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Procès Jawad Bendaoud: "Tout le monde regarde les Feux de l’amour", l’interrogatoire cocasse de Mohamed Soumah

Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah lors de leur procès

Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah lors de leur procès - Benoit PEYRUCQ / AFP

Le procès de Jawad Bendaoud se poursuit ce jeudi avec l’interrogatoire de Mohamed Soumah. Ce dernier a joué le rôle d’intermédiaire entre « le logeur des terroristes » et Hasna Aït Boulahcen, la cousine d’Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur présumé des attentats du 13-Novembre.

"C’est vous la pipelette!" Le procès de Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen se poursuit ce jeudi dans une ambiance cocasse. Mohamed Soumah est jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes" pour avoir mis en relation Hasna Aït Boulahcen et Jawad Bendaoud.

Cette dernière, qu’il a rencontré pour la première fois le 16 novembre 2015, est venue lui demander de l’aide pour trouver un logement. Ce logement s’est révélé être celui occupé par Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur présumé des attentats du 13-Novembre, et Chakib Akrouh, membre présumé du commando des terrasses.

"Je voulais vous dire madame que j’aimerais présenter toutes mes condoléances et dire pardon aux familles des victimes, et aux victimes de ce qui est arrivé vous voyez, a débuté Mohamed Soumah. Sans le savoir, c’est un peu de ma faute. J’étais pas au courant, mais ça reste un peu de ma faute, vous voyez."

"On est en hiver, elle pleure"

Veste de survêtement aux couleurs de l’équipe de football de l’Inter Milan, Mohamed Soumah, 28 ans, a des choses à dire et a une réponse à chaque question que la présidente de la 16e chambre correctionnelle de Paris a à lui poser. Le 16 novembre, quand Hasna Aït Boulahcen vient lui acheter de la cocaïne, elle lui demande également de l’aide. "Mouss", alias également "yeux rouges", va accepter avec une idée en tête: 

"En lui rendant ce service-là, elle va peut-être me présenter d’autres clients (...) je vais peut-être coucher avec elle."

Et de poursuivre, en mode gentleman: "On est en hiver, elle pleure. J’aime pas voir une femme pleurer."

Mohamed Soumah raconte son enfance. La séparation de ses parents, les coups reçus par sa mère puis les placements en famille d’accueil, "puis en CER, puis la prison…" A 28 ans, "Mouss" a déjà à son actif une série de condamnations.

C’est en 2012 qu’il va faire la connaissance de Jawad Bendaoud à la prison du Val-de-Reuil, dans l’Eure. Lorsque Soumah est transféré, Bendaoud lui doit 150 euros. "Il avait peut-être des problèmes. Mais moi direct, je pense 'il m'a carotte'!", explique-t-il au tribunal. Ils vont se retrouver quelques années plus tard à Saint-Denis pour faire du business. Le premier fournit des boulettes de cocaïne, le second les transforme en crack.

"Elle est bonne votre coke?", lui demande la présidente. Soumah explique ne l’avoir jamais goûté, mais qu’aucun client ne s’est plaint.

"Tout le monde regarde les Feux de l’amour"

Pragmatique, Mohamed Soumah se présente comme un businessman. Alors quand le tribunal lui demande si la requête de la jeune femme ne l’a pas intrigué en pleine période post-attentat, le jeune homme de 28 ans rétorque.

"Ok, il s'est passé un truc très très grave, le truc le plus grave depuis la Seconde guerre mondiale, reconnait Soumah. Mais la vie criminelle, elle continue…"

Entre le 16 et le 17 novembre 2015, Mohamed Soumah et Hasna Aït Boulahcen échangent à de nombreuses reprises. Savait-il que la jeune femme cherchait à loger des terroristes? Lui dit que non, la présidente a des doutes, notamment car cette dernière s’est épanchée auprès de nombreuses personnes sur ses relations avec son cousin. Pourquoi pas auprès de Soumah?

"Franchement c’est une très bonne question. Je me suis dit elle m’a utilisé, elle m’a baisé la gueule. Elle m’a charmé, elle avait des secrets pour moi. Elle m’a pris pour un con."

Lors de ces nombreux échanges, les allusions d’Hasna Aït Boulahcen sont étranges et ne font aucun doute quant à l’utilisation de noms de code. Elle parle de sa "gynécologue" qui va lui envoyer un mandat cash. "Gynéco? c’est peut-être de l’argot à Aulnay", répond Mohamed Soumah. Elle mentionne également à plusieurs reprises la série américaine "Les Feux de l'amour". L’enquête a permis de comprendre que le nom de la série est en réalité utilisé pour désigner les reportages sur les attentats et sur Abdelhamid Abaaoud. Mohamed Soumah répond que c’est son "pote" qui regarde l’émission. "C’est quel pote qui regarde?", demande, curieuse, la présidente, avant d’échanger de manière étonnante avec le prévenu:

- Soumah : "On a tous regardé les Feux de l’amour" - "Ca passe le matin?" - "Oui, avant c’était l’après-midi à 14 heures" - "Pour les gens qui travaillent, c’est compliqué"

"J’ai servi d’intermédiaire"

Mohamed Soumah poursuit en expliquant que "je lui dis que j’ai compris (à Hasna Aït Boulahcen, NDLR) mais en fait j’ai rien compris. J’aurais pu dire 'ouais Victor Newman ou Nikki… Baldwin…'" Mohamed Soumah se défausse sur Hasna Aït Boulahcen, présentée comme une "pipelette", "un peu fo-folle". S’il l’a aidée à trouver un taxi – qui servira au transfert d’Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh – c’est parce que la jeune femme n’est pas du quartier. Soumah le clame haut et fort pendant plus de deux heures: il n’a "rien à voir avec ces trucs terroristes, islamistes. J’ai eu la poisse d’être embarqué dans ce truc."

Pourquoi alors ne pas être allé se rendre après le 18 novembre 2015 s’il n’avait rien à se reprocher?

"Lui (Jawad, NDLR), il a rien fait et ils l'avaient mis en prison. Moi, j'ai servi d'intermédiaire, j'ai amené Hasna. C'est sûr que j'allais aller en prison."

Une version qui n’a pas convaincu les avocats des parties civiles.

Justine Chevalier