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Gestion du Covid-19 en France: la mission d'évaluation commandée par Macron pointe "des défauts manifestes"

Le président Emmanuel Macron, le 26 août 2020 à l'Elysée à Paris

Le président Emmanuel Macron, le 26 août 2020 à l'Elysée à Paris - Ludovic Marin © 2019 AFP

Il y a plus de trois mois, Emmanuel Macron a confié une mission d'évaluation à l'épidémiologiste suisse Didier Pittet, afin de tirer des enseignements de la première vague d'épidémie.

Au lycée, la copie se verrait sans doute annotée d'un "peut mieux faire", voire d'un "décevant". En l'espèce, il s'agit d'un rapport sur la gestion, par l'État français, de la première vague d'épidémie de Covid-19. BFMTV a pu se le procurer, et il pointe des "défauts manifestes d'anticipation, de préparation et de gestion" de la crise sanitaire.

Commandé par Emmanuel Macron le 25 juin à l'infectiologue et épidémiologiste suisse Didier Pittet, il a été rédigé sous la houlette d'une mission indépendante à laquelle ont participé des experts issus de plusieurs secteurs. Parmi ces experts, il y a par exemple Laurence Boone, économiste en chef de l'OCDE et ex-conseillère économique de François Hollande.

Le document tombe à pic, la France étant désormais confrontée à une deuxième vague, tout aussi imprévisible que la première mais face à laquelle l'exécutif est censé être mieux préparé. Parmi les objectifs visés par la présidence de la République, il y a l'idée de voir émerger des erreurs commises ou des carences de l'État afin de tirer des enseignements pour la suite.

Bonne gestion économique

Jugeant que la chute du PIB français avait été "particulièrement forte", comparable à celle "constatée au Royaume-Uni, en Espagne et en Italie", le rapport affirme également que la France se situait "dans une position intermédiaire en matière de surmortalité" liée au virus. Bien loin de ce qu'ont traversé les États-Unis ou l'Espagne, par exemple.

"À ce stade des travaux de la Mission, la gestion des conséquences économiques de la crise sanitaire apparaît satisfaisante. En France comme dans le reste de la zone euro, grâce aux dispositifs d'activité partielle, l'emploi a, à ce jour, bien résisté au regard de l'ampleur du choc sur l'activité économique", peut-on lire ensuite dans la synthèse des travaux.

Le rapport indique par ailleurs que "les annonces de soutien aux entreprises ont été d'une ampleur similaire aux autres pays étudiés, prenant en France plus souvent la forme de prêts et garanties que de subventions comme en Allemagne". Si notre voisin outre-Rhin a mieux résisté économiquement, c'est aussi parce que "l'intensité" de notre confinement (sa durée, son périmètre, son ampleur) a été bien plus conséquente.

Louant la "forte mobilisation" et la "réactivité" de notre système de santé ainsi que des citoyens dans leur ensemble, les rédacteurs soulignent combien cela rappelle "l'atout que constitue l'existence d'un système de protection sociale fort".

Mauvaise communication

La mission évoque toutefois l'un des sujets sur lesquels le gouvernement français a probablement essuyé le plus de reproches: sa communication erratique et son impréparation. Ce second phénomène est attribué par le rapport, précisons-le, au "déclin progressif du degré de priorité accordé à la prévention des pandémies au cours de la dernière décennie".

"La disponibilité des masques a pâti des hésitations sur leur doctrine d'emploi et d'insuffisances graves de gestion", peut-on également lire.

Quant à la capacité de tests, devenu l'un des points faibles de l'État à mesure que la deuxième vague devenait une réalité, elle aurait "souffert initialement d'un retard dans leur déploiement à grande échelle". Sont ensuite cités le "déploiement heurté" de la gestion de crise "au niveau interministériel", les relations complexes entre le ministère de la Santé et ses différentes agences, les difficultés de communication entre agences régionales de santé et les préfectures.

"Enfin, la communication gagnerait à être améliorer", poursuit le rapport. "La confiance a été ébranlée au début de la crise par les polémiques sur les masques puis, dans une moindre mesure, sur les tests. Les changements du discours officiel sur leur emploi ont conduit à ce qu'il soit perçu comme contradictoire par une partie de la population."

Ainsi, le rapport pointe du doigt le fait que les autorités, après avoir assuré que les masques étaient inutiles pour les non-soignants, ont généralisé leur usage en septembre. Les experts chapeautés par Didier Pittet ajoutent qu'il y a eu "un manque de pédagogie sur la pertinence des mesures mises en œuvre" et "une communication insuffisamment tournée vers les jeunes".

Un rapport pris "très au sérieux"

À l'Elysée, on assure regarder "avec beaucoup d’attention cette évaluation, qui est une manière de se préparer pour l’avenir face aux pandémies qui peuvent nous menacer". La présidence de la République estime que le rapport qui doit lui parvenir à la fin de l'année "apportera encore beaucoup de réponses en affinant également les comparaisons au niveau international". Emmanuel Macron, lui, prendrait le document "très au sérieux".

"C’est une source de connaissance essentielle pour savoir prévoir les prochaines pandémies. On répercutera en sortie de crise ce qu’on a appris pour justement ne plus avoir à se retrouver dans cette situation", déclare-t-on auprès de BFMTV. "On savait que les erreurs et insuffisances seraient pointées. L’idée est justement de le savoir, pour ne pas les reproduire."
Par Jules Pecnard et Anne Saurat-Dubois