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École, imams... Ce qu'il faut retenir des annonces de Macron sur les "séparatismes"

Emmanuel Macron lors de son discours sur les "séparatismes" le 2 octobre.

Emmanuel Macron lors de son discours sur les "séparatismes" le 2 octobre. - Ludovic MARIN / POOL / AFP

Le chef de l'État a prononcé un discours très attendu ce vendredi matin, axé sur l'islamisme et prônant un "réveil républicain".

"Ni naïveté, ni stigmatisation." "Je l'ai toujours dit: nous ne tolérerons jamais ceux qui remettent en cause les lois de la République", a tweeté Emmanuel Macron ce vendredi matin, à quelques minutes de son discours sur les "séparatismes".

Cette prise de parole depuis Les Mureaux (Yvelines) annoncée de longue date, centrée sur l'islamisme, a été d'autant plus scrutée qu'elle a été repoussée à plusieurs reprises. Dans son discours, le chef de l'Etat a prôné le "réveil républicain", qui semble poser un jalon en matière de sécurité en vue de la présidentielle de 2022.

"Notre société est percluse de fractures, de non-dits que nous avons laissés s'installer", a notamment déploré Emmanuel Macron.

· Un projet de loi contre le "séparatisme islamiste"

Pour Emmanuel Macron, "le problème, ce n'est pas la laïcité". "La laïcité en République française, c'est la liberté de croire ou ne pas croire, la possibilité d'exercer son culte à partir du moment où l'ordre public est assuré. La laïcité, c'est la neutralité de l'État, mais en aucun cas l'effacement des religions dans l'espace public. La laïcité, c'est le ciment de la France unie. Si la spiritualité relève du domaine de chacun, la laïcité est notre affaire à tous", a estimé le chef de l'État ce vendredi matin.

"Ce à quoi nous devons nous attaquer, c'est le séparatisme islamiste", un "projet conscient, théorisé, politico-religieux, qui se concrétise par des écarts répétés avec les valeurs de la République", a-t-il détaillé. "Le problème c'est cette idéologie qui affirme que ses lois propres sont supérieures à celles de la République."

"Il y a dans cet islamisme radical (...) une volonté revendiquée, affichée, une organisation méthodique, pour contrevenir aux lois de la République et créer un ordre parallèle", a poursuivi Emmanuel Macron. "L'islam est une religion qui vit une crise aujourd'hui partout dans le monde", "gangrénée par ces formes radicales", a ajouté le chef de l'État.

Emmanuel Macron a également fustigé la "ghettoïsation de notre République" et le fait que "nous n'avons pas pu suffisamment recréer de mixité. (...) Nous avons créé des quartiers où la promesse de la République n'a plus été tenue".

Un projet de loi visant "à renforcer la laïcité" doit être présenté en conseil des ministres le 9 décembre prochain, "115 ans après l'adoption définitive de la loi de 1905", a annoncé le président.

Quant au "passé colonial" de la France, certains "traumatismes" n'ont "toujours pas été réglés avec des faits fondateurs dans la psyché collective", a-t-il estimé, en évoquant la guerre d'Algérie.

· Un renforcement de la neutralité des services publics

Dans le cadre de ce "réveil républicain", Emmanuel Macron a annoncé un renforcement de la neutralité des services publics. Ainsi, certaines écoles, "parfois sous pression de groupes ou de communautés, peuvent envisager des menus confessionnels à la cantine", a assuré le chef de l'État, citant des cas en Normandie et en Seine-Saint-Denis, ou encore les décisions de certains élus d'exclure des piscines des hommes ou femmes à certains horaires.

"Une fois la loi votée (contre le séparatisme, NDLR) le préfet pourra suspendre les actes municipaux correspondant à cette situation en constatant cette carence républicaine", a annoncé Emmanuel Macron, défendant cela comme étant une "mesure de protection de ce qui est la neutralité des services publics, de ce qui est aussi le maintien de l'ordre public". Les préfets pourraient in fine se substituer aux maires si des carences sont constatées.

L'obligation de neutralité applicable aux agents publics sera également étendue aux salariés des entreprises délégataires de services publics, "ce qui n'était pas le cas jusqu'alors", citant par exemple des entreprises de transports en commun.

"À l'islamisme radical brandi comme une fierté, nous devons opposer un patriotisme républicain", a prôné Emmanuel Macron.

· Un encadrement plus important des associations

Les associations, ce "pilier de notre pacte républicain (..) doivent unir la nation et pas la fracturer", a estimé Emmanuel Macron. Mais certaines, qui "ont pour raison d'être l'accompagnement des plus précaires ou l'aide alimentaire, déploient en réalité des stratégies d'endoctrinement", selon le chef de l'État.

"Les motifs de dissolution des associations en conseil des ministres étaient jusque là très limités, limités aux faits de terrorisme, racisme, antisémitisme... Ils seront étendus à d'autres motifs", a-t-il poursuivi.

"Avant la dissolution, il y a le financement. Toute association sollicitant une subvention auprès de l'État ou collectivité territoriale devra signer un contrat", une "charte de la laïcité". "Si le contrat est rompu, ses responsables devront rembourser, car il est nécessaire que l'argent public ne serve pas à financer les séparatistes", a expliqué Emmanuel Macron.

· La "stricte limitation" de l'instruction à domicile

"L'école, c'est le creuset républicain, c'est ce qui fait qu'on protège nos enfants", a estimé Emmanuel Macron, évoquant un "trésor collectif".

"Or là aussi, nous avons vu des dérives, nous voyons des contournements et nous avons des combats à mener", a-t-il affirmé, poursuivant sur le fait qu'il y avait des enfants déscolarisés qui ne recevaient "aucune éducation" mais allaient "dans des structures nullement déclarées".

"L'instruction à l'école sera rendue obligatoire pour tous dès 3 ans", a annoncé Emmanuel Macron, défendant une décision, "sans doute l'une des plus radicales depuis les lois de 1882 (dites lois Jules Ferry, NDLR) et celles assurant la mixité scolaire".

"Nous changeons de paradigme", a-t-il poursuivi. L'enseignement à domicile sera désormais restreint. Jusque-là, l'instruction était obligatoire à partir de 3 ans mais pas la scolarisation.

Il a également évoqué la fin des ELCO (Enseignements en langues et cultures étrangères), ces enseignements qui concernaient neuf pays: l'Algérie, la Croatie, l'Espagne, l'Italie, le Maroc, le Portugal, la Serbie, la Tunisie et la Turquie. Ils ont disparu à la rentrée 2020.

"Il est légitime que l'État renforce les contrôles", a également estimé Emmanuel Macron au sujet des écoles hors-contrat, qui seront donc désormais davantage surveillées.

· La formation des imams en France

"Nous nous devons la ludicité: lorsque la loi de 1905 a été votée, l'islam n'était pas une religion aussi présente dans notre pays. (...) Nous sommes face à une réalité dont l'organisation ne correspond pas à nos propres méthodes", a estimé Emmanuel Macron.

Rejetant une "approche concordataire" à laquelle il dit avoir un temps réfléchi, Emmanuel Macron a prôné le fait de "libérer l'islam en France des influences étrangères", notamment avec le système de faire venir des imams et psalmodieurs de l'étranger. "Nous avons décidé de mettre fin à ce système", a déclaré le président.

"En transition, sur quatre ans en moyenne, nous allons nous-mêmes former nos imams et nos psalmodieurs", a annoncé Emmanuel Macron. Cette formation sera coordonnée par le Conseil français du culte musulman. "Ce n'est pas l'État qui le fera, en vertu meme du principe de séparation", a explicité le président, pointant la "responsabilité immense" confiée au CFCM.

Emmanuel Macron veut par ailleurs que les mosquées soient "incitées à sortir de la forme associative pour basculer vers le régime prévu par la loi de 1905" afin de mettre fin à "un système d'opacité".

"Il ne s'agit pas d'interdire les financements venant de l'étranger, il s'agit de les encadrer", jugeant jusqu'à présent la loi ambigue sur ce sujet.

"L'islam est une religion qui existe en France. (...) Nier le réel n'est jamais une bonne voie. Je pense que c'est le plus grand cadeau qu'on pourrait faire à ceux qui veulent basculer la République", a-t-il ajouté.

"Il nous faut aller au bout de cette structuration, ce dont nous sommes convenus, avec le Conseil français du culte musulman, c'est que d'ici à six mois au plus tard, celui ci allait finaliser un travail (...) qui consiste premièrement à labelliser des formations d'imams dans notre pays. Deuxièment, à assumer une réponsabilité cultuelle qui sera celle de la certification des imams. Troisièmemement, d'écrire une charte dont le non-respect entraînera révocation des imams. La structuration du pélérinage du hajj apportera des financements nécessaires", a poursuivi Emmanuel Macron.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV