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Présidentielle

Éric Ciotti, de l'ombre de Christian Estrosi à la lumière du second tour du congrès LR

Finaliste du second tour de la primaire interne de la droite, Éric Ciotti a su tracer son chemin dans le cœur des militants LR, entre positionnement très sécuritaire et fidélité à son parti.

Dans l'ombre de Christian Estrosi puis de Nicolas Sarkozy, Eric Ciotti s'est désormais émancipé. Il est arrivé en tête au premier tour du congrès LR, avec 25,59% des voix et affrontera donc Valérie Pécresse au second. Son parcours marqué par sa constance aux idées sécuritaires pourrait bien convaincre les militants, chargés de désigner le candidat de la droite à la présidentielle.

Âgé de 55 ans, Éric Ciotti est un pur produit de la politique niçoise. Il tombe dans la marmite à 10 ans lorsqu'élève à l'école primaire, il assiste à son tout premier conseil municipal dans son village natal, à Saint-Martin-Vésubie, sur les hauteurs de Nice.

"Soit on déteste, soit la passion vous saisit", confie avec le recul l'élu dans les colonnes de L'Express.

À la maison, entre une mère institutrice et un père quincailler, on aime parler politique. Pendant son enfance, l'ombre de son grand-oncle, Alfred Kermés, plane sur la famille. Son aïeul était le président de la fédération de pêche des Alpes-Maritimes, une véritable institution dans le département.

Le pygmalion Estrosi

C'est Gaston Franco, maire de Saint-Martin-Vésubie et figure influente du RPR local, qui lui présente à 23 ans celui qui sera son mentor, son ami et son pygmalion, Christian Estrosi.

Le député de Nice, fraîchement élu, cherche alors un assistant parlementaire. Tout juste diplômé de Sciences-Po, Éric Ciotti prépare alors le concours de l'ENA. Après un "vrai coup de foudre" comme le rapporte Le Journal du dimanche, le vingtenaire lâche les études et le rejoint à l'Assemblée nationale.

C'est le début d'un long compagnonnage politique entre les deux hommes. Hormis un mandat de conseiller municipal de Saint-Martin-Vésubie de 1989 à 1995 et un rapide détour auprès de Jean-Claude Gaudin, président de la région Paca, de 1998 à 2001, après la défaite aux législatives de Christian Estrosi, son collaborateur lui reste fidèle.

Se rapprocher de Sarkozy

Lorsque Christian Estrosi devient président du conseil général des Alpes-Maritimes en 2003 puis ministre de l'Aménagement du territoire en 2005, il emmène dans ses bagages son lieutenant. Cette montée en capitale jouera le rôle de tremplin pour Éric Ciotti, lui permettant de se rappeler au bon souvenir de Nicolas Sarkozy qui prépare alors son accession à l'Élysée.

Car les deux politiques se connaissent depuis la campagne d'Edouard Balladur en 1995. Sarkozy est alors le porte-parole de sa campagne, après avoir été celui du gouvernement. Ciotti travaille à l'organisation des meetings, sous la direction de Brice Hortefeux, un intime de celui qui deviendra président.

Député, un rêve qui devient réalité

En 2007, quelques semaines après la victoire de la droite à la présidentielle, Éric Ciotti réalise son rêve: devenir député.

"Je me suis toujours dit qu'un jour, je rentrerai à l'Assemblée nationale", confie-t-il alors à L'Express.

Au Palais-Bourbon, l'élu se consacre aux sujets sécuritaires et devient 18 mois plus tard le secrétaire national chargé de la sécurité de l'UMP, un poste-clé sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Le président a fait de la lutte contre l'insécurité son fer de lance. Au-delà des convictions, il partage avec le président de la République son goût pour Jean Reno et Michel Sardou. Ils apprécient aussi échanger autour de l'écrivain Céline, dont ils ont tous deux lu et relu son Voyage au bout de la nuit.

"Le monsieur Sécurité" de la droite portera à l'Assemblée nationale de nombreux textes. Si certains sont adoptés comme la loi sur les violences en bande, l'encadrement militaire des mineurs délinquants ou encore la suspension des allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire prolongé, d'autres textes sont retoqués.

Faire de la sécurité son sujet

Sa proposition de modifier la loi pour punir "de deux ans d’emprisonnement et de 30.000 euros d’amende le fait par le père ou la mère de laisser son enfant mineur, lorsque celui-ci a été poursuivi ou condamné pour une infraction, violer les interdictions et les obligations auxquelles il est soumis" est par exemple jugée inconstitutionnelle.

Au-delà d'un goût très assumé pour les sujets de sécurité, ce sillon a l'avantage de préparer le chemin de son ami Christian Estrosi qui se verrait alors bien ministre de l'Intérieur.

Les coups de mains politiques ne sont toutefois pas à sens unique. Tout juste élu maire de Nice en 2008, l'édile est contraint de quitter le département des Alpes-Maritimes qu'il a dirigé pendant 5 ans.

Confiance totale

Pas question de partir sans y avoir placé son homme de confiance. Alors qu'Éric Ciotti a été sèchement battu lors des cantonales quelques semaines plus tôt à Saint-Martin-Vésubie, son ami se livre à un rocambolesque jeu de chaises musicales et parvient, à la faveur d'une élection partielle, à faire élire son protégé numéro 1 de l'institution en à peine quelques jours, à la surprise générale, explique le Journal du dimanche.

Pendant ces années, la relation entre les deux hommes ne connaît pas un seul nuage. "Je peux lui confier toutes les responsabilités possibles sans qu'il ne les trahisse", jure le maire de Nice auprès de Libération.

"Ce qui le renforce me renforce et ce qui me renforce le renforce", résume pour sa part Éric Ciotti.

"On a partagé des épreuves et des joies privées. Le soir du décès de son père, il était chez moi", explique encore le député des Alpes-Maritimes dans le JDD.

"C'est la tête pensante du système, le mec des basses besognes. Estrosi est incapable d'écrire dix lignes! C'est l'autre qui fait tout!", lâche plus cruellement un élu local à Libération.

De l'amour à la haine

Après trois décennies d'amitié, les choses se gâtent finalement lorsque Christian Estrosi est écarté du gouvernement Fillon en 2010.

"Je commençais à entrer dans les radars médiatiques à un moment où il en sortait un peu ; il l'a mal vécu et a commencé à me voir comme un rival", affirme alors Éric Ciotti dans Le Parisien.

C'est que l'ancien collaborateur commence à s'émanciper et à faire ses propres choix. Deux ans plus tôt, il s'était déjà passé de son autorisation pour annoncer son ralliement à François Fillon, candidat à la présidence de l'UMP, tandis que son mentor soutenait, lui, Jean-François Copé.

Certains voient dans ce soutien une façon de remercier l'ancien Premier ministre. Alors député en 1991, François Fillon avait écrit à Jean-Pierre Chevènement, le ministre de la Défense de l'époque, pour faire exempter Éric Ciotti de service militaire.

Mais le ministre quitte ses fonctions peu après et c'est finalement au titre de soutien de famille, en raison de la grossesse de sa conjointe, que l'intéressé obtiendra une dispense quelques semaines plus tard, comme le révèle Le Canard enchaîné. Cette exemption ne manque pas de sel, le politique étant devenu entretemps un partisan du retour du service militaire.

Couper le téléphone

Lors de la campagne présidentielle de 2017, il devient le "Monsieur sécurité" du candidat LR, une nomination de bon aloi pour espérer devenir ministre de l'Intérieur en cas de victoire de François Fillon. Après la défaite de son candidat qui appelle sans ambiguïté à voter pour Emmanuel Macron, Éric Ciotti, lui, renvoie dos à dos les deux qualifiés pour le second tour.

Christian Estrosi fait un choix diamètralement opposé. Il a même accueilli le candidat de La République en marche à Marseille lors de la campagne présidentielle. Pendant ce temps-là, son ancien ami réclame la tête des élus LR, tentés par le ralliement.

En guise de représailles, Éric Ciotti, qui dirige la fédération LR des Alpes-Maritimes, arrête en avril 2017 de payer les factures de téléphone et d'entretien de la photocopieuse de la permanence du maire de Nice.

Soutien à l'adversaire de Ciotti

Mais le rubicon est définitivement franchi pendant la campagne des législatives. Gérald Darmanin et Gérard Collomb, alors tous deux ministres, viennent soutenir la candidate LREM Caroline Reverso-Meinietti, la concurrente d'Éric Ciotti, et sont même reçus dans le bureau de Christian Estrosi, comme l'explique Nice Matin.

En guise de représailles, celui qui parviendra à se faire réélire envisage un temps de se présenter aux municipales et de battre son ancien ami. Mais il abandonne finalement l'idée au profit d'un autre raisonnement. Plutôt que de s'abîmer dans la course pour Nice, il préfère jetter ses forces dans la bataille pour 2022.

"Je serai candidat à la primaire de la droite pour désigner notre candidat pour l'élection présidentielle et sortir notre pays de la pente du déclin", annonce-t-il le 26 août sur BFMTV.

Très apprécié des militants

Le politique est certain d'avoir une carte à jouer dans la compétition interne. Parmi ses atouts, le fait de diriger l'une des grosses fédérations LR de France, mobilisable pour voter en sa faveur.

L'homme sait aussi que son opposition ferme à Emmanuel Macron y est appréciée, alors que de nombreux visages de la droite ont déserté pour rejoindre le gouvernement et que Xavier Bertrand et Valérie Pécresse peuvent apparaître comme Macron-compatibles.

Enfin, sa présence sur la ligne de départ renvoie aux précédents Bruno Le Maire, Arnaud Montebourg et Manuel Valls. Ils ont beau tous trois avoir obtenu des scores modestes aux primaires, ces politiques ont ensuite été nommés ministres.

Sa campagne décolle à la mi-novembre à la faveur de débats jugés réussis. Dans un électorat très sensible aux questions sécuritaires et migratoires et tentés par un vote Zemmour, son positionnement a su séduire en mettant notamment en scène son soutien au polémiste.

"Entre Macron et Zemmour, je le dis: je prefère Zemmour", explique-t-il sur Public Sénat le 20 octobre dernier.

Depuis l'annonce de sa candidature, il a multiplié tous azimuts les propositions très à droite comme la création d'un "Guantanamo à la française" ou la fin du droit du sol, parvenant à convaincre à plus de 25,5% les militants.

Éric Ciotti parviendra-t-il à l'emporter au second tour face à Valérie Pécresse ? Ou ratera-t-il la seconde marche comme Sandrine Rousseau face à Yannick Jadot lors de la primaire écologiste en septembre dernier ? Réponse ce samedi.

Marie-Pierre Bourgeois