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Hamon-Valls: un débat qui n'inversera pas la tendance... mais qui pourrait peser lourd

Le dernier débat de la primaire à gauche se tient ce mercredi. Il oppose les deux derniers prétendants en course, Benoît Hamon et Manuel Valls. Ce débat peut-il contrarier une dynamique pour l'instant très favorable à Benoît Hamon?

Les finalistes de la primaire à gauche, Benoît Hamon et Manuel Valls, se retrouvent une ultime fois, côte à côte, derrière leur pupitre. Ce mercredi, l’ex-Premier ministre et le député élu dans les Yvelines satisfont en effet à un dernier débat. Une question se pose cependant: alors que Benoît Hamon, désormais favori, est arrivé en tête au premier tour avec 35,8% des voix devant son adversaire récoltant lui 31,2% des suffrages exprimés, ce nouvel échange peut-il inverser la tendance?

Les entre-deux tours ne se ressemblent pas

Pour le sondeur et politologue Jérôme Sainte-Marie, président de la société d’études et de conseil PollingVox, il faut noter que tous les débats politiques n’ont pas la même vertu:

"Dans le cadre des élections en général, les débats jouent plutôt un rôle de confirmation, de consolidation des tendances. A la rigueur, il peut éventuellement modifier le rapport de forces à la marge."

Mais un débat de primaire exige de relever une gageure particulière, rappelle Thierry Arnaud, chef du service politique de BFMTV:

"Dans ce cas, on ne s’adresse pas à l’ensemble des Français. Benoît Hamon et Manuel Valls s’adresseront à deux millions de Français ou, au mieux, à trois millions. Il leur faudra être précis et toucher leur cœur de cible."

"Il faudrait un miracle à Manuel Valls"

Ces dernières semaines, les débats des primaires de la droite et du centre ou de la gauche ont déjà rebattu les cartes dans une certaine mesure. Les discussions du premier tour ont en effet imposé dans la compétition et l’opinion des personnages que rien, initialement, ne prédisposait à mener le jeu. Ainsi, François Fillon et Benoît Hamon ont tous deux pu s’appuyer sur leurs bonnes performances rhétoriques afin d’enclencher une dynamique électorale gagnante pour le premier, et, que le deviendra peut-être pour le second:

"Les débats du premier tour ont eu une vraie influence en favorisant l’émergence d’un troisième homme. Ensuite, au second tour, à droite, le débat entre Alain Juppé a peut-être amplifié le score de François Fillon", note Jérôme Sainte-Marie qui ajoute:

"A gauche, cette fois, on peut penser que le scénario le plus probable est que le débat entre Manuel Valls et Benoît Hamon renforce la dynamique en faveur de Benoît Hamon. Mais il faut rester très prudent. L’incertitude est plus grande car Benoît Hamon est une personnalité peu connue, et l’échange consistera en un vrai choc de personnalités. Le débat peut servir de rattrapage pour Valls…ou voir son effondrement."

Mais il ne faut pas exagérer le pouvoir d’influence du débat dans la dernière ligne droite. L’analyse de Thierry Arnaud est même implacable sur le cas du challenger:

"Il faudrait un miracle à Manuel Valls pour inverser la tendance. Pour lui, il s’agira de convaincre de se déplacer aux urnes dimanche ceux qui sont restés chez eux au premier tour et ne veulent pas voir le Parti socialiste prendre l’orientation de Benoît Hamon."

Un contraste, deux lectures

Le contraste entre un Benoît Hamon, en position de favori et donc appelé à faire preuve de pondération et à prendre le moins de risques possibles et un Manuel Valls en retard au vu de la récente performance électorale va donner sa forme au débat de ce mercredi. La tension sera à son comble, assure Jérôme Sainte-Marie qui invite à examiner les échanges entre les deux anciens collègues de gouvernement selon un double niveau de lecture:

"On peut assister à quelque chose de très agressif. Manuel Valls joue son va-tout. Il ne veut pas être battu, et encore moins par Benoît Hamon. Lors de ce débat, l’enjeu pour lui ne sera plus tellement d’inverser la tendance et de remporter la primaire mais de se libérer de la parole donnée. Je m’attends à un spectacle très dur. Manuel Valls peut brandir le thème de l’islamogauchisme pour ne pas être tenu de soutenir Benoît Hamon si celui-ci s’avérait être le vainqueur de la primaire."

Un débat qui laissera des traces

Sauf catastrophe pour le parlementaire et miracle pour l’ex-Premier ministre, le débat ce mercredi ne bouleversera ni le paysage politique français ni l’ordre d’arrivée des deux prétendants dans cette primaire. Cette perspective ne signifie pas pour autant qu’il ne soit qu’une étape insignifiante et indolore avant d’entrer dans le vif de la présidentielle. Le spectacle d’un échange à couteaux tirés, d’un favori vertement critiqué sur sa notion de la laïcité, sur la viabilité de son programme économique, pourrait peser lourd sur la suite de la campagne. Le président de PollingVox conclue ainsi:

"Cette épisode va faire, je pense, beaucoup de mal à la campagne de Benoît Hamon. Le premier tour a été abîmé par l’imbroglio autour de la participation, le second tour pourrait l’être par ce débat et les attaques contre la conception de la laïcité prêtée à Benoît Hamon. Et dans le processus d’émiettement de la gauche, ce ne sera pas anodin."
Robin Verner