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Interpellé par Baroin, Macron doit dans ses bottes face aux maires

Après que le président de l'Association des maires de France, François Baroin, lui a rappelé les enjeux de son discours ce jeudi devant le congrès de son organisation, Emmanuel Macron a pris la parole. Il a rappelé l'importance du lien entre l'exécutif et les élus locaux, mais a toutefois montré qu'il ne comptait pas faire de compromis.

C'est un dialogue qui s'est transformé en une longue proclamation. Ce jeudi, devant les 15.000 édiles réunis à Paris pour le congrès de l'Association des maires de France, le président de cette organisation et le chef de l'Etat ont d'abord échangé avant qu'Emmanuel Macron ne cherche à s'affirmer devant le parterre d'élus. 

Le "défi" de François Baroin et Shéhérazade

François Baroin, maire de Troyes, a entre autres dénoncé les contrats "léonins" pour l'encadrement des dépenses des collectivités locales. Au moment de terminer son discours, il a mis en garde, avec humour, le président de la République. Rappelant deux exemples montrant que l'AMF avait pu déjà dans le passé s'opposer à l'exécutif, il a posé: "je redis ma petite parabole sur le magistrat et l’avocat. J’ai pris le temps pour ma plaidoirie, prenez le vôtre pour que vous soyez à présent et pour les cinq ans qui viennent l’avocat de la cause des communes."

Il a alors conclu: "Si vous épousez cette cause, si vous devenez le premier porteur des intérêts des communes de France, vous qui incarnez à présent la République, et nous qui en sommes les gardiens au quotidien, nous serons à vos côtés". 

A son tour au pupitre, Emmanuel Macron a relevé le gant, citant l'héroïne des Mille et une nuits: 

"J’ai bien entendu votre défi, monsieur le président, qui consiste à ne pas m’arrêter tant que je n’ai pas convaincu. Pour ceux qui ont eu à subir précédemment mes discours, vous prenez, je pense, un risque certain. Il paraît qu’ils peuvent durer longtemps. En quelque sorte vous m’infligez le supplice de Shéhérazade consistant à parler pour ne pas être exécuté, mais je peux tout à fait être Shéhérazade."

Le "profond respect" de Macron à l'égard des maires 

Dans la suite, le président de la République a alterné les propos doux aux oreilles des maires et les recadrages. "Il y a dans la relation entre l’Etat et les communes quelque chose qui tient du compagnonnage républicain. (...) La République n’est pas détenue par quelques-uns, ni par le président, ni par le gouvernement, ni par celles et ceux qui l’incarnent dans les territoires. Elle est en partage avec ces représentants de la République élus que sont les maires", a-t-il caressé dans un premier temps.

Poursuivant sur cette lancée, il a dit: "Nous avons le devoir de réussir ensemble pour la France. Et dans ces moments de division, de doute mais aussi d’ambition, j’ai besoin de vous." Expliquant plus tard ce qu'il entendait par cette nécessité, il a déclaré: "J’ai besoin de vous en ce que vous portez la République." Alors que l'un des dirigeants de l'AMF, André Laignel, avait évoqué il y a quelques jours, l'arrivée du "temps du mépris" à l'égard des maires, Emmanuel Macron a visiblement cherché à évacuer cette accusation: "J’ai souhaité dès le début de mon mandat vous adresser ces messages de considération, d’attention et de profond respect."

Ni cassant, ni rassurant 

Mais sur le fond, il a maintenu ses positions, comme sa volonté de supprimer la taxe d'habitation pour 80% des foyers, confirmation qui lui a valu quelques sifflets. Assurant ne pas être venu pour "faire plaisir", il a annoncé une "refonte de la fiscalité locale et communale", sans entrer dans le détail. "J’ai une caractéristique : il m’est arrivé de dire des choses qui ne plaisaient pas. J’en ai une autre: immanquablement, je les applique." il a aussi déclaré: "Je n’ai pas peur d’affronter la grogne lorsque l’action publique l’exige."

Il a cependant dit vouloir préserver les moyens financiers des maires et leur autonomie. Si Emmanuel Macron a évité d'adopter un ton cassant face à ses interlocuteurs, il a donc peu cherché à les rassurer. 

"Macron joue sur du velours"

En plateau, notre éditorialiste Bruno Jeudy a souligné la limite de l'exercice: "Les élus locaux ne font plus confiance sur la base des seuls discours. En plus, Emmanuel Macron a lui aussi changé lui sur ce qu’il disait au mois de juillet et a commencé par une douche froide sur les emplois aidés, les APL."

Le journaliste s'est arrêté sur un passage-clé du discours: "Sur la taxe d’habitation, Emmanuel Macron sait très bien qu’il a choisi le côté des Français plutôt que celui des élus. Il sait qu’il joue sur du velours. Il sait que c’est peut-être la seule mesure qui ait vraiment imprimer durant sa campagne, car elle relève du pouvoir d’achat direct."

Robin Verner