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Le baromètre des éditorialistes: Macron "va faire à la fois son 14-Juillet et son discours de politique générale"

Emmanuel Macron s'exprimera ce lundi devant le Parlement réuni en Congrès pour la deuxième fois de son quinquennat. Une procédure autrefois exceptionnelle, que le président de la République utilise pour faire un point dans l'avancée de son mandat.

Une nouvelle fois, Emmanuel Macron ne donnera pas d'interview à l'issue du défilé du 14-Juillet, une tradition pourtant vieille de 40 ans. Il tiendra cependant un discours devant le Parlement réuni en Congrès ce lundi après-midi à Versailles, une possibilité d'ordinaire réservée aux situations exceptionnelles. Nos éditorialistes analysent cette inversion de la méthode présidentielle. 

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> "Cette réunion du Congrès ressemble à un discours de politique générale"

Le premier Congrès que Macron a convoqué, cela pouvait se justifier. On était au début du quinquennat, et qu'il fallût adresser à l'ensemble des Français, via les parlementaires, une sorte de feuille de route du quinquennat, cela pouvait se comprendre. Le faire tous les ans? II y a quelques jours, je vous aurais dit 'au fond il est peut-être en train de banaliser un événement qui a priori devrait être très solennel'.

Le problème est que le contexte politique a changé. D'abord les sondages: les trois quarts des Français commencent à douter de la justice des décisions prises, de leur efficacité et même de la capacité réformatrice d'Emmanuel Macron, et puis surtout l'addition d'un certain nombre de polémiques: le report du plan hôpital, du plan pauvreté, le retard à l'allumage sur l'organisation de l'islam, sur les économies à faire en matière de fonction publique, et puis toutes les autres polémiques, comme le 'pognon de dingue'. Quelques traits d'image aussi: la vaisselle de l'Elysée, la piscine de Brégançon

Tout cela mis bout à bout, des choses qui n'ont pas forcément à voir les unes avec les autres, crée une sorte de doute. Et comme Emmanuel Macron est le meilleur pédagogue de sa propre politique, et bien cette réunion du Congrès ressemble à s'y méprendre à un discours de politique générale.

Et comme le président de la République a décidé dès le début de son quinquennat de supprimer son intervention du 14-Juillet, eh bien il va faire d'une pierre deux coups: il va à la fois faire son 14-Juillet et son discours de politique générale.

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> "Le Président a eu tort de ne pas rétablir l'interview du 14-Juillet"

Macron a choisi une autre formule (que François Hollande, NDLR), qu'on appelle "à l'américaine" parce que ça rappelle le discours sur l'état de l'Union que prononce chaque année le président américain. Cela pourrait aussi être une déclinaison ou un renforcement du discours de politique générale que prononce un Premier ministre quand il est nommé à la tête d'un nouveau gouvernement, que le Président s'est un peu arrogé pour faire chaque année le bilan de ce qui a été fait par les parlementaires en termes d'exécution de la volonté du Président, et le programme pour l'année qui vient. (...)

L'interview du 14-Juillet c'était plus simple, plus facile et il y avait des contradicteurs. Le président a eu tort de ne pas rétablir cette interview, de ne pas en refaire un moment de confrontation avec les citoyens, par l'expression des journalistes, et lui-même. Il pourrait faire les deux, le Congrès pour le fond, et quelques jours après, le 14 Juillet pour en faire le mode d'emploi. (...)

'Le mandat du peuple, ce n'est pas d'instaurer le gouvernement d'une élite pour elle-même, c'est de rendre au peuple cette dimension collective qui ne s'accommode d'aucune exclusion' déclarait Emmanuel Macron, le 3 juillet 2017, devant le Congrès. Depuis l'an dernier, on a quand même l'impression que c'est le gouvernement d'une élite pour elle-même d'abord, les premiers de cordée, puis pour toute la France ensuite bien sûr.

Mais la France d'en bas a du mal à être tirée vers le haut par les premiers de cordée. Le compte n'y est pas, monsieur le Président. Et cette élite qui se gouverne pour elle-même, ce ne sont pas les riches. Ce n'est pas le président des riches seulement. C'est toute une technostructure, toute une technocratie, toute une administration qui a pris le pouvoir sur les politiques ou qui a empêché les politiques macroniens d'appliquer les réformes du candidat Macron.

L.A.