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Européennes: l'implication de Macron dans la campagne LaREM peut-elle le desservir?

Emmanuel Macron lors d'un déplacement en Roumanie, le 9 mai 2019

Emmanuel Macron lors d'un déplacement en Roumanie, le 9 mai 2019 - Ludovic Marin - AFP

Depuis le début de la semaine, Emmanuel Macron s'implique de plus en plus dans la campagne LaREM pour les européennes. Un pari risqué pour le chef de l'Etat?

A quinze jours des élections européennes, un potentiel duel entre La République en Marche et le Rassemblement National semble de plus en plus se profiler le 26 mai. En atteste un récent sondage Elabe pour BFMTV, qui dévoile que les deux listes sont en tête avec 22% d'intentions de vote. De quoi éveiller le spectre de la dernière élection présidentielle de 2017... Et l'inquiétude de voir l'extrême droite lui passer devant a poussé Emmanuel Macron à véritablement entrer en campagne en début de semaine.

"Il est à donf, indique François Patriat, président du groupe LaREM au Sénat, au journal l'Opinion. Il prend conscience aujourd’hui de l’enjeu, il mesure que le combat est loin d’être gagné, et il demande à tout le monde d’être sur le pont".

"Toute son énergie"

Si le président n'a pas encore participé à un meeting avec Nathalie Loiseau, la tête de la liste LaREM, il s'est cependant rendu, mardi, de manière surprise, à un comité de campagne, organisé au restaurant du Palais de Tokyo dans le 16e arrondissement de Paris. Emmanuel Macron en a profité pour remercier l'ensemble des personnes présentes pour leur "mobilisation", rapporte Le Figaro, et pour adresser quelques consignes: "Il faut remettre du positif, de la bienveillance et de l’envie. On doit démontrer la cohérence et continuer à expliquer l’enjeu aux Français."

Jeudi, alors qu'il se trouvait en Roumanie pour participer à un sommet européen, Emmanuel Macron a mis un pied de plus dans la campagne en affirmant qu'il mettrait "toute (son) énergie" pour faire en sorte que le Rassemblement national "ne soit pas en tête" en France.

"Je crois qu'il n'y a pas mystère (...) La liste du Rassemblement national est une liste de déconstruction de l'Europe", a déclaré le chef de l'État. "Moi je suis patriote français et européen, ils sont nationalistes (..) Et le nationalisme, comme le disait François Mitterrand, c'est la guerre".

Profession de foi et clip de campagne

Autre détail qui confirme la reprise en main de la campagne de LaREM par Emmanuel Macron: sa présence sur la profession de foi de la liste. Positionnée dans un large bandeau en bas du document, la photo du président est accompagnée d'une dédicace manuscrite dans laquelle il appelle à "bâtir une Renaissance européenne". Or, c'est la première fois qu'un chef d'Etat apparaît sur une profession de foi.

Le nom d'Emmanuel Macron apparaît également sur le tract de la liste Renaissance et sa voix peut même être entendue tout au long du clip de campagne de son parti, diffusé au mois de mars.

Un pari risqué?

S'investir de la sorte pour Emmanuel Macron dans le navire LaREM pour les européennes peut-lui le desservir? Pour un député de la majorité présidentielle, interrogé par l'Opinion, il ne faut pas que le président en fasse plus.

"Ce serait une grosse erreur de s’impliquer davantage. Le président est au-dessus des partis et il voulait se représidentialiser. Le risque, c’est de faire monter le vote sanction".

La menace d'un référendum anti-Macron est de plus en plus mise en avant par l'opposition. La présidente du Rassemblement National, Marine Le Pen, a ainsi considéré jeudi que si Emmanuel Macron "perd l'élection" européenne, "alors il devra partir".

Pour notre éditorialiste Christophe Barbier, le chef d'Etat a "moins à perdre s’il perd, qu’à gagner s’il gagne."

"S’il gagne, Macron a la possibilité de reformater l’Europe comme il l’entend ou presque. S’il perd, il est contesté dans son pays mais c’est déjà le cas depuis neuf mois...", a-t-il souligné.

Il s'agit cependant de "la première élection du quinquennat", prévient Christophe Barbier, et un coup de frein à la politique du président n'est pas inenvisageable en cas de défaite.

Clément Boutin