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DSK met en garde Macron sur la frontière entre gauche et droite

VIDEO BFMTV - Lors d'un hommage privé à l'ancienne ministre Nicole Bricq, DSK a convoqué les valeurs de la gauche devant une audience conquise et en présence de François Hollande et d'Emmanuel Macron. BFMTV s'est procuré un extrait de son discours.

C'était un retour éclair mais symbolique. Mardi soir, Dominique Strauss-Kahn a donné son premier discours depuis l'affaire du Sofitel de New York, quand Nafissatou Diallo a accusé l'homme politique de l'avoir violée, en mai 2011. De nombreuses personnalités politiques - essentiellement venues des rangs de la gauche - étaient réunies au Conseil économique, social et environnemental pour rendre hommage à Nicole Bricq, l'ancienne ministre morte le 6 août dernier à 70 ans.

Une cérémonie privée qui a pris des allures d'oraison funèbre du Parti socialiste et de leçon envoyée à l'actuel président, comme le rapportent L'Opinion et Paris Match, qui détaillent ce jeudi les discours prononcés ce soir-là. Faisant figure de revenant, Dominique Strauss-Kahn a pris la parole au même titre qu'Emmanuel Macron ou encore François Hollande. Au cours de sa carrière, Nicole Bricq, qui avait fini par rejoindre La République en marche, a suivi les trois hommes.

"Pas de combat sans effort collectif"

D'après des témoins, le discours de DSK, après celui de François Hollande et avant celui de l'actuel chef de l'Etat, a résonné comme un "message". Une intervention préparée, mais qu'il a réalisée sans notes.

"Je suis même sûr qu’il l’avait apprise par cœur. Il avait un message à délivrer", analyse l'un de ses anciens compagnons de route, cité par L'Opinion.

Il a dressé le portrait de Nicole Bricq comme de quelqu'un "qui savait qu’il n’y a pas de combat qui vaille sans effort collectif, ni sans estime de l’adversaire". 

"Du CERES à En Marche!, la vie politique de Nicole Bricq nous raconte l’histoire d’une génération", a-t-il déclaré. "Avec cette idée qu’il y avait une place pour l’entreprise et pour l’entrepreneur, à condition qu’on soit capable de créer un climat de confiance réciproque. Je l’avais convaincue de mon idée de socialisme de la production, pour remplacer le vieux socialisme de la redistribution. Et quand on voit aujourd’hui les méfaits, l’explosion des inégalités créées par la financiarisation de la mondialisation, on voit que la cible n’était pas si mal choisie", s'est félicité l'ancien favori du PS pour la course à la présidentielle. 

"Les valeurs de gauche et les valeurs de droite ne sont pas les mêmes"

Il a ensuite évoqué le clivage droite-gauche, avant d'être longuement applaudi par la salle, "presque comme dans un meeting", d'après un participant. 

"Quand on est sûr de ce qu’on pense, on peut faire des compromis avec des adversaires d’hier et peut être de demain, a-t-il raconté. Elle l’a fait par conviction, très loin du cynisme de beaucoup. Parce qu’elle savait que les valeurs de gauche et les valeurs de droite ne sont pas les mêmes. Que les deux sont nécessaires à l’équilibre de la société, mais que leur opposition dialectique vivra tant que vivra la démocratie. Les mêler, ce n’est pas les confondre. Les faire avancer ensemble, c’est savoir garder leur équilibre", a-t-il estimé. 

"Même si on était dans un huis clos c’était très politique", analyse Nathalie Segaunes sur BFMTV, auteure de l'article de L'Opinion

"C’était pour dire 'on peut passer des compromis dans certaines circonstances mais cela ne met pas fin à la droite et à la gauche, et la démocratie a besoin de ce débat'", a-t-elle raconté sur notre antenne. Présent lors de ce rendez-vous, Jean-Paul Huchon, l'ancien président socialiste de la région Île-de-France, a commenté au micro de Salhia Brakhlia: "Un discours d’une très grande force, sans aucune note il a insisté sur le fait que la droite et la gauche ce n’est pas la même chose. Macron a écouté avec attention. Ils se sont serrés la main purement et simplement. Ils sont partis très vite."

Macron "un cran en dessous"

Des mots qui ont rendu certains socialistes nostalgiques, certains lâchant des mots tels que "deuil" ou "énorme gâchis". "Quand il s'est mis à parler c'était le DSK brillant, intelligent, lumineux", explique Nathalie Segaunes, d'après le récit de plusieurs témoins. Et ce même si son apparence a surpris, le faisant ressembler ce soir-là à "un vieux beau qui se laisse aller".

Son talent d'orateur a sans doute été renforcé par la prestation d'Emmanuel Macron, pour clôturer l'hommage. Le président a été jugé "décalé", "un cran en dessous".

"Il n'a pas été très bon, il a surtout parlé de lui", a estimé Michel Sapin, cité par Paris Match. "C'est plus facile d'avoir été que d'être", a commenté un autre ancien ministre. 

Charlie Vandekerkhove et Robin Verner