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Bataclan: des familles déposent un recours pour comprendre l'inaction de la force Sentinelle 

Le 13 novembre, alors que des centaines de personnes étaient prises en otages au Bataclan, des soldats de la force Sentinelle sont arrivés parmi les premiers sur place, en compagnie d'agents de la BAC. Malgré l'appel des policiers à intervenir, les soldats se sont abstenus, n'ayant pas reçu l'autorisation de le faire. Plusieurs mois après, des familles de victimes ont déposé un recours en justice pour connaître les raisons de cette inaction.

"Pourquoi tant de gens en armes à proximité ne sont pas intervenus alors que des personnes agonisaient?" C'est la question que se posent plusieurs familles de victimes de la prise d'otages du Bataclan. Comme l'ont révélé les auditions de la Commission d'enquête parlementaire sur les attentats de Paris, le 13 novembre, parmi les premiers arrivés sur place, des policiers de la BAC, mais aussi des soldats de l'opération Sentinelle. Lourdement armés, les militaires sont restés inactifs, contrairement aux agents de la BAC, car ils n'ont pas reçu d'ordre pour intervenir.

Une inaction que ne comprennent pas de nombreuses familles. Plusieurs d'entre elles ont donc décidé de déposer un recours en justice pour faire la lumière sur les conditions d'intervention des forces de l'ordre ce soir-là. 

Les huit soldats ont refusé de prêter leurs armes

Gérard Chemla, leur avocat, a fait d'abord une demande d'acte au juge d'instruction, afin qu'il interroge les militaires qui ne sont pas intervenus, ainsi que leur hiérarchie. Cette demande d'acte a été refusée, l'avocat a donc saisi la cour d'appel de Paris. Sur BFMTV, vendredi, il est revenu sur le déroulé des événements du 13 novembre. 

A l’arrière du Bataclan, parmi les premiers sur place, se trouvait une équipe de la BAC, visée par deux rafales de kalachnikov tirées par l’un des terroristes, sorti passage Amelot.

"Dans la foulée", explique Gérard Chemla, "sont arrivés apparemment huit soldats de l’opération Sentinelle qui n’ont pas eu l’autorisation d’intervenir d’une part et qui d’autre part ont refusé de prêter leurs fusils d’assaut aux policiers de la BAC qui étaient démunis pour faire face aux terroristes".

Mieux définir les rôles en cas d'attaque

Quelques mois après le Bataclan, cette scène d'échange entre policiers et militaires a été rendue publique au mois de mars, en marge des auditions de la Commission d'enquête. 

"On a un collègue qui nous racontait l'anecdote d'un gradé de la BAC qui a dit à des militaires qui étaient là: 'Allez, on y va !' (...) Le détachement Sentinelle a dit 'Non j'ai pas d'ordre pour bouger', alors il lui a dit (le policier, Ndlr) 'Bah passe-moi ton Famas'", témoignait Jean-Luc Taltavull, secrétaire général adjoint du Syndicat des commissaires de la police nationale. Devant la Commission, il avait appelé à mieux définir les rôles en cas d'attaque. 

L'impuissance des policiers sur place

Alors que la Commission a rendu ses préconisations en juillet dernier, cet épisode interroge aujourd'hui les familles et leur avocat. Et l'avocat de citer l'efficacité de l'intervention d'un commissaire de la BAC "qui est entré par l’avant du Bataclan a permis de mettre un terme grâce à une action héroïque à la tuerie de masse en tuant un terroriste et en permettant à plusieurs centaines de personnes de quitter la salle?"

Plusieurs policiers de la BAC avaient témoigné de leur impuissance, ce soir-là, face aux moyens déployés par les terroristes. "On a une arme lourde pour six ou sept fonctionnaires de police", racontait, dix jours après la prise d’otages, un policier de la BAC de Créteil, qui se trouvait parmi les fonctionnaires pris pour cible passage Amelot.

"Obtenir la vérité"

Pour l'avocat et les familles qu'il représente, l'objectif de ce recours est avant tout d'obtenir la vérité. Mais aussi de répondre à la colère.

"Les familles des victimes ont, dès l’attentat, une grande colère à l’égard des institutions", reconnaît Gérard Chemla. "L’idée était qu’on aurait dû prévoir, qu’on aurait dû éviter. La justice est là pour répondre à la colère (…), je demande simplement que toute la vérité soit faite sur les conditions dans lesquelles la prise d’otages a eu lieu et la raison pour laquelle il a fallu trois heures pour passer à l’action", souligne-t-il.

"Le but est d’obtenir la vérité et ensuite de voir si cette vérité doit donner lieu à justice ou pas. S’il n’y a rien à en tirer comme conséquences, très bien", conclut-il. 

Charlie Vandekerkhove avec Abda Sall