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Quatre ans après les attentats du 13-Novembre, quel est l'état de la menace terroriste en France?

Depuis le début de l'année, quatre attentats ont été déjoués en France. Des attaques venues du territoire national, symptôme d'une menace toujours élevée, qui est désormais principalement endogène.

Quatre ans après les attentats du 13-Novembre, la menace terroriste en France reste élevée et les autorités sont particulièrement prudentes. Il y a quelques jours, le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a appelé les forces de l'ordre à "une vigilance accrue" après la mort du chef de Daesh, Abou Bakr al-Baghdadi. Prudence appuyée par l'opération militaire turque en Syrie, qui a entraîné la fuite de centaines de proches de membres du groupe Etat islamique (EI) d'un camp de déplacés dans le nord de la Syrie, selon les autorités kurdes.

Les services de renseignement français redoutent toujours une attaque "inspirée", "endogène", plutôt que des attaques conduites de l'extérieur comme en 2015. Les craintes portent sur des individus déjà en France qui passeraient à l'acte. Les dernières attaques en sont l'exemple: l'attentat de Carcassonne et de Trèbes, commis par Redouane Lakdim, fiché S depuis ses velléités affichées de départ pour la zone irako-syrienne, ou l'attentat du marché de Noël à Strasbourg, acte commis par Chérif Chekatt, multirécidiviste pour des faits de droit commun.

"La menace n'a pas changé fondamentalement, elle a changé de visage et de physionomie dans le sens où l'Etat islamique est moins en état de lancer des opérations projetées, en tout cas à court terme, en tout cas il y a une menace qui est inspirée, très clairement, de plus en plus, on le voit en France comme dans les autres pays", note Jean-Charles Brisard, président du Centre d'analyse du terrorisme.

La menace du milieu carcéral

Les auteurs des passages à l'acte présentent des profils variés, qui créent une menace éclatée, rendant les choses peu prévisibles pour les services de renseignement, loin des réseaux terroristes beaucoup plus organisés et où une certaine menace était détectable en amont. La menace actuelle porte sur des individus qui passent à l'acte de manière imprévisible "en fonction de la situation internationale ou d'un ressenti personnel". Depuis le début de l'année, quatre attentats ont été déjoués. A chaque fois, les profils de ces auteurs sont variés. Dans 50% des cas, les individus ne sont d'ailleurs pas connus des services de renseignement.

La véritable inquiétude porte sur le milieu carcéral, comme le prouve l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, dont l'un des auteurs était porteur d'un bracelet électronique. Depuis 2019, la Direction générale de la sécurité intérieure est en charge du suivi de 109 sortants de prison. Pour 45 d'entre eux, ils étaient incarcérés pour des faits terroristes, 64 étaient mis en cause pour des faits de droits commun mais suivis au titre de la radicalisation. D'ici 2022 d'ailleurs, 75% des condamnés pour terrorisme auront purgé leur peine. 

286 "revenants"

En juillet dernier, les services de renseignement ont d'ailleurs déjoué un attentat qui impliquait un individu revenu de la zone irako-syrienne et incarcéré à la prison de Châteaudun. Il avait passé six mois en Syrie en 2014 auprès d'un groupe affilié à al-Qaïda. Avec deux autres individus, il évoquait un projet d'attaque non défini. "C'est une menace qui est réelle, notamment parce que les individus revenus du théâtre des opérations ont été formés au maniement des armes, des explosifs, ils ont un vrai savoir-faire, une véritable aura auprès des autres détenus", relève Jean-Charles Brisard.

A ce jour, 1300 Français ont rejoint la zone irako-syrienne, 325 sont décédés sur place. 286 en sont revenus et sont soit incarcérés en France, soit suivis par les services de renseignements. 200 autres sont détenus dans les camps du Kurdistan syrien, 14 en Irak. Mais 350 individus ne sont actuellement pas localisés.

Justine Chevalier avec Sarah-Lou Cohen