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Macron change sa communication: finie la présidence jupitérienne?

Emmanuel Macron a pris ces derniers jours deux initiatives en rupture avec des principes qu'il s'était fixé en termes de communication à son arrivée au pouvoir.

Virage à 180 degrés pour Emmanuel Macron. En panne dans les sondages à la veille d'une rentrée délicate, le président réfléchit à de nouvelles façons de s'adresser aux Français. Si ses trois premiers mois à l'Élysée ont été marqués par une volonté assumée de raréfier la parole présidentielle, le chef de l'État revoit sa stratégie.

Depuis l'Autriche, il s'est ainsi livré à un long plaidoyer sur ses projets de réforme en France, dérogeant à sa propre règle de ne pas s'exprimer sur la politique française à l'étranger. Quelques heures après, c'est dans un "off" avec quelques journalistes invités à bord du Falcon présidentiel, qu'Emmanuel Macron a annoncé sa volonté de s'adresser plus fréquemment aux Français.

Pourquoi un tel revirement et celui-ci peut-il ranimer la cote de popularité du chef de l'État", en chute libre depuis début juillet?

Pas de présidence jupitérienne pendant 5 ans

L'image du président "jupitérien" ne fonctionne plus, estime Christian Delporte, historien de la communication politique, sur BFMTV ce vendredi.

"Elle ne pouvait pas durer. Sous le quinquennat, le président est entièrement responsable du bilan gouvernemental donc il doit intervenir lui-même".

Fini, donc, le chef d'État qui reste au-dessus de la mêlée. La présidence jupitérienne n'est peut-être pas non plus compatible avec notre époque, avance Christian Delporte. "Jusqu'où peut-on prendre de la distance à l'heure des réseaux sociaux et de l'info en continue", s'interroge l'historien. Surtout, il "fallait reprendre les choses en main", après les couacs des députés LREM cet été, ajoute-t-il.

Avec sa métaphore mythologique de chef d'État jupitérien, Macron ne s'est donc "pas rendu service", glisse Jérémy Trottin, journaliste politique à BFMTV. Cette image ne renvoie pas à quelque chose de très positif", souligne-t-il. D'ailleurs, plus de 7 Français sur 10 le trouvent autoritaire, rappelle Jérémy Trottin, faisant référence au sondage publié ce mercredi par BFMTV.

Le changement, c'est maintenant

Face à une cote de popularité en chute libre, Emmanuel Macron souhaiterait donc modifier sa stratégie et s'adressera une à deux fois par mois aux Français, rapportent L'ObsLe Monde et Ouest-France, ce vendredi. "Pourquoi maintenant? On se souvient des deux derniers quinquennats", lance Christian Delporte. 

"À quel moment la popularité a dégringolé pour Sarkozy et pour Hollande? À l'automne qui a suivi leur élection. Et ils ne s'en sont jamais remis." 

Le chef d'État aurait également décidé d'appliquer les conseils de ses collaborateurs, selon Sylvain Courage, rédacteur en chef à L'Obs.

"Beaucoup de gens qui lui parlent lui ont conseillé de communiquer et de s'expliquer. (...) Il les a écoutés sur ce point"

La nouvelle stratégie peut-elle fonctionner?

Ces interventions, qui pourraient prendre la forme de causeries radiophoniques à la manière de Pierre-Mendès France ou du président américain Franklin Delano Roosevelt, permettraient au président d'expliquer avec pédagogie les réformes qu'il entame.

Une pratique toujours "jupitérienne", déplore Sylvain Courage, qui regrette que le chef de l'État ne "s'expose pas à la contradiction des journalistes".

"S'il fait ses adresses à la radio, ça veut aussi dire qu'il revient à une étape antérieure où finalement l'exécutif parle et où il n'y a pas de contradiction, pas de relance, pas de confrontation avec les journalistes"

Pour lui, Emmanuel Macron doit prendre le risque d'être mis en difficulté pour reconnecter avec les Français.

"Je pense qu'il sera vraiment dans une communication normale et moderne quand il acceptera de se confronter aussi aux journalistes et aux questions embarrassantes qu'ils pourraient lui poser."

Mais selon Le Monde, dans son édition du samedi 26 août, Emmanuel Macron ne veut pas aller jusqu'à organiser de grandes conférences de presse, à l'inverse de François Hollande. La raison: les questions des journalistes ne sont, pour le président, "pas au niveau".

Juliette Pousson