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Baisse des contrats aidés: la genèse d'une mesure polémique

La baisse du nombre d'emplois aidés ne figurait pas dans le programme d'Emmanuel Macron.

La baisse du nombre d'emplois aidés ne figurait pas dans le programme d'Emmanuel Macron. - Alain Jocard - AFP

Le président de la République a présenté ce mardi devant les préfets des instructions détaillant les priorités en matière de répartition des contrats aidés. L'exécutif a dévoilé pendant l'été sa décision d'en réduire le nombre, mais assure que certains secteurs, comme l'éducation, seront préservés. Une proposition qui surprend d'autant plus qu'elle ne figurait pas dans le programme d'Emmanuel Macron.

Après celle sur la baisse des APL, c'est la polémique qui marque cette rentrée: la diminution annoncée des contrats aidés, jugés "inefficaces" et "coûteux" par la ministre du Travail Muriel Pénicaud, mais indispensables par de nombreux élus locaux et communes, suscite l'inquiétude. Dans certains établissements scolaires, elle se traduit déjà par la disparition de certains postes d'éducateurs ou d'auxiliaires.

Réservés en priorité aux chômeurs de longue ou très longue durée et aux jeunes, les emplois aidés permettent à l'employeur de bénéficier d'aides, sous formes de subventions à l'embauche, d'exonérations de certaines cotisations sociales et d'aides à la formation. Beaucoup d'associations, de collectivités territoriales et d'entreprises publiques y ont recours. 

Pas de proposition dans le programme de Macron

Le sujet, apparu pendant l'été, ne figurait pas dans le programme présidentiel d'Emmanuel Macron. Sur le site d'En Marche encore en ligne, parmi les propositions du candidat, la seule occurrence des emplois aidés évoque l'idée que le dispositif soit limité, mais il n'y est pas question noir sur blanc d'une remise en cause ou d'une baisse.

"Nous ne pouvons pas nous contenter d’emplois aidés, qui ne mènent souvent nulle part: la priorité doit rester l’accès à l’emploi marchand", peut-on lire dans un paragraphe consacré à une proposition concrète: celle de créer des "emplois francs" pour les habitants des quartiers sensibles. 

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- © Capture d'écran En Marche

Sur le compte Twitter d'Emmanuel Macron, la seule évocation des emplois aidés date de novembre 2014, alors qu'il était ministre de l'Economie. "On a moins d'emplois aidés qu'il y a 10 ans alors que nous sommes dans une situation plus difficile", déplorait-il.

Un dispositif "coûteux" et "inefficace"

Le lundi 31 juillet, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a posé les fondations de ce qui allait devenir l'un des sujets brûlants pour l'exécutif, en annonçant sa volonté de lancer une réflexion sur l'avenir des contrats aidés dans les mois à venir. Le 9 août, citant des études de l'OCDE et de la Cour des comptes, elle justifie cette décision de remettre en cause le dispositif avec trois arguments. 

"Les contrats aidés sont extrêmement coûteux pour la nation; ils ne sont pas efficaces dans la lutte contre le chômage; ils ne sont pas un tremplin pour l'insertion professionnelle", déclare-t-elle devant les députés lors de la session des questions au gouvernement.

60% de l'enveloppe dépensés par le gouvernement précédent

En réalité, l'essentiel s'est joué avant l'été, dès la fin du mois de mai. Comme l'a rapporté notamment le journal Le Monde, parmi les dossiers trouvés sur la table à son arrivée au ministère du Travail, Muriel Pénicaud a découvert que l'enveloppe annuelle allouée aux contrats aidés avait été en grande partie consommée par le gouvernement précédent, à hauteur de 60%, voire 70% selon les déclarations d'Edouard Philippe. En 2016, 456.723 contrats aidés ont été financés par l'Etat, alors que cet outil a été utilisé par François Hollande pour lutter contre le chômage.

Les équipes de Myriam El Khomri ont engrangé de nouveaux contrats aidés et renouvelé ceux qui arrivaient à échéance avant le 1er juillet. Cela a donc laissé une marge très réduite au nouveau gouvernement, qui risquait de se retrouver confronté à une hausse du nombre de chômeurs s'il n'était pas en capacité de renouveler les contrats arrivant à leur terme. 

Deux rallonges successives

Le ministère du Travail a donc dû demander une rallonge, qui lui a été accordée. Comme l'ont rapporté Les Echos le 12 juillet, la rue de Grenelle a obtenu 450 millions d'euros pour financer 13.000 contrats aidés supplémentaires. Au total, 293.000 contrats aidés devaient financés en 2017, contre 280.000 prévus initialement, mais le gouvernement a annoncé une nouvelle rallonge, jusqu'à "310.000 ou 320.000", selon Edouard Philippe. L'exécutif garde la volonté de réduire leur nombre à terme afin de faire des économies, en développant en parallèle la formation. 

Ce dimanche, lors de son passage dans l'émission Questions politiques, le Premier ministre a confirmé qu'il y aurait nettement moins de contrats aidés en 2018 qu'en 2017. Trois secteurs prioritaires ont cependant été définis, qui devraient être moins touchés par cette baisse: l'accompagnement des enfants handicapés, l'Outre-mer et les secteurs d'urgence sanitaire et sociale, a expliqué Edouard Philippe. 

Charlie Vandekerkhove