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Après l'agression de deux surveillants, des syndicats appellent à la grève dans les prisons "dès mercredi"

Ce mardi matin, un détenu radicalisé a poignardé deux surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe. Le syndicat pénitentiaire Force ouvrière et la CGT pénitentiaire appellent "aux blocages" après cet "acte terroriste".

Un détenu radicalisé a poignardé deux surveillants ce mardi matin à la prison de Condé-sur-Sarthe dans l'Orne. Les agents pénitentiaires ont été grièvement blessés au visage et au thorax avant d'être transportés à l'hôpital. Le détenu s'est quant à lui retranché avec sa compagne au sein de l'unité familiale de la prison ultra sécurisée. Après une opération d'environ une heure, les forces de l'ordre sont parvenues à les interpeller ce mardi soir. La femme est morte de ses blessures. 

"Le caractère terroriste de cette attaque ne fait aucun doute. La section antiterroriste du parquet de Paris a donc été saisie", a déclaré cet après-midi la Garde des Sceaux qui s'est rendue sur place. Et d'ajouter: "Je suis heureuse de savoir que les deux surveillants ne sont pas en danger. Ils ont subi une attaque terrible."

"Nouvelle génération de criminels" 

Mais "trop, c'est trop" pour le syndicat CGT pénitentiaire qui appelle "l'ensemble des établissements à entrer dans l'action dès demain. N’attendons pas que la mort touche l’un des nôtres pour réagir!!!" Le Syndicat pénitentiaire des surveillants (S.P.S) exige de son côté "des décisions politiques concrètes, avec la création d’établissements adaptés à cette nouvelle génération de criminels pour garantir la sécurité des personnels".

Agression à l'arme blanche dans la maison d'arrêt de Borgo, attaque à l'équerre à Vendin-le-Vieil ou à la lame tranchante à Osny... Les violences envers les surveillants se succèdent et accentuent le climat social déjà tendu dans les prisons françaises. Ce mardi, certains d'entre eux ont immédiatement débrayé devant des établissements et retardé leur prise de service comme à Fleury-Mérogis, selon FO pénitentiaire. Le syndicat appelle à poursuivre cette démarche avec des "blocages" mercredi.

"Ce n'est plus tenable"

"On doit arrêter de risquer notre vie tous les jours", explique à BFMTV.com Emmanuel Baudin, secrétaire général de l'organisation syndicale. "Des attaques comme celles-ci, on en subit au quotidien. Ce n'est plus tenable". 

Le représentant de FO pénitentiaire insiste sur "l'insécurité qui règne dans les prisons" à cause, notamment, du manque de moyens mis en place. "On n'a pas assez de personnel dans les prisons, et nos agents n'ont qu'un sifflet pour se défendre", condamne-t-il. Par ailleurs, Emmanuel Baudin constate des failles dans les moyens de surveillance.

Depuis 2009, l'article 57 de la loi pénitentiaire encadre, en faveur de la dignité humaine, les fouilles intégrales sur les détenus. Elles ne peuvent être effectuées que si elles sont justifiées par "la présomption d’une infraction ou par les risques que le comportement des personnes détenues fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l’établissement". Or pour le syndicaliste, "il est très compliqué de faire le tri et de dire qui doit être suspecté ou non". 

Le problème des armes en prison

Ainsi, les surveillants pénitentiaires s'exposeraient davantage au risque que les détenus ou leurs visiteurs introduisent des armes en prison. Emmanuel Baudin fait le lien avec l'agression à la prison de Condé-sur-Sarthe. Le couteau en céramique qui a servi à attaquer les deux surveillants aurait été apporté par la compagne du détenu radicalisé, a précisé Nicole Belloubet.

"Sans fouille, le couteau ne peut être détecté, la céramique ça ne sonne pas aux portiques. Par ailleurs, le détenu actuellement retranché prétend porter une ceinture d'explosif. Si c'est le cas, cela signifie que des explosifs ont également été introduit en déjouant la vigilance des agents", explique-t-il. Et d'ajouter: "Tous les jours on retrouve des armes sur les détenus. On leur jette par-dessus les grilles de la prison, leurs visiteurs leur en apportent ou bien ils les confectionnent eux-mêmes", déplore-t-il. 

Le syndicaliste espère que le gouvernement entendra le cri d'alarme des personnels pénitentiaires. Las, il livre a BFMTV.com qu'il vient d'être informé qu'un autre surveillant a reçu un coup de lame de rasoir au cou à la prison de Château-Thierry, dans l'Aisne, ce mardi.

Ambre Lepoivre