BFMTV

Deux ans après l'attentat du Bataclan, le difficile retour à la vie normale pour une rescapée

Sophie Parra a été grièvement blessée lors de l'attaque du Bataclan le 13 novembre 2015. Elle confie à BFMTV ses difficultés et évoque sa lente reconstruction.

Deux ans après l'attaque du 13-Novembre au Bataclan dans laquelle 90 personnes ont été tuées, le retour à la vie normale est toujours aussi difficile pour les rescapés. Sophie Parra se trouvait avec une amie dans cette salle de spectacle parisienne ce soir-là pour assister au concert des Eagles of Death Metal.

"Je ne prends plus le métro, je ne vais plus au cinéma"

Blessée, la jeune femme de 33 ans est restée deux semaines à l'hôpital et a subi trois opérations. Une balle de Kalachnikov est restée logée près de son bassin pendant un an et demi. Elle a eu besoin d'une centaine de séances de kinésithérapie et de nombreux rendez-vous chez les psychologues, elle a consulté huit praticiens différents. Depuis ce 13 novembre 2015, sa vie a radicalement changé.

"Je ne prends plus le métro, je ne prends plus le RER, je ne prends que le bus, a-t-elle témoigné pour BFMTV. Je ne vais quasiment plus au cinéma ou alors je fais très attention à ce que je vais voir, pour qu'il n'y ait pas d'arme à feu, pas de violence. Je ne vais quasiment plus à des concerts, j'ai dû en faire deux, deux et demi depuis novembre 2015."

Un sentiment de culpabilité

Aujourd'hui, Sophie Parra vit avec des blessures physiques qui lui font encore mal. Mais aussi psychiques, comme cet immense sentiment de culpabilité qui l'habite au quotidien.

"D'avoir utilisé le corps de quelqu'un pour me protéger et d'avoir vu quelqu'un en face de moi se faire tirer dessus sans rien pouvoir faire. Et c'est vivre avec ça, c'est tous les jours se dire 'pourquoi est-ce que moi je suis en vie et pas eux? Qu'est-ce qui fait que moi, on m'a laissé vivre et que eux, on les a tués?' C'est dur."

Un processus de réparation qui est long, assurent les médecins. "L'événement ne se digère pas forcément", analyse pour BFMTV la psychologue Juliane Tortes Saint Jammes.

"Il se passe dans notre cerveau une sorte de bug qui fait que l'événement reste stocké en mémoire traumatique dans un système plus émotionnel et ça ne remonte pas dans les zones supérieures de notre cerveau qui nous font comprendre et intégrer l'information du fait que c'est terminé."

"Notre vie, on ne la fait plus. On la subit"

Pour remonter tout doucement la pente, Sophie Parra a pu compter sur l'ancien secrétariat d'État à l'Aide aux victimes. Mais ce dernier a disparu avec l'arrivée du gouvernement d'Édouard Philippe. Une suppression que la jeune femme ne comprend pas. 

"J'ai l'impression de ne pas exister et que ce qu'il s'est passé, c'est nié, confie Sophie Parra. Ce n'est même plus être abandonné, c'est être totalement nié dans ce que j'ai vécu. C'est l'impression qu'on nous dit: 'on prend en charge le médical et voilà c'est bon, faites votre vie'. Sauf qu'en fait, notre vie, on ne la fait plus. On la subit."

Ce lundi soir, deux ans après le drame, à 21h40, à l'heure de la fusillade au Bataclan, la jeune femme se rendra devant la salle de concert pour allumer une bougie. Comme elle l'a fait l'année dernière. 

Céline Hussonnois-Alaya avec Mélanie Vecchio