BFMTV

Contestation: le gouvernement doit-il craindre une révolution?

La Manif' pour tous défilera une nouvelle fois ce dimanche.

La Manif' pour tous défilera une nouvelle fois ce dimanche. - -

"Manif pour tous", "Jour de colère", mobilisation contre l’austérité… Les mouvements de contestation se multiplient, et l’absence de soutien au gouvernement inquiète. Faut-il craindre le pire?

"Des attaques indignes", une "manipulation des esprits"…Les propos, signés François Hollande ce vendredi 31 janvier, illustrent parfaitement la crispation qui gagne actuellement l’exécutif.

Depuis Londres, le chef de l’Etat faisait référence à la manifestation "Jour de Colère" du 26 janvier dernier, mêlant des citoyens de toutes sensibilités, même si la droite traditionnaliste semblait y être la plus représentée.

L’évènement n’a mobilisé que quelques milliers de personnes, mais il vient s’ajouter à d’autres mouvements plus suivis, tels que la Manif pour tous, qui défilera une nouvelle fois ce dimanche.

"La droite était plus rassemblée sous Nicolas Sarkozy"

Le problème, c’est que malgré un discours qui se veut rassurant, le gouvernement ne parvient pas à mobiliser son propre électorat. Une partie était d’ailleurs dans la rue, en novembre, pour protester contre la politique d’austérité menée par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. 

C’est là toute la différence avec ses prédécesseurs. "On est effectivement loin de l’emprise qu’avait François Mitterrand sur la gauche", analyse Jean Garrigues, historien et professeur à l’université d’Orléans. "Et la droite était plus rassemblée sous Nicolas Sarkozy".

Pour autant, faut-il s’inquiéter d’une montée en puissance de la contestation, ouvrant la voie à une radicalisation massive? "Certains font le parallèle avec les émeutes du 6 février 1934, qui mêlaient des partisans d’extrême droite et des anciens combattants, certains appartenant même au Parti communiste", poursuit le chercheur. "Mais l’état d’esprit était différent, et surtout relayé par des journaux qui se tiraient à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires".

Un sentiment de défiance vis-à-vis des élites

"Dans le cas présent, on a affaire à une droite conservatrice et traditionaliste, qui par définition n’est pas vraiment insurrectionnelle. Cela me fait plus penser aux manifestations contre Mitterrand et l’enseignement libre de 1984", ajoute Jean Garrigues. "Cela participe d’un jeu relativement récurrent en démocratie, qui se focalise sur François Hollande car nous vivons dans un régime surprésidentialisé." Malgré tout, "l’Histoire ne se répète jamais tout à fait", prévient-il.

Si le changement ne semble pas être encore pour maintenant, la révolution non plus. La menace pourrait plutôt venir de groupuscules radicalisés, dont les rangs gonflent à mesure que la situation perdure.

Ce n’est un secret pour personne: la crise, économique et morale, a engendré un fort sentiment défiance du peuple vis-à-vis des élites, et ainsi entraîné une montée des extrémismes. Une forte abstention, caractéristique de ce sentiment de défiance, pourrait d’ailleurs venir la valider prochainement aux élections municipales et européennes. La cohésion sociale du pays pourrait ainsi être bousculée. Au gouvernement et à l’ensemble des responsables politiques de faire en sorte qu’elle ne s’effondre pas.

Yann Duvert