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ENQUÊTE BFMTV - Le casse du siècle, un long format exclusif sur l'arrivée de Macron au pouvoir 

BFMTV a proposé un document co-réalisé par Pauline Revenaz et Jérémy Trottin sur la conquête du pouvoir par Emmanuel Macron. Une enquête inédite, nourrie d'une trentaine de témoignages qui retracent les coulisses de son ascension.

Emmanuel Macron se décrit lui-même comme "le fruit d'une effraction". En déjouant les premiers pronostics, qui qualifiaient de "bulle" l'engouement autour de sa candidature, puis en remportant la présidentielle, l'ancien banquier de Rothschild a en effet réalisé le casse du siècle. Comment y est-il parvenu? Avec quels moyens, quels réseaux? Et si sa victoire avait en réalité été prévisible?

Autant de questions posées par des journalistes de BFMTV dans une enquête exclusive diffusée ce dimanche soir: Macron à l'Elysée, le casse du siècle, co-réalisée par Jérémy Trottin et Pauline Revenaz. Filant la métaphore jusqu'au bout, ce document retrace les moments-clés de cette ascension, depuis les repérages des lieux jusqu'au braquage final, en passant par ses préparatifs. Grâce à une trentaine de témoignages, il révèle notamment la confiance étonnante de l'ancien candidat et de ses proches.

Une ambition folle

Tout commence en 2012. Cette année-là, Emmanuel Macron met un pied à l'Elysée à 34 ans, comme secrétaire général adjoint. Il y restera jusqu'en juillet 2014, avant d'être nommé ministre de l'Economie en août, et ses deux années seront décisives. Le voilà plongé dans le grand bain. Emmanuel Macron, séparé du président d'un étage seulement, est surnommé "le Petit prince". "Il se croit meilleur que beaucoup d'autre", note l'ancien ministre Michel Sapin. Aquilino Morelle, ancien conseiller de François Hollande, souligne quant à lui sa capacité à parler d'égal à égal aux ministres, mais aussi à se faire aimer. A l'Elysée, il prend le temps de connaître tout le monde et noue une relation affective avec François Hollande, le président socialiste.

Mais Emmanuel Macron, qui espère être nommé ministre, laisse éclater son amertume très tôt. Comme à la sortie d'une réunion, dont se souvient Jean-Christophe Cambadélis, l'ancien premier secrétaire du PS.

"Il tombe dans les bras de Stéphane Le Foll et lui dit 'tu sais, je reviendrai et j'attaquerai tout le monde au pic à glace'."

Alain Minc se souvient aussi l'avoir interrogé sur son avenir en 2006, alors qu'il était inspecteur des Finances. "Je lui ai demandé 'qu'est-ce que vous serez dans 30 ans'? Il m'a répondu 'je serai président de la République'. Quand on dit ça à 25 ans, c'est qu'on le pense depuis longtemps", confie l'essayiste, qui soutenait sa candidature en 2017. 

De l'Elysée à Bercy, dans l'antichambre du pouvoir

Pendant ses deux ans à l'Elysée, puis pendant son mandat à Bercy à partir de 2014, Emmanuel Macron construit en fait un laboratoire politique. Le soir de sa victoire à la présidentielle, un de ses proches dira d'ailleurs "on vient de réussir un braquage. C'est comme dans Ocean's Eleven, sauf qu'on était moins nombreux. Mais il faut dire qu'on connaissait le propriétaire et qu'on avait les plans".

Cela ne fait plus de mystères depuis longtemps: le ministère de l'Economie lui a servi de tremplin pour lancer sa campagne. Intellectuels, économistes, journalistes, écrivains ou encore chanteurs défilent dans le bureau du ministre, qui a constitué dès cette époque une équipe de choc, clandestine, à son service. On y retrouve plusieurs de ses proches d'aujourd'hui: le secrétaire d'Etat Benjamin Griveaux, son conseiller spécial Ismaël Emelien et le député LaREM Stanislas Guérini. "Il lui arrivait de dîner deux fois dans la soirée", rapporte un témoin de cette époque stratégique. Des bruits courent, Michel Sapin prévient François Hollande dès 2015, mais le président reste impassible. Sans doute considère-t-il qu'Emmanuel Macron n'est qu'un ambitieux parmi d'autres, et que beaucoup se sont cassé les dents.

Levée de fonds et crime politique

Début 2016, les réflexions autour de la création d'un mouvement politique commencent. Quelques jours seulement avant le lancement officiel d'En Marche!, Emmanuel Macron prévient François Hollande. Cachant encore ses ambitions présidentielles, il lui dit lancer "une forme de think tank, avec des jeunes". Le président de la République l'encourage. Deux étapes cruciales commencent alors pour le futur candidat: la levée de fonds et la métamorphose.

Dès le printemps 2016, des soirées sont organisées par l'équipe de Macron chez des particuliers influents, dans le but de récolter des fonds. Parmi ces particuliers, baptisés les "poissons pilotes", beaucoup de chefs d'entreprises ou d'entrepreneurs. Un planning chiffré fixe les objectifs financiers à atteindre lors de ses soirées, où Emmanuel Macron passe parfois une tête pour une courte prise de parole, suivie de questions sur son projet. Au total, 13 millions d'euros seront récoltés.

"Prêts à mourir" pour Macron

En parallèle, le futur candidat abandonne ses costumes rayés trop étiquetés banquier, pour des tenues plus modernes. Reste à tuer son père en politique, François Hollande. Le 30 août 2016, il lui remet sa démission de Bercy, cachant toujours son ambition de faire campagne et lui laissant penser qu'il va le soutenir dans la course à l'Elysée. François Hollande le croit encore. Trois mois plus tard, Emmanuel Macron annonce sa candidature, quelques jours avant que François Hollande, lui, ne renonce à briguer un second mandat. Entre-temps, il avait confessé devant la presse n'être "pas socialiste" lors d'un séjour improbable au Puy-du-Fou, en compagnie de Philippe de Villiers.

La garde rapprochée s'installe au QG de la rue de l'Abbé Groult, dans le 15ème arrondissement. Laurence Haïm, ancienne journaliste accréditée à la Maison Blanche, les rejoint quelques mois. Elle évoque des gens "prêts à mourir" pour Emmanuel Macron. Corinne Lepage, qui a travaillé quelques temps avec eux, y voit quant à elle des gens "imperméables" aux avis extérieurs, dans une "verticalité totale, dans le genre du Parti communiste des années 50".

"Il a tout cassé"

Ensuite, tout s'accélère. Emmanuel Macron sélectionne ses futurs ministres, fait alliance avec François Bayrou et obtient sa prise de guerre: Jean-Yves Le Drian, l'ami de 40 ans de François Hollande. A droite, les prises sont plus compliquées. Jacques Attali suggère le nom d'Edouard Philippe lorsque Macron confie ne pas avoir de "Premier ministre". La suite, on la connaît. Aidé par un débat d'entre-deux tours désastreux pour sa principale adversaire, Marine Le Pen, Emmanuel Macron laisse derrière sa victoire un paysage politique en ruines.

"Il a cassé la droite, la gauche. Il a tout cassé", résume Daniel Cohn-Bendit.

Charlie Vandekerkhove