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François Hollande: les coulisses d'une décision historique

Les proches de François Hollande n'ont appris sa décision que quelques heures avant son allocution télévisée. Seule sa famille, qui lui déconseillait de se représenter, a été prévenue avant les autres.

François Hollande a gardé le secret jusqu'au bout. Sa décision historique de ne pas se représenter à un second mandat, ses plus proches conseillers l'ont apprise seulement quelques heures avant son allocution, dans la matinée de jeudi. 

A son jeune conseiller en communication Gaspard Gantzer, il apprend en fin de matinée qu'il s'apprête à faire une allocution à 20h de l'Elysée: "On a tout de suite compris", glisse un proche au Parisien. Il prévient ensuite ses proches en politique, Stéphane Le Foll, François Rebsamen, Bruno Le Roux, Manuel Valls, Julien Dray et Ségolène Royal.

Le chef de l'Etat travaille jusqu'au bout à son texte, dont son entourage précise qu'il a été "le seul concepteur et rédacteur". Puis en fin de journée, comme prévu dans son agenda, il se rend à la cérémonie de décoration de plusieurs personnalités: Pierre-René Lemas, l'ancien secrétaire général de l'Elysée, le photographe Raymond Depardon et l'ancien ministre Thierry Repentin. Tout se déroule comme si rien n'allait se passer. François Hollande lui-même ne laisse rien percevoir.

"A l'Elysée, personne n'était au courant"

A 20 heures, Manuel Valls et son cercle de proches s'enferment dans son bureau de Matignon. D'autres conseillers apprennent la nouvelle en regardant la télévision.

"A l'Elysée on était plusieurs à l'écouter", raconte à BFMTV Bernard Poignant, conseiller intime de François Hollande. "Au début en l'écoutant, on ne savait pas la fin et d'un coup on a cru comprendre qu'il s'acheminait vers une non-candidature. On en a tous pris acte, mais à l'Elysée, personne n'était au courant."

Seule la famille du président, avec le secrétaire général de l'Elysée Jean-Pierre Jouyet, avait été prévenue mercredi soir. Depuis quelques semaines, l'ancienne compagne de François Hollande, Ségolène Royal, ainsi que ses enfants, faisaient peu de mystère quant à leur opinion: tous conseillaient au chef de l'Etat de ne pas se représenter.

"Ségolène Royal avait laissé entendre publiquement qu'elle n'était pas favorable à ce qu'il se représente", abonde Jean-Pierre Mignard, proche de la famille Hollande, dans Le Parisien. Selon lui, "tout cela a joué" dans la décision finale du président.

L'interview de Valls et le déjeuner électrique

L'interview très offensive de Manuel Valls dans le Journal du dimanche a elle aussi joué un rôle. François Hollande apprend samedi dans l'avion du retour de Madagascar que le Premier ministre s'apprêtait à lancer une violente charge contre lui. Il appelle alors Ségolène Royal, dont il connaît l'hostilité à sa candidature.

"Si tu ne penses pas pouvoir gagner la primaire, n'y va pas. Sinon, vas-y", lui conseille-t-elle.

Lundi, comme toutes les semaines, François Hollande et Manuel Valls déjeunent ensemble à l'Elysée. Mais l'ambiance n'est pas la même que d'habitude, comme l'explique Marianne. "Je ne me présenterai pas contre toi à la primaire", assure le Premier ministre. "Ce n'est pas ce que j'avais compris en lisant ton interview", réplique le chef de l'Etat. Le climat est glacial. Manuel Valls est décidé à démissionner.

Mais le climat s'apaise lorsque François Hollande laisse soudain entendre à son hôte qu'il ne sera pas candidat. Il conclut que s'il n'y va pas, ce sera le tour de Manuel Valls, "évidemment". Stupéfait, le Premier ministre finit donc par jouer l'apaisement, mais se méfie du François Hollande stratège qu'il connaît bien. Le président aurait-il bluffé pour mettre son rival sur la touche? Furieux, Manuel Valls s'en veut de ne pas avoir persisté dans sa décision de démissionner. Trois jours plus tard, il apprendra finalement que François Hollande n'avait pas bluffé: il renonce à un second mandat. Une décision qui aura pris tout le monde de court.

Ariane Kujawski