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Baroin: de Chirac à Sarkozy

Nicolas Sarkozy se rend dans le fief de François Baroin pour son deuxième meeting (photo d'illustration).

Nicolas Sarkozy se rend dans le fief de François Baroin pour son deuxième meeting (photo d'illustration). - Philippe Wojazer - AFP

Le deuxième meeting de Nicolas Sarkozy s'ouvre ce jeudi à Troyes, ville dont le maire n'est autre que le chiraquien François Barroin, dont le récent ralliement à l'ancien maire de Neuilly surprend.

Troyes. Fief de François Baroin. Ville hôtesse du meeting de Nicolas Sarkozy de ce jeudi soir. Rallié en septembre par le sénateur chiraquien dans sa course à la présidence de l’UMP, Nicolas Sarkozy a choisi de poser ses valises dans l’Aube pour son deuxième discours de campagne. Pourtant, les deux hommes n’ont pas toujours été proches sur le plan politique et le soutien de François Baroin à l’ex-chef d’Etat a de quoi surprendre.

"Je suis chiraquien"

"Je ne suis pas sarkozyste par fidélité, je suis chiraquien, j'ai construit ma vie politique autour de Jacques Chirac", avançait François Baroin en 2009 pour expliquer sa distance avec le président de la République.

A l'époque, les critiques du jeune prodigue de l’UMP à l'encontre de Nicolas Sarkozy sont récurrentes. D’abord, l’ouverture à gauche et la nomination du président de France télévisions par l’exécutif, puis le débat sur l'identité nationale et la droitisation de l’UMP. Les points divergents se multiplient entre les deux hommes. François Baroin dénoncera même la stratégie de Nicolas Sarkozy en 2012 lors de la campagne présidentielle, en le comparant à Mitt Romney, le candidat battu lors de l’élection du président américain, et en lui reprochant le choix de Patrick Buisson, très à droite, comme conseiller de campagne.

Fils spirituel de Chirac

Pourquoi tant d’opposition à celui qui semble être le leader de l’UMP? A cause de son attachement à Jacques Chirac. C’est avec l’ancien président que François Baroin a fait ses premiers pas en politique. Avocat de formation, puis journaliste sur Europe 1, c’est en 1993, six ans après la mort de son père dans un accident d’avion, que celui qu’on surnomme alors Harry Potter s’oriente vers la politique. Sous l’aile de l’ancien maire de Paris.

“À la suite du drame qui a coûté la vie à son père, j'ai pris, en quelque sorte, François sous mon aile pour le conseiller, l'aider, le soutenir, l'orienter. Nous sommes devenus peu à peu très proches. Plus qu'un soutien, plus qu'un ami, François est devenu comme un fils” racontait Jacques Chirac en 2011. 

Le "sarko-fan"

Mais ce lien particulier n’a pas empêché le maire de Troyes de se rapprocher de Nicolas Sarkozy. En 2011, François Baroin entre dans les rangs et intègre le gouvernement Fillon au poste stratégique de ministre du Budget. Selon Anne Fulda, journaliste politique au Figaro et auteure du livre François Baroin, le faux discret, "il a été choisi parce qu'ancien rebelle en culottes courtes". La journaliste précise que "cette nomination est la marque d'un vrai basculement dans la carrière de François Baroin. (...) Le politique 'sarko-compatible' s'est mué en 'sarko-fan'".

Mais François Baroin demeure fidèle à Jacques Chirac. En 2012, il préfère soutenir François Fillon, plutôt que Jean-François Copé, lors de la campagne pour la présidence de l'UMP. Dans une interview accordée à L'Express en 2013, il affirme qu'il existe "une vraie ligne de fracture entre ceux qui veulent déplacer le centre de gravité vers la droite et ceux qui, comme Alain Juppé, François Fillon, moi-même et bien d'autres, naturellement, souhaitent conserver l'esprit du pacte des fondateurs". Mais déjà, il annonce la couleur: "Si Nicolas Sarkozy décidait de revenir (...), cela justifierait que nous nous mettions tous autour d'une table pour nous organiser".

Le retour de Nicolas Sarkozy annoncé, François Baroin s'exécute, même si Jacques Chirac soutient un autre de ses protégés, Alain Juppé. Mais le choix du maire de Troyes aura au moins le mérite de rassurer Bernadette Chirac, qui, elle non plus, n'hésitait plus entre le fils spirituel de son mari et Nicolas Sarkozy.

Aude Deraedt