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Avertissement de Hollande à Macron: le surprenant retour de l'ex-président dans l'arène politique

Christophe Barbier, éditorialiste de BFMTV, a commenté les déclarations de François Hollande.

Christophe Barbier, éditorialiste de BFMTV, a commenté les déclarations de François Hollande. - BFMTV

François Hollande a mis en garde ce mardi, à Angoulême, Emmanuel Macron contre la tentation de flexibiliser encore davantage le marché du travail. Editorialistes et invité de BFMTV analysent les déclarations de l'ex-chef de l'Etat.

François Hollande, sans se départir du flegme qui lui est coutumier, a ouvertement averti son successeur à l'Elysée, Emmanuel Macron, qu'il devait faire montre de prudence dans sa politique économique et sociale. A Angoulême ce mardi, où il se rendait à l'occasion du Festival du film francophone, l'ancien président de la République a ainsi lâché devant les micros:

"Il ne faudrait pas flexibiliser le marché du travail au-delà de ce que nous avons déjà fait, au risque de créer des ruptures. Alors, ce qu’il faut, c’est conforter le mouvement qui est engagé, l’investissement, la consommation, le pouvoir d’achat. Et éviter toute décision qui viendrait contrarier ce mouvement."

Un développement qui faisait suite à un premier commentaire peu amène à l'égard d'un exécutif finalisant ses concertations avec les organisations syndicales pour la mise au point d'une réforme du Code du travail: "Il ne faudrait pas demander des sacrifices aux Français qui ne sont pas utiles."

Une sortie qui laissent certains observateurs dubitatifs

Pour Jérôme Béglé, directeur adjoint de la rédaction du Point, l'ancien président joue un jeu ambigu:

"Il ne manque pas d’air quand même, François Hollande! Son quinquennat, selon Pôle Emploi, c’est 585.000 chômeurs de plus. Il a quand même apporté un soutien a minima, implicite et peut-être un peu plus, à Emmanuel Macron. Or, la politique d’Emmanuel Macron, on la connaît. La loi Macron I, le premier texte, c’était déjà le texte qu’il va mettre en œuvre, là. Cette volonté de flexibiliser, de fluidifier le monde du travail, c’est quasiment la première proposition d’Emmanuel Macron quand il était candidat."

Le journaliste ironise: "Là, que François Hollande se rappelle qu’il a été président de la République, que tout allait bien à la fin de son quinquennat et que cette nouvelle loi lui est insupportable, je dois dire que je tombe des nues." Jérôme Béglé y voit une illustration d'un plaisir coupable de François Hollande: le commentaire devant la presse. "Encore une fois, il pêché par là où il a pêché: la petite phrase, la surexposition médiatique", conclut-il.

Christophe Barbier relève quant à lui le fond "politicien" de la démarche et explique que les indicateurs économiques actuels ont pu encourager François Hollande à s'exprimer. Mais l'observateur se montre dubitatif: "Quand il dit qu’il ne faudrait pas flexibiliser le marché du travail au-delà de ce qui a été fait, c’est curieux parce que si on se souvient bien dans la première mouture de la loi El Khomri, ça allait beaucoup plus loin que ce que la loi a finalement donné." De là une alternative pour Christophe Barbier:

"Que veut-il dire? Que sa première idée était mauvaise, la loi El Khomri version 1.0, ou a-t-il en mémoire le combat social qu’il a dû mener et qu’il a peur que la France descende dans la rue et dit à Macron: ‘Attention, ne va pas trop loin reste sur nos acquis parce que la France est en ébullition'? C’est assez incompréhensible".

Une statue à redresser?

Laurent Neumann, éditorialiste politique pour BFMTV, lie lui aussi cette sortie de François Hollande aux chiffres économiques plus favorables qui s'annoncent aujourd'hui selon certaines mesures.

"La statue de François Hollande est tombée par terre. Il n’a pas pu se représenter, les médias lui ont tapé dessus, les Français l’ont renvoyé chez lui. Donc aujourd’hui que les premiers chiffres donnent l’impression que les mesures prises il y a deux ans commencent à porter leurs fruits, il a sorti le tractopelle pour remonter la statue et dire: 'Vous voyez, ce que j’ai fait, c’est pas si mal'"

"Il veut d’une certaine manière se faire justice lui-même et redonner une autre lecture de ce qu’il a fait lui. (…) Il est en train d’essayer de réécrire l’histoire", poursuit Laurent Neumann. Selon ce dernier, les commentaires de l'ex-pensionnaire de l'Elysée ne s'adressent pas seulement à Emmanuel Macron, mais pourraient bien chercher à se faire entendre du côté des syndicats, en cours de discussions avec le gouvernement: "Et en même temps, il envoie des messages politiques au président de la République, et sans doute à ceux qui sont en train de négocier cette loi en leur rappelant: ‘Attendez, la loi d’avant n’était pas si dure que ça et vous êtes descendus dans la rue pendant des semaines, celle-ci va beaucoup plus loin et avec peut-être moins de garanties pour la sécurité des salariés’."

Jean-Claude Mailly agacé

Et, justement, le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, engagé dans les concertations qui ont repris ce mardi, et qui a bien connu la loi El Khomri, a peu apprécié les phrases de François Hollande: "Je pense qu’il est mal placé pour donner des conseils parce que ça n’a pas été un expert du dialogue social, c’est le moins que l’on puisse dire. La dernière fois, je me souviens très bien que sur la méthode, je l’ai dit, c’était un raté complet." Il ajoute: "Et puis dire: ‘Il ne faut pas flexibiliser etc.’ il reconnaît qu’il a flexibilisé, sans beaucoup de sécurité, nous, on est toujours pas d’accord avec la loi de l’année dernière. Là, on essaye de corriger".

La rentrée politique de François Hollande n'a pas manqué de créer des remous.

Robin Verner