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Après les violences de samedi, grand ménage à la préfecture de police de Paris

La préfecture de police de Paris.

La préfecture de police de Paris. - AFP

Au lendemain des violences qui se sont produites sur les Champs-Elysées ce week-end, le Premier ministre a annoncé le remplacement du préfet de police de Paris. Michel Delpuech n'est pas le seul sur le départ, deux ou trois fonctionnaires, dont le patron de la Direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, vont être remerciés.

Dimanche 17 mars, les Champs-Elysées avaient triste mine. 27 magasins ont été pillés la veille, près d'une centaine ont été vandalisés. Rapidement, les regards, et les critiques, se sont tournés vers les autorités, et notamment la préfecture de police de Paris. Alors que Beauvau parlait d'"échec", de "dysfonctionnement", Matignon a dans la journée annoncé avoir remercié le préfet de police de Paris, remplacé par Didier Lallement, en provenance de la région Nouvelle-Aquitaine.

D'autres départs à venir 

Le départ de Michel Delpuech suffisant pour remettre de l'ordre dans la maison préfecture? Selon nos informations, deux ou trois autres fonctionnaires sont annoncés sur le départ. Parmi eux, le directeur de cabinet du préfet et le directeur de la Direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne (DSPAP), Frédéric Dupuch. Cette direction est notamment en charge des DAR, les détachements d'action rapide composés essentiellement de policiers des BAC, à l'origine de la plupart des interpellations lors des manifestations.

Frédéric Dupuch a d'ailleurs reconnu avoir donné la consigne de changer les munitions des LBD, en utilisant des balles avec une portée moins importante que celles utilisées depuis le début des manifestations. Cette décision, que le fonctionnaire va justifier dans un rapport rendu prochainement à sa hiérarchie, s'appuie sur une note de 2016 rédigée par la Direction générale de la police nationale. Ni le préfet de police de Paris, ni le ministère de l'Intérieur n'en avait toutefois été informé. Le Premier ministre, Edouard Philippe, a d'ores et déjà qualifié cette consigne "inappropriée".

"Une nouvelle équipe managériale"

Depuis samedi, la passivité des forces de l'ordre face aux scènes de violences ou de pillages sur l'avenue des Champs-Elysées concentre les critiques. L'explication viendrait encore de la préfecture de police de Paris. Le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur assure avoir la certitude que des "consignes de retenue" ont été données aux policiers. Ce que réfute radicalement les fonctionnaires de la préfecture.

En réponse, le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a indiqué ce mardi sur France Inter qu'il fallait "une nouvelle équipe managériale" pour mettre en oeuvre les consignes de fermeté renforcées. Une "doctrine réactive, offensive", a abondé le secrétaire d'Etat Laurent Nunez sur BFMTV et RMC. Déjà en décembre dernier après les violences notamment à l'Arc de Triomphe, Beauvau avait promis une refonte de cette méthode de maintien de l'ordre avec trois mots d'ordre: mobilité, réactivité et fermeté.

"Sur ce qu’on a vu samedi (…) il n’y a qu’une réponse, elle est sécuritaire. Vous ne discutez pas avec ces gens-là. (…) Oui, nous allons aller au contact", a promis le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur.

Lenteur du terrain

Pour conduire cette nouvelle méthode, le gouvernement ne devra pas seulement s'appuyer sur de nouveaux visages à la tête de la préfecture de police de Paris. Il faudra aussi compter sur les hommes, échaudés par plusieurs semaines de polémiques autour des opérations de maintien de l'ordre lors du mouvement. 174 enquêtes de violences policières présumées dont 70 liées potentiellement au LBD ont été confiées à l'GPN. Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a lui réclamé le retrait des lanceurs. Une arme mise dans les mains de policiers qui ne sont pas formés à leur utilisation. Résultat: les policiers ont fait preuve d'un peu plus de retenue ce samedi avec une certaine lenteur dans l'exécution des ordre, ressentie au sein même de l'état-major.

Cette auto-censure a été ressentie à tous les échelons et dans tous les services en lien avec la réponse sécuritaire et pénale apportée au mouvement des gilets jaunes. Toujours selon nos informations, 7.000 contrôles en amont ont été effectués dans les gares samedi dernier. Des contrôles et des interpellations menées selon les instructions du parquet et dans un cadre spécifique. Un cadre qui n'a pas été précisé le week-end dernier. Le procureur de Paris a lui aussi été critiqué ces derniers jours en raison d'une note pour donner des conseils pratiques pour organiser la masse de travail quand des centaines de gilets jaunes sont placées en garde à vue. 

Justine Chevalier et Sarah-Lou Cohen