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Municipales: à Paris, cette droite qui ne veut pas de candidature LR

La droite parisienne se morcelle à moins d'un an des municipales.

La droite parisienne se morcelle à moins d'un an des municipales. - Paris

En danger de balkanisation, la droite parisienne est tiraillée entre le besoin de défendre son étiquette, démonétisée par le résultat des élections européennes, et l'attente d'une solution plus rassembleuse.

C'est une rumeur qui, après avoir sommeillé quelques mois, refait surface à mesure qu'approchent les élections municipales: et si, à Paris, La République en marche décidait finalement d'investir Édouard Philippe? Pendant des mois, en 2018, bruits de couloir et déclarations ambiguës ont alimenté cette hypothèse dans la presse. En septembre, le principal intéressé avait tenté d'y couper court lorsqu'il fut l'invité de L'Émission politique sur France 2. 

Le retour de cette rumeur a le don d'agacer singulièrement Matignon. Interrogé récemment par BFMTV.com, l'entourage du Premier ministre affirmait que ce dernier refusait "de mettre le doigt dans un engrenage qui l'obligerait à réagir, à prendre position sur ce sujet". "À partir du moment où il répond, il n'est plus Premier ministre", résumait-on en évoquant, en creux, la jurisprudence Collomb, qui a fait quelques dégâts au sein de l'exécutif.

Et d'ajouter: "C'est une rumeur de gens issus de la droite parisienne, qui ne veulent pas de Rachida Dati comme candidate et se disent qu'Édouard Philippe serait plus rassembleur."

Paysage émietté

Cette droite parisienne, que le chef du gouvernement a bien connue, est incontestablement en mal de porte-étendard. Parmi les leçons tirées du scrutin des européennes, l'explosion du paysage sociopolitique de la capitale a marqué les dirigeants du parti Les Républicains. De leurs 26,45% à la présidentielle de 2017 à Paris, les LR sont tombés à 10,19% des suffrages exprimés le 26 mai dernier.

Cet effondrement a largement profité à LaREM, qui a réussi l'exploit de siphonner l'électorat LR, au point d'arriver en tête dans 16 des 20 arrondissements. Les quatre autres (Xe, XVIIIe, XIXe et XXe) ont voté majoritairement pour la liste Europe Écologie-Les Verts.

En sus, la droite doit composer avec le départ d'une importante fraction de ses élus au sein du Conseil de Paris. Une vingtaine de membres du groupe LRI (Les Républicains et Indépendants) ont rejoint la bannière "100% Paris" de Pierre-Yves Bournazel, candidat sans étiquette à la mairie. Il bénéficie notamment du soutien de Florence Berthout (maire ex-LR du Ve arrondissement), de Philippe Goujon (maire LR du XVe, ancien filloniste) et de Jean-François Legaret (maire du Ier). 

"Rachida n'est pas rassembleuse"

Face à cet état des lieux alarmant, auquel se greffe la difficulté d'une des candidatures macronistes (actuelles) à faire l'unanimité, la droite cherche des solutions. Dans la course à l'investiture LR, prévue pour l'automne, Rachida Dati caracole en tête. Pour sa deuxième tentative (elle était candidate en 2014), l'ex-ministre sarkozyste affronte le maire du VIe arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, et Marie-Claire Carrère-Gée, élue dans le XIVe. 

"La candidature de Lecoq n'a pas de sens. Le type est candidat jusqu'au bout des ongles. Rachida sera probablement investie, mais elle n'est pas rassembleuse", soupire-t-on au sein du groupe LRI. Clivante, Rachida Dati ne compte pas que des amis dans son propre camp, au contraire.

"Vous prononcez son nom à Paris, la moitié des élus de droite se barrent en courant. Ils ne peuvent pas la piffrer", souriait récemment un élu centriste de premier plan auprès de BFMTV.com.

Dans un sondage BVA diffusé le 21 juin par La Tribune, la redoutée maire du VIIe arrondissement recueillait 15 à 16% des intentions de vote, derrière l'édile sortante de Paris, Anne Hidalgo (21%), et les principaux candidats à l'investiture LaREM. 

"Philippe, ça tuerait le match"

Une conseillère de Paris fait un rapide tour d'horizon auprès de BFMTV.com. "C'est le flou total. La candidature de Bournazel aurait pu tous nous entraîner, mais il est parti trop tôt, je ne comprends pas son calendrier. Le résultat c'est qu'il ne décolle pas dans les sondages [5 à 6% dans l'enquête BVA, ndlr] et les élus du groupe 100% Paris disent la même chose que s'ils étaient restés chez LRI." À savoir, taper sur le bilan d'Anne Hidalgo. 

Dans ces conditions, estime cette élue LR, "un parachutage d'Édouard Philippe serait perçu avec intérêt; sa personnalité garantirait la victoire, à la fois pour son camp et pour le nôtre, il nous entraînerait et appliquerait une politique de droite". D'autant que, testé par l'institut BVA, l'intéressé arrive en tête des intentions de vote. 

D'après un fin connaisseur de la droite parisienne, l'ensemble des élus de la "fédé" LR de la capitale "rêvent" que le Premier ministre soit bombardé candidat LaREM.

"Ça tuerait le match, c'est évident. Il n'a jamais été exclu de LR [il en est parti de lui-même, ndlr], il n'a pas rejoint LaREM, il a toujours pris soin de saluer ses anciens amis... Il est des nôtres, en réalité. Son image est intacte. Donc pour nous, l'idée est toujours à l'ordre du jour. Sinon, on aura un candidat LR qui perdra avec dignité..."

"Hypothèse solide"

Même son de cloche de la part d'un élu du groupe 100% Paris, théoriquement en soutien de Pierre-Yves Bournazel. Pour l'instant.

"Au vu des résultats aux européennes, LaREM est en position de s'emparer de Paris. J'ai du mal à imaginer un scénario où Macron n'en profite pas. Philippe représente une alternance assez majoritaire. Je soutiens Bournazel, il peut nous faire basculer le XVIIIe arrondissement, mais il n'aurait aucun mal à travailler avec Philippe, il y aurait un accord. C'est une hypothèse solide, loin d'être abandonnée", veut-il croire.

Encore faut-il que le parti présidentiel avalise ce scénario. Le 9 juillet, les six candidats LaREM seront entendus, dossier en main, par la commission nationale d'investiture (CNI). Cet oral doit normalement durer 45 minutes, selon un ordre de passage tiré au sort. La CNI devrait prendre sa décision dans la foulée. Une fois adoubé, le postulant serait-il prêt à laisser le champ libre à un Édouard Philippe propulsé par l'Élysée? 

"Le bon timing, c'est le mois d'octobre, après la rentrée parlementaire. Ça arrange tout le monde", souffle un sénateur LR. Soit à peine cinq mois avant l'échéance électorale.

Est-ce bien réaliste, au vu des nombreuses réformes qu'entend défendre le gouvernement? Réplique de Matignon: "Édouard Philippe veut être Premier ministre et il le sera jusqu'en mars." Une réponse de Normand. 

Jules Pecnard