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Libération d'Ali Oulkadi: "C'est une application du droit", estime un avocat de victimes du 13-Novembre

Ali Oudaki, suspecté d'avoir fourni une aide logistique à Salah Abdeslam, a été libéré après deux ans et demi de détention provisoire. Une décision de justice qui divise parmi les victimes des attentats du 13-Novembre.

Une décision "logique" ou "choquante"? Ali Oulkadi, soupçonné d'avoir fourni une aide logistique à Salah Abdeslam lors de sa cavale après les attentats du 13-Novembre, a été libéré. Mis en examen pour "association de malfaiteurs terroriste" en 2015, il a quitté lundi après-midi la prison de Maubeuge, dans le Nord, après avoir passé deux ans et demi en détention provisoire. Ce Français a regagné la Belgique où il résidait en attente de son procès qui pourrait avoir lieu en 2020. 

"C’est une application logique du droit (...), concède Me Jean Reinhart, avocat de plusieurs victimes du 13-Novembre. Il reste mis en examen, il reste dans une situation extrêmement forte, c’est-à-dire de se positionner en tant que responsable et personne ne le dédouane."

Un "fait objectif" et une "interrogation"

Le 14 novembre 2015, Ali Oulkadi a transporté Salah Abdeslam, rapatrié depuis la France par deux autres complices, jusqu'à une planque à Schaerbeek, un quartier de Bruxelles, où avaient été fabriquées les ceintures explosives utilisées par les terroristes. Interpellé rapidement, le trentenaire a toujours nié être au courant des projets de Salah Abdeslam, et encore moins d'avoir eu affaire, ce jour-là, au seul membre encore vivant des commandos du 13-Novembre.

"J’ai une lecture tout à fait simple du dossier, indique Me Reinhart. Cet individu à l’évidence est coupable et c'est ma lecture du dossier. Cet individu a, à l’évidence, convoyé Salah Abdeslam et le savait-il qu’il avait participé aux attentats les plus horribles qui avaient été commis sur le territoire français? Pour l’instant, la question se pose."

Un autre élément avait mis les enquêteurs sur la piste d'Ali Oulkadi. Une trace de son ADN a été découverte sur une fourchette retrouvée dans la planque de Schaerbeek. Les expertises ont démontré qu'il s'agissait d'un ADN mixte, mélangé à celui de Salah Abdeslam. "On se retrouve avec un fait objectif, qu’il a transporté Salah Abdeslam, et une interrogation sur une petite trace ADN sur une fourchette avec un expert qui indique solennellement que il est possible que ce soit un ADN par transfert", reconnaît l'avocat. C'est sur cet élément que la justice s'est d'ailleurs appuyée pour répondre de manière favorable à la demande de libération du suspect.

"Qu’il soit placé en détention pendant un temps de l’enquête, oui, mais là il n’y a plus de question à lui poser", concède encore Jean Reinhart.

Des garanties insuffisantes

Sa consoeur Samia Maktouf qui défend également d'autres victimes des attentats du 13-Novembre s'insurge, elle, contre "une décision choquante et incompréhensible". "C’est quelqu'un qui est venu chercher Salah Abdeslam pour le soustraire à la justice. C’est quelqu'un qui était présent à chaque moment-clé de la préparation des attentats terroristes, martèle-t-elle. "C'est le désert autour d'Abdeslam", s'agace l'avocate citant la libération, au mois de mai, du Belge, Hamza Attou, après deux ans d'incarcération.

L'avocate et ses clients s'inquiètent de la présence d'Ali Oulkadi, ami de Brahim Abdeslam, ou d'Hamza Attou quand l'heure de leur procès viendra, et ce malgré les conditions strictes qui lui sont imposées dans le cadre de sa libération. Le Français devra respecter plusieurs conditions comme l'interdiction de quitter la Belgique, l'obligation de pointer au commissariat, l'obligation de reprendre une activité, l'interdiction de posséder une arme ou celle d'avoir des contacts avec les milieux islamistes.

"On en remet pas quelqu'un qui risque 20 ans de prison", conclut Me Méhana Mouhou, autre avocat de victimes.

J.C.