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13-Novembre: comment des psychologues vont accompagner les victimes pendant le procès

La salle construite au tribunal de Paris pour accueillir le procès des attentats du 13-Novembre.

La salle construite au tribunal de Paris pour accueillir le procès des attentats du 13-Novembre. - Thomas Samson

Une cellule psychologique est mise en place en marge du procès des attentats du 13-Novembre, qui s'ouvre ce mercredi. 12 psychologues et accueillants assureront ce soutien tout au long des neuf mois d'audience.

En 2002, Paris Aide aux Victimes 75 participait à son premier procès de grande ampleur: celui des attentats parisiens de 1995. La cour d'assises spéciale de Paris jugeait alors l'auteur et un artificier de l'attaque du RER B qui a fait huit morts et 150 blessés, l'association assurait un soutien psychologique aux victimes.

Aujourd'hui, "ce qui a changé, c'est l'attente des victimes", explique Carole Damiani, la présidente de l'association. "Désormais il y a une plus grande facilité à venir vers nous, c'est plus facile de dire 'je vais voir un psy'."

Pour le procès des attentats du 13-Novembre, ce sont 12 professionnels de l'association, psychologues et "accueillants", qui composeront une cellule d'accueil et de soutien psychologique pour les quelque 1800 parties civiles qui se sont constituées. Un dispositif permis par l'article 41 du code de procédure pénale qui autorise le procureur de la République à faire appel à une association pour apporter leur aide aux victimes.

Une "réactivation" de la souffrance

Qu'est-ce qui s'est passé? Comment ça s'est passé? Pourquoi les auteurs de ces crimes sont-ils passés à l'acte...? Les questions et les exigences des victimes sont diverses pendant un procès. Pour tenter d'obtenir une réponse à ces interrogations, la cour va devoir faire revivre aux victimes cette nuit du 13 novembre 2015 au cours de laquelle 130 personnes ont perdu la vie.

"Un procès ne soigne pas", prévient Carole Damiani, psychologue de formation, qui a déjà assuré un accompagnement psychologique lors de procès. "Un procès peut apaiser, apporter des réponses, représenter une étape, notamment pour les proches de victimes qui pour certains peuvent se dire 'maintenant, j'ai fait ce que je devais faire, je peux essayer de passer à autre chose'."

Un procès, avec son lot de témoignages, d'avis d'experts ou encore d'enregistrements audio, peut aussi "réactiver" la souffrance des victimes. "Ce qui était apaisé peut ressortir d'un coup", et provoquer par exemple des insomnies, des angoisses ou encore une reprise d'un traitement médicamenteux, poursuit la professionnelle. Afin de prendre en charge le plus vite possible les victimes, les membres de la cellule de soutien seront dans le tribunal.

Les accueillants, la plupart de formation juridique, seront présents eux dès l'entrée du tribunal, dans les files d'attente. Un enseignement tiré du dispositif mis en place par l'association déjà présente sur le procès des attentats de janvier 2015. "Nous serons présents dès que les victimes font la queue pour entrer au tribunal car pour certains, voir des hommes en arme peut être trop intense", commente Carole Damiani. L'idée est de faire de la prévention.

"Il va être important de les prévenir quand il y aura la diffusion de certains sons, il faut aussi leur dire qu'ils ne sont pas obligés de s'infliger tous les débats, tous les témoignages", poursuit la psychologue.

À la sortie des salles d'audience ou de retransmission, toute l'attention sera également portée vers les victimes. "On pourra avoir avec eux des échanges informels pour savoir comment ils ont vécu cette journée mais aussi des entretiens plus approfondis pour essayer de comprendre pourquoi il ressente une angoisse, une culpabilité ou encore quelque chose qu'il n'arrive pas à dire", poursuit la présidente d'Aide aux Victimes 75. Des box d'entretien pour ceux qui souhaitent échanger à l'écart vont ainsi être installés.

Lors du procès des attentats de janvier 2015, l'association a mené 300 entretiens. Elle s'apprête à en organiser davantage pour le procès des attentats du 13-Novembre. Beaucoup de victimes de ces attaques connaissent déjà les membres de l'association qui était à leurs côtés en 2015. "Nous sommes très contents que cette association ait été choisie, car nous la connaissons bien", explique Arthur Dénouveaux, président de l'association Life for Paris.

"La honte de ne pas avoir pu assurer, de ne pas avoir pu protéger un proche, ça ne se dit pas", confie Carole Damiani, qui note l'importance de "bâtir une relation de confiance".

Le procès des attentats du 13-Novembre pose toutefois un défi pour le soutien psychologique avec la mise en place de la webradio qui doit permettre aux victimes, notamment en région, de suivre les neuf mois de débats.

"Pour nous, c'est l'inconnue totale", redoute Carole Damiani. "On ne va pas pouvoir maîtriser les réactions." "C'est un gros point d'interrogation, mais ce dispositif est nécessaire", estime Arthur Dénouveaux. "Les victimes ne peuvent pas se désociabiliser pendant neuf mois."

Pour accompagner les personnes qui suivent le procès depuis leur domicile, une ligne d'écoute va être mise en place et les associations du réseau France Victimes se sont déjà mises en relation avec des victimes qu'elles ont déjà accompagnées auparavant pour leur proposer un soutien. "Cela va toutefois être difficile d'avoir une attitude préventive", prévient Carole Damiani.

Pour ce procès des attentats du 13-Novembre, c'est l'ensemble des participants qui sera accompagné. À commencer par les psychologues et accueillants eux-mêmes qui seront supervisés. C'est aussi la première fois dans l'histoire judiciaire qu'autant de greffiers, avocats ou encore journalistes ont déjà sollicité un soutien psychologique.

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV