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Congrès des maires de France: la colère des élus locaux face à Macron

François Baroin, président de l'Association des maires de France (AMF)

François Baroin, président de l'Association des maires de France (AMF) - JACQUES DEMARTHON/AFP

Baisse des APL, diminution des emplois aidés, exonération de la taxe d'habitation... Les sujets de friction ne manquent pas entre collectivités et gouvernement.

"On est à l'os." Le 100e congrès des maires de France s'ouvre dans un climat de tension entre les collectivités et le gouvernement ce mardi. François Baroin, président de l'Association des maires de France (AMF), est venu exprimer, sur BFMTV, le "ras-le-bol" des édiles contre la politique menée par Emmanuel Macron.

Entre la baisse des APL, la diminution des emplois aidés et les 13 milliards d'euros d'économies imposés aux collectivités sur cinq ans, les sujets de friction ne manquent pas. Votée samedi à l'Assemblée nationale, l'exonération de la taxe d'habitation pour une partie des ménages inquiète particulièrement les maires. Cet impôt constitue en effet l'une des principales ressources des communes.

"Les services publics se détériorent. Les investissements sont menacés. [...] Les dotations sont en chute libre. [...] C'est difficile de dire aux communes d'avancer pour transformer le pays", déplore ainsi le maire LR de Troyes ce mardi matin.

Perte d'autonomie

Six mois après l'entrée en fonction du chef de l'Etat, les édiles se sentent dépossédés de leurs pouvoirs d'action. "On a transféré toutes nos compétences!", grince Anne-Marie Rocher, maire de Saint-Léger, un petit village de Charente. "Tout est pris par la communauté de communes. On ne décide plus. Ils ont décidé, mais c'est à nous de faire passer", assure-t-elle sur RMC.

"Sous le quinquennat Hollande, la dotation globale de fonctionnement versée par l'Etat aux communes a été réduite, mais notre autonomie de gestion, garantie par la constitution, était préservée", explique Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux dans les Hauts-de-Seine et secrétaire général de l'AMF, dans une interview à L'Epxress.

"Elle est remise en cause aujourd'hui, car le gouvernement veut nous forcer à réduire nos investissements avec la loi de programmation des finances publiques 2018-2022."

"Voici venu le temps du mépris"

A ce défaut d'autonomie s'ajouterait un manque de considération. Selon certains élus, le nouveau gouvernement ferait fi des contraintes locales. "Voici venu le temps du mépris", lance ainsi André Laignel, vice-président de l'AMF, dans Le Télégramme.

"Il y a peut-être une ignorance de la façon dont se passent les choses, un poids trop important de Bercy sur certaines décisions", estime Philippe Laurent. "Un pays, c'est autre chose qu'une start-up."

"L'été a été catastrophique. Nous avons le sentiment de ne pas être vraiment entendus et que c'est la technostructure qui est en train de tirer les ficelles", abonde Vanik Berberian, président de l’association des maires ruraux de France, sur Europe 1.

"Pas un élu qui croit à cette promesse"

Pour désamorcer la colère des maires, Edouard Philippe a assuré lundi que "le gouvernement compensera à l'euro près le dégrèvement de taxe d'habitation". Mais, "il n'y a pas un élu qui croit à cette promesse-là", s'agace Vanik Berberian.

"Nous craignons que la compensation promise par le gouvernement ne soit pas totale. Même si elle l'est la première année, il est probable qu'elle baisse au fil des années", explique Philippe Laurent à L'Express

"Pacte de confiance" possible selon Baroin

Le congrès qui se déroule sur trois jours, à compter de ce mardi, devrait réunir quelque 15.000 maires et une quinzaine de ministres. Pour François Baroin, un "pacte de confiance" est possible, "mais le président de la République doit, d'urgence, reprendre la main sur ce dialogue", estime-t-il dans Le Figaro.

Le maire de Troyes, lui-même ministre du Budget sous Nicolas Sarkozy quand le tour de vis a commencé, prend soin d'inscrire le "ras-le-bol" des élus locaux dans un contexte plus large. "Il est aussi le fruit de la crise financière mondiale qui a effondré nos recettes fiscales à l'époque. [...] Ça fait sept ans que ça dure", affirme-t-il sur BFMTV.

Emmanuel Macron interviendra jeudi après-midi, en clôture de ce rendez-vous historique.
Juliette Pousson