BFMTV

Retraites: les insoumis proposent une nouvelle motion de censure contre le gouvernement

Jean-Luc Mélenchon, en déplacement à Vitry-sur-Seine ce lundi, a réclamé "le retrait" du projet de loi sur les retraites. PHOTO AFP

Jean-Luc Mélenchon, en déplacement à Vitry-sur-Seine ce lundi, a réclamé "le retrait" du projet de loi sur les retraites. PHOTO AFP - -

Jean-Luc Mélenchon avait déjà fait cette proposition le 14 janvier aux autres groupes d'opposition de gauche à l'Assemblée nationale. Communistes et socialistes avaient refusé de signer, jugeant alors l'initiative prématurée.

Vous reprendrez un peu de tentative d'union des gauches? La France insoumise a réitéré ce samedi son appel "à tous les groupes d'opposition" à déposer une motion de censure contre le gouvernement à l'occasion des discussions parlementaires autour de la réforme des retraites. Le mouvement dirigé par Jean-Luc Mélenchon dénonce une "dérive autoritaire" du gouvernement.

Le président du groupe LFI à l'Assemblée nationale avait déjà fait le 14 janvier cette proposition aux groupes socialistes et communistes. Ceux-ci avaient décliné, estimant l'initiative prématurée, alors que le texte doit être examiné par les députés à partir du 17 février. Les insoumis reviennent donc à la charge, via une proposition "faite à tous les groupes d'opposition", puisque "c'est toute l'Assemblée dont le travail est mis en cause par la méthode du gouvernement".

"L'avis du Conseil d'État est clair à ce sujet compte tenu de l'insécurité constitutionnelle du texte de loi et des lacunes qu'il affiche. Mais c'est aussi le cas avec les mille pages de l'étude d'impact biaisée qui a été déposée", indique LFI dans un communiqué.

"Rappeler la prééminence des droits du Parlement"

Selon un avis publié vendredi, le Conseil d'État a estimé ne pas avoir eu le temps de "garantir au mieux la sécurité juridique" de la réforme des retraites, l'institution déplorant aussi les "projections financières lacunaires" du gouvernement et un recours aux ordonnances qui "fait perdre la visibilité d'ensemble".

"L'Assemblée doit rappeler par la censure la prééminence des droits du Parlement dans l'ordre constitutionnel démocratique, insiste La France insoumise. Elle ne doit pas laisser passer sans dire mot une dérive autoritaire où son rôle est bafoué dans la production de la loi. C'est le cas du fait d'une présentation insincère et manipulatoire du projet de loi et des délais d'amendements intenables qui sont fixés."

Pour pouvoir être déposée, une motion de censure doit réunir 58 signatures parmi les 577 députés. LFI, qui en compte 17, doit donc rallier les autres groupes de gauche: les communistes du groupe GDR (16) et les socialistes (29 en comptant les apparentés). 

Les trois groupes avaient surmonté fin 2018 leurs divisions pour déposer une motion de censure commune en lien avec la crise des gilets jaunes, ou en juillet de la même année sur l'affaire Benalla. Plus de 100 motions de censure ont été déposées depuis 1958. Une seule a été adoptée, en 1962, faisant chuter le gouvernement de Georges Pompidou - d'ailleurs reconduit à la suite d'élections législatives victorieuses pour les gaullistes. 

Dilemme stratégique

À la question de savoir si les deux autres groupes de gauche du Palais-Bourbon se laisseront tenter cette fois-ci par la proposition, tout dépendra de leur volonté de s'inscrire dans la même stratégie que Jean-Luc Mélenchon. À l'occasion de ses vœux à la presse vendredi, à Marseille, le député des Bouches-du-Rhône a encouragé les Français à se "rebeller".

"J'ai l'intention avec vous, à travers la prise de conscience, d'aider les gens à comprendre ce qui sera bon pour eux à partir de 2022, raison pour laquelle il faut chasser Macron, les macronistes et tout ce qui y ressemble de près ou de loin, ou qui ont collaboré à cette horreur, du pouvoir, de manière à ce qu'on ait enfin un gouvernement du bien commun et de l'intérêt général", a développé Jean-Luc Mélenchon. 

Les socialistes se trouvent confrontés à un dilemme: signer la motion de censure et potentiellement se voir reprocher de cautionner, par extension, la stratégie "insurrectionnelle" de LFI, ou opposer une nouvelle fin de non-recevoir aux insoumis et, ainsi, se voir accusés de retenir leurs coups contre l'exécutif sur le sujet des retraites. Un dilemme qui, au demeurant, n'a rien de nouveau.

Jules Pecnard avec AFP