BFMTV

Christophe Castaner remplacé par Gérald Darmanin après deux ans de polémiques

Christophe Castaner à Evry, le 9 juin 2020

Christophe Castaner à Evry, le 9 juin 2020 - Ludovic Marin - Pool

Christophe Castaner a été remplacé par l'ancien ministre de l'Action et des comptes publics après près de deux ans passés place Beauvau. Une période marquée par plusieurs polémiques et un divorce consommé avec les forces de l'ordre.

Son départ a été réclamé à plusieurs reprises depuis deux ans. Jusqu'à ce remaniement, l'exécutif avait soutenu Christophe Castaner, fidèle parmi les fidèles d'Emmanuel Macron dès le début de l'aventure présidentielle. La dernière fois, c'était il y a à peine un mois en pleine polémique sur la phrase prononcée par le ministre de l'Intérieur sur "la suspension systématique" des policiers et gendarmes en cas de "soupçon avéré de racisme" quand Edouard Philippe estimait que le locataire de Beauvau avait simplement rappelé "une règle administrative".

Avec cette phrase et l'annonce de la suppression de la technique d'interpellation la clé d'étranglement au lendemain d'une manifestation pour dénoncer les violences policières et le racisme dans l'institution, les policiers ont estimé que leur ministre ne les soutenait plus. Cette dernière polémique a donc fini d'enterrer la confiance entre les forces de l'ordre, qui réclament un policier pour devenir le "premier flic de France", et Christophe Castaner dont la situation était devenue intenable alors que le nouveau Premier ministre a fait de la sécurité l'une de ses "toutes premières préoccupations".

Un ministre au coeur des polémiques

Christophe Castaner est arrivé place Beauvau en octobre 2018 profitant de la démission surprise de Gérard Collomb. Un poste que convoitait dès le départ celui qui était en charge des aspects régaliens dans l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron. Sa nomination dans ce ministère stratégique, perçue comme un choix politique, a été accompagnée de l'arrivée de Laurent Nuñez, un "expert", ancien patron du renseignement intérieur, au poste de secrétaire d'Etat.

Tandis que les forces de l'ordre ont été en première ligne lors du mouvement des gilets jaunes puis mises en cause dans plusieurs cas de violences présumées, le passage de Christophe Castaner à Beauvau a été marqué par une série de polémiques. En mars 2019, au soir du 17e week-end de mobilisation des gilets jaunes, le ministre est photographié lors d'une soirée arrosée dans une discothèque parisienne. Le ministre avance l'argument de la vie privée, mais en pleine grogne sociale, le cliché fait tache.

"Le vrai problème n’est pas que M. Castaner s’amuse en discothèque, mais qu’il occupe le bureau du ministre de l’Intérieur", tweete à l'époque le député LR de l’Yonne Guillaume Larrivé.

"Il se précipite"

La semaine suivante, de nouvelles violences éclatent dans la capitale, le Fouquet's est vandalisé, une partie des Champs-Elysées de nouveau saccagée. L'opposition appelle à la démission de Christophe Castaner, mais le couple exécutif soutient le ministre de l'Intérieur et limoge le préfet de police de Paris Michel Delpuech. Deux mois plus tard, le ministre récidive. Cette fois-ci Christophe Castaner est mis en cause pour avoir exagéré les incidents à l'hôpital de la Pitié-Salpètrière le 1er mai 2019. Le ministre parle d'"attaque" quand les témoignages évoquent simplement des manifestants qui cherchent à se réfugier.

Christophe Castaner accusé d'avoir parlé trop vite, la scène se répète en octobre dernier lors de l'attaque de la préfecture de police de Paris qui a fait cinq morts. Le ministre de l'Intérieur, qui a depuis reconnu des "failles" et des "défaillances" dans cette affaire, avait écarté dans un premier temps l'idée d'un acte terroriste mené par Mickaël Harpon, dont des signaux de radicalisation avaient pourtant été détectés. C'est le Premier ministre lui-même qui a volé au secours de son ministre lui assurant publiquement "toute" sa "confiance", tandis que l'opposition réclamait - encore - sa démission.

"Il se précipite à chaque fois. Il ne sait pas résister à la pression médiatique, il est incapable de prudence, de tempérance, encore moins de prise en compte de la durée et de la continuité. C'est du court terme", déclarait dans L'Opinion un ancien conseiller de l'un de ses prédécesseurs à Beauvau, Bernard Cazeneuve.

Rupture avec la base

L'opinion publique, comme l'opposition, lui est tombé dessus lors de la mort de Steve Maia Caniço à Nantes le soir de la fêtes de la musique il y a un an, ou encore lorsque le ministre de l'Intérieur assurait qu'il n'y avait pas de "dangerosité particulière" après l'explosion de l'usine Lubrizol à Rouen. Autre preuve de la précipitation décriée de Christophe Castaner, son recadrage par le procureur de la République de Paris au moment de l'attaque au colis piégé à Lyon. Remy Heitz avait rappelé qu'il était "le seul" à pouvoir communiquer des éléments de la procédure.

Christophe Castaner avait également perdu le soutien de sa base alors que les policiers appelaient à son départ. "Les flics de France ne considèrent plus Christophe Castaner comme le supposé premier flic de France. Il nous a lâchés lundi, nous a jetés en pâture lundi. À lui de regravir l'Everest de la confiance", tonnait au début du mois de juin Yves Lefebvre, secrétaire général d'Unité SGP Police-FO.

"Si être un bon ministre revenait à céder à toutes les demandes, il n'y aurait plus aucun ministre", avait rétorqué Christophe Castaner, assumant "bousculer les choses".

Une autre voie semble désormais privilégiée: en pleine négociations sur une réévaluation du statut des "nuiteux", Jean Castex a lui choisi de leur rendre visite dimanche pour son premier déplacement de Premier ministre.

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV