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Condé-sur-Sarthe: la radicalisation islamiste des détenus, défi insurmontable pour les prisons?

Prison (PHOTO D'ILLUSTRATION)

Prison (PHOTO D'ILLUSTRATION) - Kenzo Tribouillard - AFP

L'attaque terroriste commise par Michaël Chiolo à la prison de Condé-sur-Sarthe pose à nouveau la question du contrôle des détenus radicalisés et de leur capacité de nuisance.

Un couteau en céramique, "ça ne sonne pas aux portiques". Difficile, dans ces conditions, d'empêcher quelqu'un comme Michaël Chiolo de passer à l'acte comme il l'a fait mardi, à la prison de Condé-sur-Sarthe. Ce détenu de 27 ans a poignardé deux surveillants. Converti à l'islam en 2010, il purgeait une peine de 30 ans pour avoir étouffé, séquestré puis "momifié" un homme de 89 ans, rescapé du camp de concentration de Dachau.

Cet individu a été condamné à un an de prison pour apologie du terrorisme islamiste au cours de sa détention à Mulhouse. Le 14 novembre 2015, il demandait à ses codétenus de "rejouer" la sanglante attaque du Bataclan qui s'était déroulée la veille. Hospitalisé après l'intervention du Raid, Michaël Chiolo est suivi par le renseignement pénitentiaire et est inscrit au fichier pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Il s'est radicalisé en prison, ont indiqué ses avocats.

"Il y en a partout"

Interrogé sur notre antenne, l'avocat de la famille de sa première victime a décrit un homme "sans foi ni loi". La haute sécurisation de la prison de Condé-sur-Sarthe, surnommée "la forteresse" dans le milieu carcéral, n'a pas empêché Michaël Chiolo de passer à l'acte.

Maison d'arrêt d'Osny (Val-d'Oise) en septembre 2016, prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) en janvier 2018... Les agressions de surveillants s'ajoutent les unes aux autres, interrogeant la manière de gérer ce type de profil d'islamiste radical. Le système est voué à évoluer. À ce jour, 1100 détenus de droit commun sont jugés susceptibles de radicalisation. Ils sont répartis dans toutes les prisons françaises. 

"Le problème des détenus radicalisés, c'est qu'il y en a de partout, et on ne sait pas forcément qu'ils le sont; il peut y en avoir encore plus", déplore auprès de BFMTV Catherine Forzi, Secrétaire locale de FO-Pénitentiaire à la prison des Baumettes. 

Masse de travail "trop lourde"

Il existe des agents chargés de prévenir le terrorisme en prison, qui sont rattachés au bureau central de renseignement pénitentiaire. Ils utilisent un système d'écoute téléphonique et remontent des informations provenant de détenus et de surveillants. Les individus "signalés" sont regroupés dans des quartiers d'évaluation de la radicalisation, où une équipe pluridisciplinaire détermine leur dangerosité.

Les profils présentant le plus de risques sont dirigés vers des quartiers de prise en charge de la radicalisation. Il y en a notamment un... à Condé-sur-Sarthe. Certains décrivent une masse de travail "trop lourde" confiée à ceux qui ont la charge de ces quartiers spéciaux et dénoncent le manque de moyens. D'où l'appel au blocage des syndicats pénitentiaires ce mercredi, notamment à la prison de Fleury-Mérogis.

La période post-incarcération

"Globalement ça ne fonctionne pas. Il ne faut pas non plus jeter le bébé avec l'eau du bain, il y a beaucoup d'associations, de gens qui essaient de faire du travail. Mais (...) c'est un travail de fourmis qui nécessiterait d'avoir une vraie dynamique nationale, et aujourd'hui cette dynamique-là n'existe pas", estime Nathalie Goulet, sénatrice UDI de l'Orne. 

Un autre élément pose problème: la période qui suit l'incarcération, durant laquelle il est considérablement plus difficile de surveiller ces profils dangereux. Aujourd'hui, 600 personnes sont suivies par le service pénitentiaire d'insertion et de probation au titre de la "radicalisation". 

Jules Pecnard avec Anne-Sophie Warmont