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Surveillants agressés à la prison de Condé-sur-Sarthe: ce que l'on sait

Un détenu de 27 ans a agressé et blessé deux surveillants de la maison d'arrêt de Condé-sur-Sarthe, dans l'Orne, ce mardi. L'homme, blessé par balle, a été interpellé par le RAID mardi dans la soirée. Sa femme, qui a participé à l'agression, est morte.

Deux surveillants pénitentiaires ont été agressés au couteau par un détenu radicalisé de la prison de Condé-sur-Sarthe dans l'Orne, ce mardi. L'un des deux agents a été plus grièvement atteint. Tous deux hospitalisés, pour des blessures au ventre et au visage, leur pronostic vital n’est pas engagé.

  • Le détenu et sa compagne retranchés 10 heures

Ce mardi matin, Michaël Chiolo recevait la visite de sa femme en unité de vie familiale, là où les détenus peuvent recevoir la visite de leurs proches pendant une durée de 6 à 72 heures. Cette dernière a simulé un malaise pour le faire venir avec son collègue. 

Vers 9h45, l'homme a attaqué deux surveillants pénitentiaires à l'aide d'un couteau en céramique. Sa compagne a ensuite, elle aussi, attaqué les surveillants. Le couple est ensuite resté retranché 10 heures dans l'unité de vie familiale de la prison.

  • Qui est Mickael Chiolo?

Cet homme de 27 ans purge une peine de 30 ans de réclusion criminelle pour avoir séquestré et torturé en 2012 un octogénaire, mort étouffé. La victime était un ancien résistant et rescapé des camps nazis. 

Converti à l'islam en 2010, "il y a eu une escalade, une évolution, une dégringolade après son procès devant la cour d’assises", comme l'explique son avocat de l'époque Me Cédric Demagny. Mickael Chiolo est fiché au FSPRT, le fichier pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste avait fait parler de lui en détention à la prison de Mulhouse pour avoir rejoué avec d'autres détenus les attentats du 13 novembre 2015. Il avait alors été condamné à un an de prison pour "apologie du terrorisme".

Il n'est "pas simple à gérer, donc il fait l'objet d'un suivi extrêmement attentif", a indiqué Nicole Belloubet. Il n'était pas à l'isolement et ne se trouvait pas dans le quartier pour radicalisés (QPR) ouvert dans cette prison en septembre. 

  • Le détenu blessé, sa femme tuée lors de l'interpellation

L'assaut a été donné par le RAID aux alentours de 18h40, ce mardi soir. Des détonations ont été entendues en début de soirée, à proximité de la maison d'arrêt de l'Orne. Lors de l'interpellation, Mickael Chiolo a été blessé par balle mais son pronostic vital n'est pas engagé. Sa compagne, qui avait elle-aussi été blessée par balle, est morte des suites de ses blessures. Les deux étaient en possession de couteaux. 

  • "Venger" Chérif Chekatt

Mardi soir, le procureur de la République Rémy Heitz a indiqué en conférence de presse que "le détenu avait crié Allahou Akhbar" en se jetant sur ses victimes. L'homme de 27 ans aurait aussi "dit vouloir "venger" Chérif Chekatt, l'auteur présumé de l'attentat du marché de Noël de Strasbourg.

"Il (Mickael Chiolo) indiquait être porteur d'une ceinture explosive et être prêt à s'en servir", a poursuivi le procureur, précisant que trois gardes à vue étaient en cours et qu'"aucun blessé n'(était) à déplorer du côté des forces de l'ordre".
  • 3 personnes en garde à vue

La section antiterroriste du parquet de Paris a été saisie, l'attaque ayant été qualifiée de "terroriste" dès la mi-journée par la ministre de la Justice Nicole Belloubet. 3 personnes ont été placées en garde à vue ce mardi.

La ministre de la Justice, qui s'est rendue sur place, a annoncé dans la soirée avoir diligenté une mission de l'Inspection générale de la justice qui devra déterminer comment le couteau été introduit dans la prison et pourquoi il n'a pas été "repéré". Son rapport devra être remis "dans un mois précisément", a indiqué la ministre. Pour Nicole Belloubet, le couteau en céramique, non repérable par le détecteur de métaux, aurait pu avoir été apporté par la compagne du détenu.

  • Des appels au blocage des prisons

En réaction à cette agression "terroriste", le syndicat pénitentiaire Force ouvrière et la CGT pénitentiaire ont appelé "aux blocages" des prisons dès mercredi. Les syndicats dénoncent "l'insécurité qui règne dans les prisons" à cause, notamment, du manque de moyens mis en place. 

Ce mardi déjà, certains d'entre eux ont immédiatement débrayé devant des établissements et retardé leur prise de service comme à Fleury-Mérogis, selon FO pénitentiaire.

Jeanne Bulant