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Le pari d'Edouard Philippe, Premier ministre sans parti

Edouard Philippe quittant le palais de l'Elysée le 11 octobre 2017.

Edouard Philippe quittant le palais de l'Elysée le 11 octobre 2017. - Ludovic Marin - AFP

L'ultimatum lancé par Les Républicains aux ministres transfuges et aux députés "Constructifs" prend fin ce mercredi soir. Edouard Philippe a fait savoir qu'il ne comptait pas "s'expliquer", et s'expose donc à l'exclusion du parti de la droite.

Quel est le point commun entre Edouard Philippe et Raymond Barre? La casquette de Premier ministre sans parti, que risque bien de revêtir l'actuel chef du gouvernement. Ce mercredi soir, l'ultimatum lancé par Les Républicains aux transfuges ayant rejoint le gouvernement ou le groupe des députés constructifs prend fin. Edouard Philippe a fait savoir qu'il ne comptait pas "s'expliquer". Il risque donc l'exclusion. Mais en parallèle, il ne semble pas non plus décidé à rejoindre un autre parti.

Cette situation, inédite depuis 40 ans, était celle de Raymond Barre, le Premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing de 1976 à 1981. Même Dominique de Villepin, qui n'a jamais été élu, avait sa carte à l'UMP. En réalité, quelle que soit l'option choisie, Edouard Philippe s'expose à un risque. 

Rendez-vous avec les Constructifs

Ce mercredi soir, hasard du calendrier qui n'en est pas un, il reçoit à Matignon ses amis "Constructifs", les élus de droite emmenés par Thierry Solère. Officiellement, il n'y sera pas question de l'avenir de ce groupe de 35 députés et 11 sénateurs constructifs et apparentés. Situé aux frontières de la majorité présidentielle, ce pôle hétéroclite s'interroge sur son avenir: entre création d'un nouveau parti, se rassembler avec radicaux et UDI, ou se rallier en bonne et due forme à La République en marche. S'il adhérait à un nouveau parti de centre-droit, cela pourrait être lu comme une démarcation malencontreuse vis-à-vis du chef de l'Etat.

Jusque-là, Edouard Philippe a indiqué qu'il ne souhait pas rejoindre La République en marche pour autant. 

"J'aurai un engagement politique, et l'engagement politique à mon avis vaut largement l'étiquette partisane", s'est-il justifié lundi sur Europe 1. "Tout le monde sait où je suis, de ce point de vue-là, j'ai pris mes responsabilités, je l'ai fait dès avant les élections législatives" en prenant la tête du premier gouvernement d'Emmanuel Macron, a souligné l'ancien maire du Havre.

La peur d'être prisonnier d'un parti

S'il rejoignait le parti présidentiel, "il pourrait craindre d'être dilué et surtout prisonnier d'un parti qui reste, à défaut d'une culture commune qui reste à construire, entièrement dédié à Emmanuel Macron", observe la politologue Chloé Morin, de la Fondation Jean-Jaurès. S'assumant "homme de droite" lors de son arrivée à Matignon, Edouard Philippe protège en quelque sorte, en restant sans étiquette, l'identité politique qui lui avait valu d'être choisi par Emmanuel Macron pour occuper Matignon. 

"La carte du parti du Premier ministre n'est pas une question importante pour les Français", minimise Matignon. Premier ministre sans parti, "en pratique, c'est déjà le cas depuis cinq mois", note un proche.

Pour Gérard Larcher, le président LR du Sénat, Edouard Philippe n'est "pas aujourd'hui le patron d'une majorité parlementaire". "Sa tâche n'est pas facile (...) c'est quelque part une nouvelle composition, en quelque sorte, des relations avec le Parlement", poursuit-il. Reste à savoir quand le Premier ministre sera rattrapé par la question de son appartenance politique, car le sujet risque bien de ne pas disparaître de lui-même.

Charlie Vandekerkhove avec AFP