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En pleine réforme des retraites, Delevoye fragilisé par les révélations sur ses activités

Le Haut-commissaire aux retraites n'a jamais semblé si fragilisé. Après avoir oublié, selon ses dires, de signaler l'une de ses fonctions dans sa déclaration d'intérêt, il est apparu qu'il avait cumulé ces deux derniers mois une activité privée rémunérée avec sa place au gouvernement. S'il a annoncé qu'il rembourserait l'ensemble des sommes perçues, sa situation ne fait pas les affaires du gouvernement.

Un Haut-commissaire aux retraites embarqué dans deux controverses successives, le gouvernement n'avait pas franchement besoin de ça, tandis que la réforme projetée du système de pensions suscite un vaste mouvement de contestation. Lundi, Jean-Paul Delevoye annonçait qu'il démissionnait de ses fonctions d'administrateur de l'Ifpass (pour Institution de formation de la profession de l'assurance) après que Le Parisien a révélé qu'il n'avait pas mentionné cette occupation dans sa déclaration d'intérêt à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique.

Un lien problématique

La charge était certes bénévole mais ce lien avec le monde de l'assurance, en plus de la négligence, faisait mauvais genre dans le cas d'un homme chargé de piloter la réforme du système de retraites. Mardi, il renonçait aussi à la présidence du think thank Parallaxe, ressortant du groupe IGS, fédération d'associations indépendantes à but non-lucratif, "après réexamen de sa situation personnelle". 

Mercredi, il a expliqué à Checknews qu'il avait déjà remboursé les rémunérations attachées, 5300 euros net par mois, à son statut à la tête de Parallaxe et perçues depuis son entrée au gouvernement (en septembre dernier) et qu'il comptait rendre l'ensemble des sommes touchées en provenance du think thank depuis sa nomination à la direction de ce qui s'appelait alors le Haut-commissariat à la réforme des retraites (en septembre 2017): soit 140.000 euros. En n'abandonnant pas sa responsabilité de président de think thank avant la date limite du 4 octobre dernier, Jean-Paul Delevoye a en revanche transgressé l'article 23 de la Constitution: 

"Les fonctions de membre du Gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire, de toute fonction de représentation professionnelle à caractère national et de tout emploi public ou de toute activité professionnelle."

L'association de lutte contre la corruption Anticor, qui avait saisi la Haute autorité pour la transparence de la vie publique au sujet de son poste d'administrateur de l'Ifpass, s'intéresse maintenant au volet Parallaxe du CV de Jean-Paul Delevoye. 

Dussopt défend "la probité" de Delevoye

Ce jeudi matin, sur notre antenne, Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Action et des Comptes publics, s'est dévoué pour soutenir son confrère du gouvernement:

"Tous les ministres, tous les membres du gouvernement exercent leurs fonctions sous le contrôle de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. (...) C’est le seul cap que nous nous fixons. Jean-Paul Delevoye a rempli cette déclaration et aujourd’hui, un certain nombre d’affirmations l’amènent à rembourser un certain nombre de sommes pour éviter que perdurent toutes formes de soupçons. Je trouve que la démarche est raisonnable, constructive."

Pourquoi un tel délai? "Il n’avait pas été alerté par la Haute autorité auparavant et donc ça explique aussi cette situation. Très franchement, personne ne doute de la probité de Jean-Paul Delevoye, toute sa carrière la montre."

"Il doit partir"

Mais là n'est plus la question selon notre éditorialiste politique, Christophe Barbier. "Bien sûr qu’il y a matière à démission, c’est beaucoup plus grave, par exemple, que ce qui a poussé François de Rugy à démissionner." Concernant la polémique autour du cumul de la présidence du groupe de réflexions et de celle du Haut-commissariat, le journaliste a observé:

"Jean-Paul Delevoye, à sa décharge, n’a rien caché car il a lui-même déclaré dans sa déclaration à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique les éléments qui aujourd’hui posent problème. En effet, pendant deux mois, du 4 octobre, date limite à laquelle il devait avoir quitté ses fonctions, à aujourd’hui, il a touché de l’argent qu’il ne devait pas toucher. Il a lui-même déclaré que quelque part il a avoué sa faute donc il peut plaider l’ignorance sauf que l’ignorance, quand c’est une loi constitutionnelle, ça ne tient pas la route."

Il a poursuivi: "Aujourd’hui, Delevoye, je le pense, doit partir, démissionner". Par ailleurs, pour Christophe Barbier, il est temps de changer le fusible: "Sur le fond, il n’est plus l’homme de la situation, il ne peut plus rien apporter à cette réforme des retraites et à ce grand conflit qui s’annonce et en le remplaçant, le gouvernement se renforcera."

Robin Verner