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Avec son voyage politique en Amérique du Sud en plein Covid, Mélenchon fait polémique

Jean-Luc Mélenchon lors d'une conférence de presse de voeux, le 14 janvier 2021 à Paris

Jean-Luc Mélenchon lors d'une conférence de presse de voeux, le 14 janvier 2021 à Paris - Bertrand GUAY © 2019 AFP

Plusieurs figures de LaREM ont critiqué le chef de file de La France insoumise pour son déplacement en Bolivie puis en Équateur, alors qu'y circule le dangereux variant brésilien du Covid-19.

Dans l'arène politique, l'actualité monothématique sur le Covid-19 accélère les départs d'incendie. Nouvelle illustration cette semaine avec le voyage de Jean-Luc Mélenchon en Amérique du Sud, continent avec lequel le chef de file de La France insoumise nourrit un lien privilégié, fait de proximité avec les différents leaders de gauche qui y sont implantés. Une proximité dont le député des Bouches-du-Rhône s'est toujours vanté, qui découle de son admiration pour le socialisme bolivarien et de son intérêt pour les cultures locales.

Cette fois-ci toutefois, le déplacement menace de faire polémique. D'une part l'Amérique latine est actuellement ravagée par l'un des variants du coronavirus détectés au Brésil, particulièrement contagieux et dangereux pour les populations jeunes. D'autre part, Jean-Luc Mélenchon a diffusé une photo de lui bras dessus bras dessous, sans masque, avec Andrés Arauz, candidat de gauche récemment battu par la droite à l'élection présidentielle en Equateur.

"Indécence"

La députée La République en marche Aurore Bergé a tenté d'allumer la mèche mercredi sur LCI, avec force retweet de son passage en matinale. "Je trouve qu'il y a une forme d'indécence", a-t-elle déclaré à propos du déplacement, dressant un parallèle avec les Français établis au Brésil temporairement interdits de retour ou, dans l'Hexagone, empêchés de se rendre à plus de 10 kilomètres de leur domicile.

Invité à réagir sur la même chaîne, le secrétaire national d'Europe Écologie-Les Verts, Julien Bayou, a refusé de mettre une pièce dans la machine. "Je ne connais pas l'agenda de Jean-Luc Mélenchon", a-t-il d'abord répondu, soucieux sans doute de n'introduire aucun coin dans sa relation avec LFI, à deux jours d'une importante réunion politique à gauche.

"C'est un responsable politique qui fait des déplacements et je suis certain qu'il prend toutes les précautions sanitaires qui s'imposent", a poursuivi le candidat aux élections régionales d'Île-de-France.

Mélenchon fustige la "médiocrité" de LaREM

En l'espèce, l'agenda politique du député des Bouches-du-Rhône s'est alourdi au dernier moment. Comme il l'explique dans sa dernière "revue de la semaine", diffusée ce jeudi sur YouTube, Jean-Luc Mélenchon devait initialement se rendre uniquement en Bolivie. Il y est allé à l'invitation du gouvernement socialiste et dans le cadre d'une initiative menée avec l'ex-président brésilien Lula en faveur de la levée "des brevets sur les vaccins contre le Covid-19".

Le second tour de l'élection présidentielle en Équateur dimanche est venu s'ajouter à l'agenda. Le détour par ce pays, où il ne s'était pas rendu depuis 2014, a permis à Jean-Luc Mélenchon d'envoyer un message politique à ses amis écologistes en France. Le candidat équatorien de la gauche a perdu le scrutin "à 4 points d'écart", a tweeté le leader LFI. "Le candidat vert lui a refusé le soutien. Résultat: 1,7 million de bulletins nuls. La droite gagne." Clin d'œil appuyé.

Jean-Luc Mélenchon se contente ensuite de balayer d'un revers de la main "l'habituel gag" qui survient, dit-il, dès qu'il sort de France. "Toute la macronie qui sort de la niche pour aboyer", raille l'ancien socialiste.

"Quand on fait une photo, on enlève le masque. Alors ça dure le temps de la photo", s'explique-t-il. "Ça montre la médiocrité de mes adversaires. Les petites piqûres comme ça, répétées, créent une ambiance détestable de violence, de surenchère, de mépris... Et ça, je trouve que c'est pas bon".

Ruffin botte en touche

L'un des députés de son groupe à l'Assemblée nationale, François Ruffin, a été interrogé sur ce déplacement lors de son passage ce jeudi sur BFMTV-RMC. Selon le député de la Somme, Jean-Luc Mélenchon "respecte les règles".

"Il prend pas des repas clandestins, (...) il a pas pris d'avion clandestin. Il y va pour réclamer la levée des brevets" sur les vaccins, a-t-il insisté.

Selon François Ruffin, qui a quelque peu botté en touche en affirmant qu'il prenait "peu l'avion", il est anormal de tancer le leader de LFI pour son voyage alors même que certains ministres se déplacent régulièrement à l'étranger. "Il faut un traitement d'égalité entre les membres du gouvernement et les membres de l'opposition", juge-t-il.

Sur France Inter, Adrien Quatennens n'a rien voulu entendre et a enjoint LaREM à "balayer devant sa porte".

"Les responsables politiques doivent continuer à faire de la politique! Et d'ailleurs j'observe que tout le monde se soucie de la question sanitaire, et peut-être même de la santé de Jean-Luc Mélenchon, (...) mais il est dans un pays où l'épidémie circule moins qu'en France", a fait remarquer le député du Nord, saluant au passage la fermeture, par la Bolivie, de sa frontière avec le Brésil.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a eu cette observation plus générale, dans sa vidéo, sur le débat public en France: "Faut qu'on (...) trouve le bon point d'équilibre, pour être à la fois dans la conflictualité politique et en même temps dans la capacité à pas laisser la situation se dégrader, au point que plus personne ne parle à personne."

Jules Pecnard Journaliste BFMTV