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Un président ne devrait pas dire ça "a créé les conditions de l'empêchement" de Hollande, pour ses auteurs

Les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, auteurs du livre d'entretiens avec François Hollande, Un président ne devrait pas dire ça..., étaient ce vendredi matin les invités de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et RMC, au lendemain de l'annonce surprise du chef de l'Etat, qui ne briguera pas un second mandat.

Au lendemain du discours présidentiel qui a surpris jusqu'à certains des proches conseillers de François Hollande, Fabrice Lhomme, co-auteur du livre Un président ne devrait pas dire ça, a eu "le sentiment qu'au tout dernier moment il arrivait à parler enfin aux Français, mais un peu trop tard, la preuve, il leur a parlé pour leur dire qu'il allait arrêter".

Pour Gérard Davet, "si un président devait annoncer qu'il ne se représentait pas, ça ne pouvait être que lui". Une conviction forgée au fil des 61 rendez-vous avec François Hollande pour la préparation du livre Un président ne devrait pas dire ça, tout au long du quinquennat. "Ce qu'on a pu observer, c'est qu'il n'est pas accro au pouvoir, il est accro à la politique". Fabrice Lhomme renchérit: "Les dorures de l'Elysée, je pense qu'il n'en a absolument rien à faire".

"Partir au combat sans sa gauche était impossible"

Gérard Davet est convaincu que le livre "a créé les conditions de son empêchement. François Hollande n'avait pas envisagé à quel point l'exercice de transparence allait se retourner contre lui. Tout son entourage, sa majorité, s'est dit 'ce n'est pas possible, on ne peut pas continuer avec lui'. Pour lui c'était un coup fatal: partir au combat sans sa gauche de gouvernement était quasiment impossible". Le journaliste confirme que François Hollande "n'a absolument rien relu" de ses confidences avant la publication du livre.

Pour l'avoir côtoyé pendant toute la durée de son quinquennat pour les besoins du livre, Fabrice Lhomme dépeint le chef de l'Etat comme "un type qui ne supporte pas d'être contraint. Même si son entourage proche, ces derniers jours, a pu lui dire 'il faut quand même y aller, ce serait une humiliation de ne pas y aller', il n'en fait qu'à sa tête. Il a estimé qu'il n'avait aucune chance de gagner cette élection, en pur pragmatique, il s'est dit, si j'ai zéro chance sur cent, je n'y vais pas".

Hollande "a créé lui-même les conditions de ce délitement"

Certaines confidences de François Hollande ont profondément heurté jusque dans son propre camp. "Faire preuve de transparence, ça implique aussi de faire preuve de pédagogie et d'explication. Et ça, il n'a pas su le faire", tranche Gérard Davet, "donc il a créé lui-même les conditions de ce délitement".

"C'est le drame de son quinquennat", abonde Fabrice Lhomme. "Il aurait dû parler en général, s'expliquer sur ce qu'il voulait faire, où il emmenait la France, et depuis le début. Normal ou pas, un président doit parler à son peuple, et c'est ce qu'il n'a pas réussi à faire".

Pour Gérard Davet, les proches de François Hollande, dans l'intimité, ont joué un rôle majeur dans sa décision de ne pas se représenter. "Il y a eu quelques éléments déclencheurs, il y a eu ses enfants, et Ségolène Royal, bien sûr, qui est à la fois lucide, et sa muse politique, et qui lui a dit 'ça ne sert à rien, arrête-toi'. (...) Il était dans une impasse. (...) Aujourd'hui, il est plus serein que jamais, il est plus libre que jamais parce que dans six mois il n'est plus président, mais il a six mois pour œuvrer au rassemblement de la gauche. Il va se battre pour Valls", prédit Gérard Davet. "S'il ne le soutient pas officiellement, c'est parce qu'aujourd'hui le soutien de Hollande ne pèse pas grand chose, mais il va œuvrer de manière souterraine pour l'aider".