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Ukraine, Afghanistan, Syrie... Les candidats ont-ils changé d'avis sur l'accueil des réfugiés?

Des réfugiés ukrainiens viennent de franchir la frontière moldave à Palanca, le 1er mars 2022

Des réfugiés ukrainiens viennent de franchir la frontière moldave à Palanca, le 1er mars 2022 - Nikolay DOYCHINOV © 2019 AFP

Aujourd'hui, la plupart des candidats sont favorables à l'accueil des réfugiés qui fuient l'Ukraine. Ce n'était pas toujours le cas lors de la guerre civile en Syrie ou après la chute de Kaboul.

Si la plupart des candidats à la présidentielle partagent la volonté d'accueillir des réfugiés ukrainiens, sauf Eric Zemmour, les clivages étaient bien plus marqués concernant l'opportunité d'accorder des visas aux Syriens en 2015, en pleine guerre civile, ou aux Afghans à l'été dernier, après le retour au pouvoir des Talibans. BFMTV.com a repertorié les positions des personnalités dans la course à l'Élysée.

• Emmanuel Macron

Ce qu'il a dit sur les Syriens. Si Emmanuel Macron ne s'est pas exprimé publiquement sur la question syrienne en 2015, il a félicité Angela Merkel pour son accueil des réfugiés lors d'une visite à Berlin pendant la campagne de 2017.

"L'Europe n'a pas réagi comme elle aurait dû à ce moment-là. (...) Confondre les terroristes, avec les demandeurs d'asile, avec les réfugiés, avec toute forme de migrations, est une erreur morale, historique et politique profonde", a-t-il alors déclaré, cité par le Parisien.

Ce qu'il a dit sur les Afghans: Après le départ de l'armée américaine et la prise du pouvoir par les Talibans de Kaboul à l'été 2021, le chef de l'État ménage la chèvre et le chou.

"C’est notre devoir et notre dignité de protéger ceux qui nous aident: interprètes, chauffeurs, cuisiniers et tant d’autres" a énuméré le président lors d'une allocution télévisée. Avant d'ajouter: "Nous devons anticiper et nous protéger contre des flux migratoires irréguliers importants qui mettraient en danger ceux qui les empruntent, et nourriraient les trafics de toute nature."

Ce qu'il dit sur les Ukrainiens. "La France, comme tous les autres pays européens, prendra sa part pour assister la population ukrainienne, mais aussi pour accueillir des réfugiés venus de ce pays", a déclaré Emmanuel Macron à la sortie d'un sommet de l'Union européenne à Bruxelles le lendemain de l'invasion russe en Ukraine.

• Marine Le Pen

Ce qu'elle a dit sur les Syriens. "Si l'on s'en tient aux critères de l'asile, il faut être persécuté par le gouvernement en place. Ceux qui sont actuellement combattus par le gouvernement en place, ce sont les fondamentalistes islamistes", jugeait en 2015 Marine Le Pen sur ITélé. "Les Syriens bombardés, c’était les islamistes", a encore jugé la candidate dans Face à BFM ce mardi soir, évoquant une situation "fondamentalement différente" de l'Ukraine.

Ce qu'elle a dit sur les Afghans. Le Rassemblement national a lancé une pétition pour s'opposer à l'accueil massif de réfugiés sur le territoire français en août dernier, tout en souhaitant accorder des visas aux Afghans qui avaient pu aider l'armée française. "Ce sont les États-Unis qui ont mis en place le régime des Talibans", a ajouté Marine Le Pen dans Face à BFM ce mardi soir. "Ce n'est pas une guerre."

Ce qu'elle a dit sur les Ukrainiens. Marine Le Pen a estimé, le 25 février sur BFMTV, qu’il faut "bien sûr" accueillir sous l’égide du Haut-Commissariat pour les réfugiés "les Ukrainiens qui souhaiteraient venir en France". "L’Ukraine est un pays européen et je pense qu’il est naturel en terme de solidarité régionale que ce soit les pays européens qui puissent accueillir des réfugiés de guerre de pays européens", a-t-elle complté ce mardi soir.

• Éric Zemmour

Ce qu'il a dit sur les Syriens: Alors chroniqueur sur RTL, Éric Zemmour a porté un regard sévère sur la crise en Syrie et le départ de ses ressortissants. "C'est le problème des Syriens, ça ne nous concerne pas, ce n'est pas le nôtre", a-t-il avancé sur la radio.

Ce qu'il a dit sur les Afghans. "Nous n'avons aucun devoir d'accueillir le moindre Afghan. Les Afghans sont de grands guerriers, alors s'ils ne sont pas contents du gouvernement taliban, qu'ils le combattent", a déclaré le futur candidat à la présidentielle sur CNEWS fin août.

Ce qu'il a dit sur les Ukrainiens. L'arrivée de réfugiés ukrainiens risque de "déstabiliser la France, qui est déjà submergée par l’immigration", a estimé le patron de Reconquête sur RTL. Le candidat préfère donc qu’ils "soient en Pologne", pays qu’il "faut aider" à faire face.

• Jean-Luc Mélenchon

Ce qu'il a dit sur les Syriens. "Le vrai réalisme, c'est de bloquer les causes du départ. C'est pas d'empêcher les gens d'arriver, c'est de les dissuader de partir", a estimé le candidat de la France insoumise sur RTL en 2015. "Il faut le faire parce que nous n'avons pas le choix, on ne va pas les jeter à la mer", a-t-il ajouté. "Mais les gens ont compris que ce n'est pas la réponse aux problèmes. Ils savent que si on commence comme ça, on devra continuer d'année en année et ça n'a pas de sens."

Ce qu'il a dit sur les Afghans. Jean-Luc Mélenchon a été relativement discret après la chute de Kaboul. Il s'est d'abord refusé à commenter les événements par esprit de "solidarité nationale", "tant que notre pays est dans l'action de rapatriement général". "L’honneur commande que tous les auxiliaires des administrations françaises et des personnes sur place, et leur famille soient ramenés en France s’ils le souhaitent", a-t-il écrit sur son blog.

Ce qu'il a dit sur les Ukrainiens. Le député des Bouches-du-Rhône appelle à être "solidaires de l’Ukraine". "On doit en prendre notre part de réfugiés", déclare-t-il sur France info. "Ces pauvres gens subissent un sort auquel ils ne s’attendaient pas."

• Valérie Pécresse

Ce qu'elle a dit sur les Syriens. "La loi, c’est la loi et le gouvernement doit avoir une politique sur deux jambes: l'accueil des réfugiés politiques et le renvoi des illégaux, des déboutés du droit d’asile et des clandestins", a estimé la future candidate des LR en 2015 sur ITélé.

Ce qu'elle a dit sur les Afghans. Alors en campagne pour le congrès des LR, Valérie Pécresse avance qu'il "ne peut pas y avoir d'accueil inconditionnel de tous les Afghans, on ne pourrait pas le supporter" sur RTL. Elle propose plutôt de "privilégier l'accueil des personnes déplacées" dans les pays bordant l'Afghanistan.

Ce qu'elle a dit sur les Ukrainiens. "Si la situation l’exigeait, je souhaiterais que la France manifeste sa solidarité en accueillant des réfugiés ukrainiens qui justifieraient de ce statut, bien davantage que les faux réfugiés qui sont indûment entrés en Europe ces dernières années", a expliqué la candidate des LR dans une tribune sur le FigaroVox.

• Yannick Jadot

Ce qu'il a dit sur les Syriens. Le candidat écologiste ne s'est pas exprimé à l'époque sur la question de l'accueil des Syriens, mais la patronne d'Europe-Écologie-Les-Verts d'alors, Emmanuelle Cosse, a estimé sur France 24 que "notre devoir (était) d'accueillir tous les réfugiés".

Ce qu'il a dit sur les Afghans. Le député européen, alors en campagne pour la primaire écologiste, a appellé à l'accueil "sans limite" des migrants irakiens, parlant de "dizaines de milliers de personnes concernées, pas plus", en août dernier sur BFMTV.

Ce qu'il dit sur les Ukrainiens. Dans un communiqué de presse, le candidat a dit se "réjouir" que l’Union européenne "se soit déclarée 'pleinement préparée' à accueillir les Ukrainiennes et Ukrainiens qui fuiraient leur pays".

• Fabien Roussel

Ce qu'il a dit sur les Syriens. Si Fabien Roussel ne s'était pas exprimé en 2015 sur le sujet, le patron du Parti communiste français de l'époque, Pierre Laurent, a estimé sur LCI que "les 400 millions d'Européens doivent pouvoir accueillir quelques dizaines de milliers de migrants et pas quelques centaines comme l'a annoncé François Hollande pour la France".

Ce qu'il a dit sur les Afghans. "Les Afghans qui chercheront asile dans un pays de l'Union européenne et en France doivent être accueillis", a expliqué le candidat du Parti communiste sur son compte Twitter en août dernier.

Ce qu'il dit sur les Ukrainiens. "Notre tradition d’accueil doit aujourd’hui vivre plus que jamais", a estimé le communiste sur BFMTV, le 26 février, évoquant des "drames humains".

• Jean Lassalle

Ce qu'il a dit sur les Syriens. Jean Lassalle ne s'est pas exprimé sur la question des réfugiés syriens. Le député fait cependant partie des rares parlementaires à s'être rendu en Syrie ces dernières années pour rencontrer Bachar El Assad comme le rapporte La République des Pyrénées.

Ce qu'il a dit sur les Afghans. Membre du groupe d'amitié France-Afghanistan, le député des Pyrénées-Atlantiquse n'a pas pris la parole sur la question des migrants afghans.

Ce qu'il a dit sur les Ukrainiens. Jean Lassalle ne s'est pas exprimé sur la question des réfugiés ukrainiens, évoquant simplement sa "solidarité avec les Ukrainiens dans le malheur". Le candidat a fait part de son "soutien naturel en cette période de crise au président de la République et à l'ensemble des autorités en charge du dossier".

• Nicolas Dupont-Aignan

Ce qu'il a dit sur les Syriens. Le patron de Debout la France avait appelé à "arrêter l'appel d'air", en proposant aux "pays voisins du drame syrien" d'accueillir les migrants sur Sud Radio en octobre 2016.

Ce qu'il a dit sur les Afghans. "En ouvrant grand la porte aux réfugiés afghans, Macron porte atteinte à la sécurité des Français : une folie! Les 10.000 Afghans qui entrent chaque année sur notre territoire ne leur suffisaient pas. Il y a assez de pays entre la France et l’Afghanistan qui peuvent les accueillir", a jugé le candidat à la présidentielle dans une vidéo sur son compte Twitter.

Ce qu'il dit sur les Ukrainiens. "La France doit accueillir sa part de réfugiés, bien évidemment", du fait de "souffrances abominables", a expliqué le député de l'Essonne sur France Inter.

• Anne Hidalgo

Ce qu'elle a dit sur les Syriens. "Soyez les bienvenus", a lancé Anne Hidalgo en septembre 2015, en accueillant 36 réfugiés irakiens et syriens dans un centre d'hébergement parisien. La maire de Paris a ensuite ouvert un camp humanitaire, qui accueillait notamment des Syriens et qui a fermé ses portes en 2018. Elle a régulièrement accusé l'État de ne "pas prendre en charge" les migrants dans la capitale.

Ce qu'elle a dit sur les Afghans. "Nous allons évidemment soutenir et accueillir" les réfugiés afghans, a annoncé Anne Hidalgo sur BFMTV fin août 2021. "J'ai tout de suite dit la solidarité et la disponibilité de Paris."

Ce qu'elle dit sur les Ukrainiens. La maire de Paris a estimé sur son site de campagne que la France "(devait) se préparer à l’accueil de réfugiés". La capitale a également mis en place une cellule de crise afin de "mettre tous les moyens en œuvre pour assurer l’hébergement des Ukrainiens bloqués à Paris ou qui viendraient s’y réfugier".

• Nathalie Arthaud

Ce qu'elle a dit sur les Syriens. La candidate de Lutte ouvrière ne s'est pas exprimée sur l'accueil des Syriens.

Ce qu'elle a dit sur les Afghans. Si Nathalie Arthaud n'a pas pris directement la parole, le journal de Lutte ouvrière a appelé à "la protection aux Afghans en France et à l’ensemble de leurs proches encore présents en Afghanistan".

Ce qu'elle a dit sur les Ukrainiens. La représentante de LO a appelé à l'accueil "inconditionnel" des réfugiés ukrainiens tout en appelant à une "égale solidarité avec le peuple ukrainien et le peuple russe" sur BFMTV ce lundi.

Marie-Pierre Bourgeois