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Bataclan: "une passivité inexplicable des militaires" le 13 novembre, admet Georges Fenech

Des familles de victimes de l'attentat du 13 novembre ont déposé un recours pour comprendre pourquoi des militaires de la force Sentinelle n'ont pas ouvert le feu au moment de l'assaut du Bataclan. Georges Fenech, président de la commission d'enquête parlementaire, comprend leur initiative et explique pourquoi.

Un recours en justice a été déposé par des familles des victimes du 13 novembre pour comprendre l'inaction de la force Sentinelle pendant l'attaque du Bataclan. Elles veulent savoir pourquoi les militaires présents près de la salle de spectacles le soir des attentats ne sont pas intervenus et ont uniquement sécurisé le périmètre. Georges Fenech, président de la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de Paris, a réagi vendredi sur BFMTV à la décision des familles, qu'il trouve légitime.

> Pourquoi les militaires ne sont-ils pas intervenus?

"C'est sans doute le point le plus inexplicable qui mérite des éclaircissements. Lorsque les fonctionnaires de la BAC (Brigade anti-criminalité, ndlr) sont à l'angle du boulevard Voltaire, ils vont essuyer des tirs de kalachnikov par l'un des trois terroristes. Ils ne sont pas en mesure de riposter, ils n'ont que des fusils à pompe. A ce moment-là, il y a huit militaires de la force Sentinelle qui sont sur les lieux. Quatre près d'eux et quatre derrière.

Les policiers de la BAC demandent aux militaires d'engager le feu. Ces derniers n'ont pas cet ordre. Les policiers appellent le poste de commandement de la préfecture de Paris. Ils ont eu pour réponse, aucun ordre d'engager le feu nous ne sommes pas en zone de guerre, négatif. Voilà la réponse du poste de commandement".

> Comment justifier cet ordre?

"Pendant ce temps-là au Bataclan les coups de feu continuaient. Les fonctionnaires de police étaient tellement impuissants, ne supportant pas cette situation, ont demandé aux militaires de leur prêter leur Famas, leur fusil arme longue. Les militaires n'ont pas le droit de le faire et ont à nouveau refusé.

Pour en savoir un peu plus, j'ai auditionné le gouverneur militaire de Paris. Il a eu des réponses assez étonnantes devant notre commission d'enquête. 'On n'entre pas dans une bouteille d'encre', c'est-à-dire on n'entre pas dans un lieu où on ne sait pas ce qu'il y a derrière. Or, on entendait à ce moment-là les coups de feu. 'Il est impensable de mettre des soldats en danger, dans l'espoir hypothétique de sauver d'autres personnes', a-t-il même ajouté. Donc, ils n'ont pas vocation à se jeter dans la gueule du loup.

Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, a été formel sur ce point. C'est l'autorité civile qui est le seul commandement de la chaîne. Les militaires sur le territoire national sont sous les ordres de l'autorité civile. Donc l'ordre d'engager le feu pour les militaires ne pouvait venir que la préfecture de police de Paris, placée directement sous les ordres du ministre de l'Intérieur".

> S'agit-il d'une défaillance des ordres du ministère de l'Intérieur?

"Il faudra leur poser la question. Ce que je constate, c'est qu'il y a une passivité inexplicable, voire insupportable, des militaires en armes et en capacité d'ouvrir le feu et qui reçoivent l'ordre de ne pas engager le feu, car nous ne sommes pas en période de guerre".

> La situation pourrait-elle se reproduire aujourd'hui?

"Il y a un retour d'expérience après ce tragique attentat. Actuellement, on réfléchit à intégrer dans le commandement les forces militaires pour qu'elles ne restent pas passives. Elles ne sont pas restées totalement passives, entendons-nous. Ils ont sécurisé le périmètre mais ils n'ont pas reçu l'ordre d'entrer dans le Bataclan, ni d'ouvrir le feu à l'extérieur.

Si les militaires avaient riposté, on peut imaginer qu'ils auraient pu neutraliser le troisième terroriste. Celui-ci ne serait pas re-rentré dans le Bataclan et n'aurait pas continué à exécuter des victimes. C'est une vraie question, c'est un fait, les militaires ne sont pas intervenus, n'ont pas engagé le feu. L'ordre leur a été donné de ne pas intervenir. Ceux qui ont donné cet ordre devront s'expliquer devant la justice".

E. M. avec Gilane Barret et Florence Duprat