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Fédérateur en quête de poids politique, qui est Stanislas Guerini, patron de LaREM?

Stanislas Guerini - Image d'illustration

Stanislas Guerini - Image d'illustration - Joel Saget - AFP

Apprécié des troupes pour son efficacité et sa capacité d'écoute, le diplômé de HEC, élu à la tête du parti présidentiel le 1er décembre, a pour principal enjeu d'implanter LaREM durablement dans les territoires.

Pour lui, quoi qu'il arrive, la soirée aura été cruciale. Sur les six invités présents sur le plateau pour le grand débat organisé par notre antenne, Stanislas Guerini est le seul à en être à son tout premier mandat électif et à ne pas avoir arpenté, des décennies durant, les couloirs d'une formation politique, avec les âpres débats internes que cela entraîne.

Un contraste superficiel mais saisissant avec des personnalités "aguerries" comme Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Laurent Wauquiez ou François Bayrou. Quand bien même ce dernier endosse le rôle, à l'occasion de ce débat télévisé, d'allié indéfectible (mais parfois taquin) de la majorité. Et de soutien, donc, à celui qui dirige La République en marche depuis moins de quatre mois.

Ancien strauss-kahnien

Bientôt âgé de 37 ans, le délégué général de LaREM n'en est pourtant pas à sa première expérience politique. Comme l'a relaté un portrait que lui a consacré Le Figaro au moment de son élection à la tête du parti présidentiel, Stanislas Guerini a fait ses armes auprès de Dominique Strauss-Kahn. C'était en 2006, lorsque l'ancien ministre des Finances de Lionel Jospin se présentait à la primaire socialiste face à Ségolène Royal et Laurent Fabius.

Ce soutien initial illustre bien la filiation idéologique social-libérale du député de Paris. C'est par ailleurs à cette époque que l'intéressé se lie d'amitié avec un autre strauss-kahnien très actif, Benjamin Griveaux, actuel porte-parole du gouvernement.

Co-fondateur d'En Marche

Macroniste avant l'avènement de la macronie, doté d'un brillant parcours académique (École alsacienne, prépa Henri IV, HEC), "Stan" Guerini a tôt fait de s'engager auprès du ministre de l'Économie de François Hollande. Fin 2015-début 2016, il participe à la création d'En Marche! avec, entre autres, Ismaël Emelien et Cédric O. 

Quelques mois après l'élection d'Emmanuel Macron, c'est Christophe Castaner qui est choisi pour diriger le mouvement présidentiel. Un bail durant lequel l'ancien socialiste éprouve bien du mal à se singulariser sur le plan des idées ou de la doctrine - lot récurrent des dirigeants de parti majoritaire. La fin de non-recevoir signifiée par le chef de l'État au patron du mouvement sur la taxation des droits de succession, en septembre dernier, en est l'illustration la plus flagrante.

"En douceur et en efficacité"

Quand, dans le cadre du grand débat national, Stanislas Guerini remet le sujet sur la table, point de rebuffade. Le contexte de crise des gilets jaunes, plus propice au "brainstorming" - pour reprendre un terme cher aux macronistes -, y est pour beaucoup. 

Mais il y a aussi la méthode Guerini, toute "en douceur et en efficacité", comme le résume pour BFMTV.com Jean-Baptiste Djebbari, député LaREM de la Haute-Vienne. 

"Il a une personnalité très agréable, très ronde. On prend un vrai plaisir à travailler avec lui, car il est dans une logique d'écoute et d'échange. Il arrive à fédérer pour la première fois dans l'histoire du mouvement. Il n'a pas d'expérience des mouvements politiques, mais il s'est vraiment impliqué en lançant des expertises sur un tas de sujets dans le cadre du grand débat", raconte Marie Guévenoux, députée de l'Essonne et membre du bureau exécutif (ou "burex") de LaREM. 

Un constat que dressent les principaux élus du parti. "Il a su insuffler une nouvelle dynamique au mouvement et faire en sorte qu'après son élection, il n'y ait pas d'amertumes en interne. Sur ses propositions dans le cadre du grand débat, il a adopté le ton juste; une musique ni dissonante, ni béni-oui-oui", estime Hervé Berville, porte-parole du groupe LaREM à l'Assemblée nationale. D'autres sont plus sceptiques: un communicant qui a travaillé avec lui disait au Figaro, fin 2018, que "c'est un bon animateur de réseau, mais pas du tout un poids lourd politique".

Implantation locale

Comme souvent, les dates recèlent une part de symbolique. La confortable élection de Stanislas Guerini à la tête de LaREM, avec 82% des suffrages d'adhérents, remonte au 1er décembre dernier. Une date qui coïncide avec les plus violentes scènes d'émeutes qu'ait connu Paris depuis les événements de Mai 68.

À l'origine, la juxtaposition est du plus mauvais effet. Mais au gré du grand débat national lancé par Emmanuel Macron, Stanislas Guerini a su, d'après son entourage, "faire des propositions et, surtout, faire en sorte qu'elles soient mieux accompagnées". 

Le principal enjeu, pour LaREM, demeure toutefois l'implantation locale. Selon Marie Guévenoux, Stanislas Guerini "a su profiter du grand débat pour aller sur le terrain. Il s'appuie sur des membres du 'burex' pour préparer les élections municipales, départementales et régionales qui viennent. Mais Rome ne s'est pas faite en un jour; LaREM est un mouvement jeune, un mouvement de majorité, donc on est humble là-dessus". 

Chaque chose en son temps. Selon un pilier de la majorité, le défi de ce mercredi soir est avant tout "d'imprimer": "Son but est d'être identifié, de se montrer pugnace. Il a face à lui des gens rodés à la joute médiatique et qui ont le confort d'être dans l'opposition", prévient-il. Et de relativiser: "Mieux vaut sauter dans le grand bain pour apprendre à nager."

Jules Pecnard