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Rythme effréné, agacement présidentiel, appels du privé...: l'Élysée face à la fuite des conseillers

Ismaël Emelien, très proche conseiller d'Emmanuel Macron, le 13 mai 2017

Ismaël Emelien, très proche conseiller d'Emmanuel Macron, le 13 mai 2017 - AFP - Charly Triballeau

D'après Le Monde, "dix à quinze" conseillers du chef de l'État s'apprêteraient à quitter l'Élysée d'ici l'été prochain. Des départs qui s'ajoutent à ceux, déjà nombreux, qui ont eu lieu ces derniers mois.

Ils ont tous officiellement une bonne raison de ne plus arpenter, chaque jour, les couloirs feutrés du palais de l'Élysée. Depuis lundi, deux désormais ex-conseillers présidentiels font la tournée des médias pour faire la promotion de leur "manifeste" politique, Le progrès ne tombe pas du ciel.

Il s'agit d'Ismaël Emelien, membre du premier cercle d'Emmanuel Macron depuis près de cinq ans, et de David Amiel, qui travaillait auprès du secrétaire général de l'Élysée, Alexis Kohler. Mais comme le relève Le Monde ce mardi, le duo pamphlétaire du "progressisme" n'est pas un cas isolé: d'autres, et ils sont nombreux parmi les 44 conseillers du chef de l'État, ont quitté l'équipe élyséenne en l'espace de quelques mois. Un blues qui n'a rien de nouveau, 

Valse de janvier

La valse avait commencé début janvier avec Sylvain Fort, conseiller à la fibre plutôt droitière du président. En charge des discours d'Emmanuel Macron de mai 2017 à septembre 2018, il a un temps chapeauté le "pôle communication" de l'Élysée créé à la suite de l'affaire Benalla. Barbara Frugier, conseillère en communication internationale, donnée partante dès l'automne dernier, a également quitté ses fonctions à ce moment-là. 

Autre exfiltration, celle du conseiller politique Stéphane Séjourné, choisi par le chef de l'État pour diriger la campagne de La République en marche pour les élections européennes. Le Monde rappelle par ailleurs les départs de Fabrice Aubert, conseiller institutions et action publique, et de Ahlem Gharbi, conseillère Afrique du Nord et Moyen-Orient. 

Agacement présidentiel

D'après les informations du quotidien du soir, d'autres membres du cabinet présidentiel devraient suivre la même voie: Sonya Djemni-Wagner, conseillère justice, et Emmanuel Miquel, conseiller entreprise, attractivité et export. Quant à Antoine Pellion, en charge du portefeuille énergie, environnement et transports, il va bientôt diriger le cabinet de Stanislas Guerini, délégué général de LaREM. Au total, l'entourage d'Emmanuel Macron envisage "dix à quinze départs" d'ici à cet été. 

Rythme de travail effréné (calqué sur celui du président), besoin de renouvellement des équipes, insistance des chasseurs de tête issus du privé... Les appels du large sont nombreux pour ces conseillers dont certains, de surcroît, se sont sentis particulièrement échaudés par la crise des gilets jaunes.

Agacé par leur absence de clairvoyance sur la grogne sociale qui couvait depuis des mois, Emmanuel Macron se serait montré très dur à l'égard des membres de son équipe. Notamment lors de l'"itinérance mémorielle" de l'automne, lors de laquelle le chef de l'État a eu le sentiment, d'après Le Monde, "d'être envoyé au casse-pipe".

Une remontrance qui en rappelle une autre, il y a bientôt deux ans: sur le site de Whirlpool à Amiens, durant l'entre-deux tours de l'élection présidentielle, le candidat Macron avait passé un savon à son équipe, coupable selon lui de ne pas avoir su prévoir un coup médiatique fomenté à l'époque par Marine Le Pen.

"Le déplacement n’était pas bien monté, je vous le dis franchement. [...] Je ne peux pas paraître planqué", assénait-il alors. Deux ans plus tard, cette hantise de la déconnexion semble perdurer. 
Jules Pecnard