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Affaire Benalla: l'opposition tente de faire monter la pression

L'opposition tente de s'organiser face à la majorité pour faire entendre sa voix dans l'affaire Benalla. Mais elle joue par la même occasion à un jeu risqué, en donnant à LaREM et au gouvernement l'occasion de dénoncer "une convergence" à visées politiques.

L'ultimatum a expiré. Alors qu'il menaçait de quitter la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur l'affaire Benalla si la liste des prochaines auditions n'était pas revue, Guillaume Larrivé, le corapporteur, est passé à l'acte jeudi. Le député LR a suspendu sa participation "à ce qui n'est devenu hélas qu'une parodie", après que la présidente de la commission Yaël Braun-Pivet, députée de la majorité, a refusé de soumettre au vote des autres membres les noms de plusieurs personnages de la hiérarchie élyséenne. Selon elle, de telles auditions seraient inutiles, et Patrick Strzoda, le chef de cabinet d'Emmanuel Macron, a répondu aux questions concernant l'Elysée.

Alors que la commission poursuit ses travaux ce vendredi, elle va se concentrer désormais sur des acteurs des forces de l'ordre, en auditionnant à nouveau Alain Gibelin, le directeur de l'ordre public auprès de la préfecture de police (DOPC) et Michel Delpuech, le préfet de police de Paris, ainsi que la compagnie de CRS 15, chargée du maintien de l'ordre sur la place de la Contrescarpe le 1er mai, là où les violences imputées à Alexandre Benalla ont eu lieu. En parallèle, la commission d'enquête du Sénat, chambre où la droite est majoritaire, interrogera elle Christophe Castaner, le chef de la République en marche, mardi prochain.

Pas "une tribune politique"

"C'est une commission qui a pu travailler de façon très correcte", plaide sur BFMTV Yaël Braun-Pivet, qui se défend en rappelant que "10 auditions ont d'ores et déjà eu lieu". "Il était clair depuis le début que la commission des Lois n'avait pas à se substituer à la justice, ni à devenir une tribune politique. C'est pourtant cette voie que l'opposition a choisie, loin de tout souci de la vérité", accusait-elle dès mercredi.

D'autres groupes de l'opposition ont emboîté le pas à Guillaume Larrivé en fin de journée, à commencer par les Insoumis et les communistes. Un "front commun" que la majorité espère utiliser, certains députés LaREM allant jusqu'à accuser la députée insoumise Danièle Obono d'avoir "invité" Marine Le Pen à s'allier avec elle contre la majorité, lors d'un passage devant les caméras.

Droite et gauche "bras dessus, bras dessous"

Un exemple repris par Benjamin Griveaux lui-même, le porte-parole du gouvernement, qui a évoqué les deux députées "bras dessus, bras dessous". "On a bien compris que la convergence des oppositions n'avait qu'un but: bloquer la transformation du pays et bloquer le travail du Parlement", a-t-il déclaré jeudi sur Europe 1. Le Huffington Post, qui a passé les images au crible, a montré que la séquence en question avait subi une interprétation.

Pour se faire entendre et faire monter la pression sur la majorité, mais aussi sur le président, toujours sommé de "s'expliquer", l'opposition veut utiliser un deuxième levier: la motion de censure contre le gouvernement. Le groupe LR en a déposé une jeudi soir, qui sera débattue mardi prochain à 15 heures. Une décision suivie par la gauche. "Ce soir, nous avons eu la bonne nouvelle que le groupe Nouvelle gauche, les socialistes, était d'accord pour signer une motion de censure", a salué Jean-Luc Mélenchon sur BFMTV. Là encore, la majorité dénonce une manoeuvre politique et une alliance d'oppositions que réfute la gauche. 

Manoeuvres symboliques

"Sur les propositions à venir, sur nos projets respectifs, nous sommes en désaccord profond et donc nous ne voulons pas accréditer l'idée qu'il y aurait une gauche et une droite qui se confondent, ce n'est pas le cas", a insisté jeudi Olivier Faure, le premier secrétaire du PS.

Même si le départ de Guillaume Larrivé fait perdre de sa pertinence à la commission d'enquête de l'Assemblée, puisqu'elle est désormais à la main du parti majoritaire, il n'empêche pas en soi la poursuite des travaux. De même, le dépôt d'une motion de censure est surtout symbolique, le texte n'ayant aucune chance d'être votée par un hémicycle où siègent en majorité les députés de La République en marche.

Charlie Vandekerkhove