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"Il n'a parlé que d'islam": l'opposition fustige le discours de Macron sur le séparatisme

Le président Emmanuel Macron au Mureaux, le 2 octobre 2020

Le président Emmanuel Macron au Mureaux, le 2 octobre 2020 - BFMTV / Capture d'écran

Des responsables politiques reprochent à Emmanuel Macron de n'avoir parlé que de l'islam ou encore d'avoir été trop timoré dans ses annonces.

Tout en se défendant de stigmatiser les musulmans, Emmanuel Macron est passé à l'offensive ce vendredi en prononçant un discours attendu sur les séparatismes, centré sur l'islam radical, exhortant au "réveil républicain" face au "séparatisme islamiste".

Depuis Les Mureaux (Yvelines) le président de la République a prôné le renforcement des contrôles à tous les niveaux. Un dossier devenu l'angle d'attaque favori de la droite et l'extrême droite à 20 mois de la présidentielle, qui a rapidement suscité des réactions de tous bords de l'échiquier politique.

Enfoncer "des portes ouvertes"

"J'ai le sentiment que le président de la République enfonce des portes ouvertes. (...) J'ai la conviction, quasiment la certitude, que c'est un discours pour rien", a fustigé à notre antenne le député Les Républicains (LR) des Alpes-Maritimes Éric Ciotti. "L'islam politique est en conquête dans nos quartiers", s'est alarmé le parlementaire, qui a ajouté sur Twitter que pour lui, "le refus d'interdire le voile pour les accompagnants en sortie scolaire (était) une faute".

"Je dénoncerai toujours le discours victimaire du Président sur notre histoire ou notre responsabilité face à la radicalisation. Mais je veux saluer les mesures contre l'islam radical", a réagi la sénatrice LR Valérie Boyer sur Twitter.

Le RN dénonce des lacunes

"Trop de lacunes pour être convaincant!", a critiqué le Rassemblement national (RN) dans un communiqué. "Pas un mot sur l’immigration massive qui est le terreau du communautarisme, pas un mot sur l’interdiction nécessaire des idéologies (salafisme, frères musulmans...) dont le Président constate la volonté séparatiste, pas un mot sur la réforme nécessaire du code de la nationalité afin de priver les séparatistes de la nationalité française, pas un mot sur l’interdiction du financement étranger des mosquées dont le simple contrôle n’apporte aucune protection."

"Alors que 27% des musulmans de France considèrent la charia supérieure à la loi républicaine, ce ne sont pas les faibles annonces de Macron qui défendront nos modes de vie et valeurs", a fustigé Nicolas Dupont-Aignan sur Twitter.

Discours salué à LaREM

"La République doit reprendre toute sa place dans les quartiers, dans les écoles, avec les associations et les élus. Merci à Emmanuel Macron pour son expression forte et loin des caricatures", a salué Stanislas Guerini, délégué général de La République en marche (LaREM).

Pour le député LaREM de la Vienne Sacha Houlié il s'agit d'un "discours identifiant les faiblesses de notre République sans stigmatiser les pratiquants. Dur contre les radicaux et protecteur des modérés. Si dans nos débats, nous restons à la hauteur, alors oui, nous réussirons", a écrit le parlementaire sur son compte Twitter.

"Que la République traite tous ses enfants à égalité"

Chez les écologistes et à gauche, les mots du chef de l'État sont loin d'avoir convaincu.

"Le 'en même temps' c'est dire 'je ne cèderai rien à ceux qui cherchent à nous diviser' mais laisser Zemmour bafouer la loi tous les jours à l'antenne et le valoriser en l'appelant à l'occasion. Un autre visage pour le vrai séparatisme", a comparé Sandra Regol, secrétaire nationale adjointe d'EELV.

"Si on veut faire reculer l'islamisme, il ne suffit pas d'assurer une présence républicaine au bas de chaque tour, mais que la République traite tous ses enfants à égalité et leur garantisse vraiment les mêmes chances pour réussir", a réagi la sénatrice écologiste Esther Benbassa.

"Il n'a parlé que d'islam, de manière obsessionnelle"

"Macron n'a pas parlé de séparatismes et de cohésion républicaine: il n'a parlé que d'islam, de manière obsessionnelle. Stigmatiser les musulmans, voici son unique solution pour tenter de masquer sa gestion calamiteuse de la crise sanitaire et sociale", a taclé la députée européenne insoumise Manon Aubry.

"Non seulement la politique de Macron aggrave le 'terreau' qu'il dénonce dans son discours, mais la loi permet déjà de lutter contre les obscurantismes. Plutôt qu'une nouvelle loi et des postures sur la République, donnons-lui les moyens de sa concrétisation réelle", a estimé le député LFI Adrien Quatennens, au diapason.

"On nous a dit qu'on allait parler 'des' séparatismes, en fait on ne parle que d''un' séparatisme, celui de l'islamisme radical, sans s'interroger sur d'autres phénomènes de sociétés, de l'archipellisation de la société, de la fragmentation de la société et du séparatisme des riches, qui est lié quelque part au séparatisme de certain pauvres, s'est agacé Alexis Corbière à notre antenne. Le problème c'est le creusement des inégalités. (...) Oui, il y a du fanatisme religieux dans certains de nos quartiers, mais qu'on ne peut faire reculer concrètement que par un service public conquérant qui a les moyens, et pas par des effets de manche pour à l'arrivée ne parler que d'un sujet."

"Emmanuel Macron pose un diagnostic plutôt juste sur les faiblesses de notre République mais réduit ses réponses à l'islam. Rien sur les quartiers que la République abandonne", a regretté le député communiste Stéphane Peu.

C.M. avec AFP