question qui provoque des remous en interne. Certains craignent que le Premier secrétaire garde la mainmise par le biais de son numéro 2 et plaident pour une direction collégiale avec plus de pouvoirs.

Jean-Christophe Cambadélis sera-t-il le "dernier Premier secrétaire" du PS? C'est en tout cas ce qu'il estimait jeudi dans les colonnes de L'Opinion. Après la défaite des législatives, il a annoncé sa démission, et le 8 juillet, une direction collégiale provisoire de 16 membres a été installée. Elle a notamment été chargée de mettre au point une feuille de route pour la refondation, qui a été soumise au vote des militants jeudi. Dans cinq mois, le parti tiendra un Congrès qui doit acter cette refonte. Mais d'ici-là, tout peut arriver.

La formation politique fait face à plusieurs difficultés: la nécessité de redéfinir sa ligne politique pour peser comme force d'opposition et redevenir audible auprès des Français; des problèmes financiers, que doit en partie résoudre la vente à venir du siège historique de Solférino; mais surtout la question du leadership, qui doit être abordée samedi lors d'un Conseil national. Une question qui reste béante, et qui plonge dans une guerre interne les différentes sensibilités coexistant au sein du parti.

Bureau extraordinaire et début de fronde

Signe de l'ambiance qui règne en coulisses, un Bureau national extraordinaire a été convoqué ce vendredi, à la veille du Conseil. Une convocation de dernière minute décidée par le Premier secrétaire et Rachid Temal, l'actuel numéro 2 et porte-parole du PS, qui répond à un début de fronde. Lundi 25 septembre, une vingtaine de socialistes se sont réunis dans un restaurant parisien à l'initiative du député Luc Carvounas. Parmi eux, François Kalfon, Patrick Mennucci, mais aussi Yann Galut.

"Nous avons acté le fait que Rachid Temal ne devait pas devenir Premier secrétaire par intérim", raconte l'ancien député du Cher, contacté par BFMTV.com. "La semaine dernière, on nous a annoncé que (celui-ci) devait devenir Premier secrétaire de transition jusqu'au Congrès de mars. Pour nous, c'est hors de question". 

Deux options sur la table

Le remplacement de Jean-Christophe Cambadélis par Rachid Temal est prévu par la lettre des statuts du parti. Mais comme le précise Yann Galut, certains craignent que l'actuel Premier secrétaire garde ainsi les rênes. Il est aussi reproché au sénateur socialiste d'avoir lancé une circulaire interdisant aux militants la double-appartenance, avec la LaREM mais aussi le Mouvement du 1er juillet, lancé par Benoît Hamon. "Elle n'a pas été débattue en Bureau national", regrette Yann Galut, qui en fait partie. 

"Rachid Temal a toute sa place au PS mais pas à ce poste-là", estime-t-il.

Comme le préconise notamment Luc Carvounas, qui a le soutien de l'aile gauche du parti et des proches d'Anna Hidalgo, l'option alternative serait la mise en place d'une direction collégiale avec plus de prérogatives, à la place du Premier secrétaire. 

"Nous voulons que la direction collégiale soit plus restreinte et qu'elle ait plus de pouvoir, pour que le parti soit plus efficace", insiste Yann Galut.

"Le parti n'est pas encore convalescent, il est agonisant"

Certains membres de l'actuelle direction regrettent de n'avoir pas été "informés de la vente de Solférino", ni du plan social qui en résulte. Face à la confusion qui règne, des voix s'élèvent pour alerter sur les conséquences de cette guerre interne. Secrétaire national du parti en charge des relations avec le Parlement, Eduardo Rihan Cypel "tire la sonnette d'alarme". 

"On n'a plus le droit aux gamineries, le PS n'est pas encore convalescent, il est agonisant", estime-t-il, contacté par BFMTV.com. "On ne va pas trancher les questions de personnes maintenant", insiste-t-il.

Pour lui, la priorité est à la redéfinition de la ligne politique du parti, et donc au Congrès. Et cela va de pair avec un renouvellement générationnel. "J'ai une conviction: ma génération, celle des trentenaires et des quadragénaires, doit reconstruire le PS. C'est notre responsabilité, la première fois que notre génération est en première ligne". Il appelle ses camarades à discuter "en dehors des conciliabules" et se dit pour un rassemblement large autour de personnalités telles que Boris Vallaud, Luc Carvounas, Olivier Faure ou encore Najat Vallaud-Belkacem.

Vers un renouvellement générationnel

Un diagnostic partagé par Yann Galut. "Il faut une nouvelle génération", estime-t-il, avec pour garde-fou une position claire sur le macronisme. Outre l'aspect générationnel, la pierre angulaire de la refondation est le positionnement face à la majorité actuelle. "On veut être dans l'opposition à Emmanuel Macron, alors que certains veulent entretenir l'ambiguïté", regrette-t-il. Un clin d'oeil à des hollandais historiques, qui ne seraient pas contre une éventuelle participation au gouvernement plus tard dans le quinquennat.

Face à la vague de dégagisme qui se dessine au sein du parti, certains ténors appellent à la refondation idéologique mais sans faire table rase du passé. "Jean-Christophe Cambadélis a su éviter l'explosion du parti pendant le quinquennat", estime l'un d'eux, contacté par BFMTV.com. "Il a quand même fait émerger beaucoup de nouvelles personnalités". 

Résumant l'enjeu auquel devra répondre le parti d'ici le mois de mars, Eduardo Rihan Cypel lance un dernier avertissement: "on ne peut pas se contenter d'être entendus seulement sur le siège, les statuts du parti ou autre chose ne concernant que les socialistes. D'ici le Congrès, il y a un risque de disparaître."
Charlie Vandekerkhove et Ariane Kujawski