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Quelles sont les pistes envisagées par Macron, condamné à convaincre?

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Dans les prochains jours, Emmanuel Macron a prévu de décliner ses mesures censées répondre aux attentes exprimées durant le grand débat national.

La pression semble immense, presque caricaturale. Dans les prochains jours, Emmanuel Macron a prévu de décliner ses mesures censées répondre aux attentes exprimées durant le grand débat national. Le chef de l'État aura aussi pour but, à n'en pas douter, de mettre un terme à la révolte des gilets jaunes qui perdure depuis bientôt cinq mois. 

Comme nous l'avions évoqué la semaine passée, plusieurs pistes sont envisagées par le président et son proche entourage, qu'il aura consulté presque sans interruption jusqu'à la dernière minute. Naviguant entre l'écueil du catalogue un peu fourre-tout et la tentation des mesures institutionnelles symboliques, Emmanuel Macron n'a d'autre choix que de marquer les esprits.

Ce qui est envisagé 

  • La piste la plus probable est une baisse de l'impôt sur le revenu, avec l'ajout de nouvelles tranches d'imposition pour le rendre plus progressif. Il existe actuellement cinq tranches, dont s'acquittent 43% des contribuables: 0%, 14%, 30%, 41% et 45%.
  • Chahuté par les critiques visant son choix d'augmenter la CSG pour une partie des retraités, Emmanuel Macron lorgne par ailleurs une possible réindexation des "petites retraites" sur l'inflation. Il s'agirait d'un revirement pour l'exécutif, qui a limité la hausse des pensions de base à 0,3% au 1er janvier, bien en deçà de l'inflation (1,8% en 2018), afin d'économiser 2,8 milliards d'euros. Ce sujet, plébiscité dans un sondage Ifop réalisé pour Le Journal du Dimanche (88%), doit revenir sur la table, puisque le Conseil constitutionnel a censuré en décembre la hausse de 0,3% prévue en 2020, obligeant le législateur à inscrire la mesure dans le prochain budget.
  • Certains membres du gouvernement ont également évoqué l'idée d'un système visant à garantir le paiement de la pension alimentaire aux mères célibataires. 
  • Introduire une dose de 20% de proportionnelle pour les élections législatives au lieu des 15% évoqués jusqu'à présent.
  • Remplacer des conseillers départementaux et régionaux par des conseillers territoriaux, réforme proposée par Nicolas Sarkozy.
  • Mettre davantage de fonctionnaires "sur le terrain" et moins dans les administrations centrales, avec l'ambition de rendre accessibles les services publics aux citoyens en moins de 30 minutes.
  • Créer une "Banque européenne pour le climat" afin de financer la transition écologique du continent, a été proposé par Emmanuel Macron. Cette idée est portée depuis un an par le climatologue Jean Jouzel et l'économiste Pierre Larrouturou (sur la liste de Raphaël Glucksmann aux européennes), qui plaident pour transformer la BEI (Banque européenne d'investissement) en banque de développement durable.
  • Une hausse du plafond d'abattage des loups a été annoncée par le chef de l'Etat de 10-12% à 17-19% en fonction des départements, en réponse à une revendication des éleveurs.
  • Supprimer les avantages des ex-présidents, Premiers ministres et ministres. Après avoir quitté l'Elysée, les ex-chefs de l'Etat disposent en effet d'une rémunération et de différents services (bureau, agents de sécurité...).
  • Remplacer ou réformer l'ENA, l'école de formation des élites de l'Etat sur le modèle de l'Ecole de Guerre.

Ce qui reste en débat

  • La remise à plat d'une partie des 474 niches fiscales, qui coûtent, ensemble, près de 100 milliards d'euros selon Bercy, est défendue par le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin.
  • Édouard Philippe et plusieurs ministres ont aussi suscité la confusion ces derniers jours concernant la réforme des retraites, préparée par Jean-Paul Delevoye. Ils assurent ne pas vouloir toucher à l'âge légal de 62 ans - il s'agit d'une promesse de campagne d'Emmanuel Macron - tout en évoquant un possible allongement de la durée du travail pour financer la dépendance et le grand âge.
  • Instaurer un taux de TVA à 0% sur les produits de première nécessité, comme le réclament certains "gilets jaunes". Gérald Darmanin et Édouard Philippe doutent d'une mesure coûteuse qui impliquerait aussi d'obtenir un accord préalable de la commission européenne, le droit européen interdisant d'appliquer un taux nul.
  • La hausse de la taxe carbone, à l'origine de la crise des "gilets jaunes" est exclue dans l'immédiat par le chef de l'Etat et le Premier ministre. Mais l'exécutif reste vague pour l'année 2020 et au-delà. "Ça fera partie des choix à faire dans les mois qui viennent", a déclaré jeudi sur France Inter le ministre François de Rugy.
  • Se passer à 100% du glyphosate en trois ans, un pesticide classé comme "cancérogène probable", ne sera pas possible d'ici à 2021, a signifié Emmanuel Macron, alors qu'il s'y était engagé. 
  • Prendre en compte les votes blancs. La garde des Sceaux Nicole Belloubet s'est montrée toutefois prudente quant à "l'impact" d'une telle mesure sur "la légitimité des élus".
  • Fusion du Sénat et du Conseil économique social et environnemental (Cese), à laquelle le Sénat est totalement opposé.
  • Concernant la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, mesure très contestée, Emmanuel Macron s'est dit ouvert à des aménagements locaux, au risque de désavouer son Premier ministre, qui en a fait l'un de ses chevaux de bataille.

Définitivement écarté

  • Voulu par 77% des Français, selon un sondage Ifop, le retour de l'impôt sur la fortune (ISF) a été fermement écarté par Emmanuel Macron. Mais un élargissement de l'IFI, l'impôt sur la fortune immobilière, pour les gros patrimoines (à partir de 1 million au lieu de 1,3), est avancé par certains.
  • Modifier les règles sur la taxation des héritages? "On n'y touchera pas tant que je serai là", a prévenu le président à l'automne. 
  • Une nouvelle réduction de la CSG semble peu probable après celle du taux concédée fin décembre pour les retraités touchant moins de 2.000 euros par mois.
Jules Pecnard avec AFP