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Edouard Philippe, bien dans ses bottes

Édouard Philippe à l'Assemblée nationale, mercredi 12 juin 2019.

Édouard Philippe à l'Assemblée nationale, mercredi 12 juin 2019. - Alain JOCARD / AFP

Propulsé au devant de la scène par le président de la République pour l'Acte II du quinquennat, le Premier ministre a la latitude nécessaire pour donner le la des nombreuses réformes à venir. Un rééquilibrage qui complique le scénario d'un parachutage d'Édouard Philippe à Paris pour les municipales.

Retour en grâce? Depuis le scrutin des européennes et le tassement de la crise des gilets jaunes, Édouard Philippe apparaît pleinement sur le devant de la scène. À l'aube de l'été, dont la rude chaleur s'instillera à n'en douter dans les nombreux débats prévus au Parlement, son costume de Premier ministre est comme renforcé. À la fois par les événements et par la volonté d'Emmanuel Macron, pour l'Acte II de son quinquennat, d'être plus en retrait. 

"Plus vous traversez des épreuves, plus vous prenez de la plénitude dans votre job", résume un proche du locataire de Matignon auprès de BFMTV.

Cette plénitude, au-delà des circonstances qui ont permis à Édouard Philippe de solidifier son rôle au sein de l'exécutif, elle découle aussi de l'imprimatur que lui a accordé le chef de l'État, et ce dès sa conférence de presse du 25 avril. 

"Il a survécu"

"Il est considérablement renforcé. On est là pour cinq ans, il a mandat pour porter les réformes de l'Acte II. Un Acte II où il y a plus d'écoute", complète l'entourage du Premier ministre. Bien dans ses bottes, donc, pour reprendre le lexique de la juppéie, sa famille de cœur.

Pas sûr que les syndicats, sonnés par le projet de loi de réforme de l'assurance-chômage, ne l'entendent de cette oreille... Mais qu'importe, au fond, puisque l'image renvoyée est celle d'un chef du gouvernement à la manœuvre, les mains dans le cambouis, prêt à reprendre le cours du quinquennat, là où l'affaire Benalla et les gilets jaunes l'avaient laissé. 

Ce rééquilibrage a commencé dès la campagne des élections européennes. Constatant les difficultés auxquelles était confrontée la tête de liste de La République en marche, Nathalie Loiseau, Édouard Philippe a mis tout son poids politique dans la balance. Pendant la dernière ligne droite, l'ex-maire du Havre a fait montre de son savoir-faire et a contribué, chemin faisant, à détourner une partie de l'électorat de droite de ses repères classiques. 

"Les élections européennes lui ont fait beaucoup de bien. Il a survécu à un moment où il pouvait ne pas survivre. Six mois plus tôt, ce n'était pas la même histoire", rappelle un député de la majorité à BFMTV. 

Au plus fort de la crise sociale qui a ébranlé la France et son gouvernement, certains se mettaient à évoquer la possibilité d'un changement de Premier ministre pour renverser la table. L'hypothèse, dont beaucoup au sein de LaREM disent aujourd'hui qu'elle n'a jamais été rien d'autre qu'un "fantasme", semble définitivement écartée. 

"L'Élysée protège Édouard Philippe"

Des députés vont jusqu'à se réjouir de la relation "plus fluide et conviviale" qu'entretiendraient depuis deux mois Édouard Philippe et Emmanuel Macron. "On sent une complicité renforcée au sein de l'exécutif", rapporte un parlementaire à BFMTV. D'autres y voient une simple continuité, à l'instar de Hervé Berville, député des Côtes-d'Armor et porte-parole de LaREM:

"C'est l'application juste et permanente du partage des rôles entre président de la République et Premier ministre. On est dans un moment politique particulier, où on est moins dans la mise en œuvre du programme présidentiel que dans l'accélération de choses pas forcément mises en avant durant la campagne de 2017", explique-t-il à BFMTV.com. 

D'ici les municipales de mars, échéance électorale capitale pour une macronie en quête d'enracinement, le chef du gouvernement devra orchestrer de nombreux textes hautement sensibles. Réforme des retraites, lois bioéthiques, baisse massive des impôts lors du marathon budgétaire pour 2020... "Il a un cahier d'écolier bien rempli", euphémise-t-on à Matignon. "La réforme des retraites, il n'y a que le Premier ministre qui peut la porter", abonde un proche du chef de l'État auprès de BFMTV.com. Et d'ajouter que dorénavant, "l'Élysée fait tout pour protéger Édouard Philippe".

La communication emboîte le pas à la dynamique. Dimanche dernier, après la victoire des Bleues face au Brésil en 1/8e de finale de la Coupe du monde de football, l'ancien député de Seine-Maritime a publié une petite photo sur son compte Twitter. On y voit un Premier ministre au poing levé, célébrant le succès des internationales françaises.

Une image qui rappelle indubitablement celle, iconique, d'Emmanuel Macron exultant lors du premier but marqué lors de la finale France-Croatie. 

Édouard Philippe travaille par ailleurs sa stature internationale, en immortalisant sa rencontre au Havre avec son homologue russe, Dimitri Medvedev.

"Je comprends que l’image puisse marquer. Si c’est perçu, c’est qu’il y a une part de vérité", glisse son entourage. S'ajoute à cela la reprise de ses Facebook Live, arrêtés il y a un an. 

"Il y a un buzz positif"

"Je n'ai jamais cru à la fable de l'affaiblissement du Premier ministre par rapport au président de la République", tempère de son côté un membre de la majorité. 

"Il y a toujours eu une confiance absolue entre les deux. Ils ont des manières de travailler totalement différentes, mais vous n'entendrez jamais le 'PM' se positionner en concurrent du 'PR', ou le 'PR' avoir des mots peu amènes sur le 'PM'. Rien ne filtre de leurs échanges et c'est très bien ainsi."

L'entourage du juppéiste confirme d'ailleurs: "Il y a un buzz positif autour de lui mais rien n'a changé, sauf la méthode de gouvernement." Proche d'Emmanuel Macron, le sénateur François Patriat assure n'avoir "jamais vu un couple exécutif aussi bien fonctionner".

Cette atmosphère émolliente a pour traduction, aussi, l'éloignement de l'hypothèse d'un Édouard Philippe parachuté par LaREM à Paris pour les municipales. Évoqué régulièrement depuis un an, ce scénario - au-delà des sérieux soucis calendaires qu'il pose - paraît caduc. Du moins pour l'instant. 

"Pour aller à Paris, il faut en avoir envie. Et puis, le Premier ministre a fait une déclaration de politique générale le 12 juin. Ce n'est pas pour aller coller des affiches au bout de trois mois", balaie un proche d'Édouard Philippe auprès de BFMTV.com. 
Jules Pecnard avec Elisa Bertholomey