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Procès des attentats de janvier 2015: le récit de trois jours d'horreur

Chérif et Saïd Kouachi, auteurs de l'attaque contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo, font face à des policiers, le 7 janvier 2015 à Paris

Chérif et Saïd Kouachi, auteurs de l'attaque contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo, font face à des policiers, le 7 janvier 2015 à Paris - Anne Gelbard © 2019 AFP

Les attentats de janvier 2015, dont le procès a débuté mercredi dernier, ont marqué le début le début d'une vague d'attaques terroristes en France. Récit de ces trois jours qui ont plongé la France dans l'horreur.

"On vient de l'apprendre, il y a eu des tirs au siège de Charlie Hebdo dans le 11e arrondissement à Paris." Ce mercredi 7 janvier 2015, le duo de présentateurs de BFMTV Karine de Ménonville et Ronald Guintrange prend l'antenne à midi. Quelques poignées de minutes auparavant, les locaux qui abritent la rédaction de Charlie Hebdo ont été attaqués. Les informations "arrivent au compte-gouttes", reconnaissent les journalistes. Voici comment ont débuté ces trois jours qui ont plongé la France dans la réalité du terrorisme islamiste.

Attaque de la rédaction de Charlie Hebdo, fuite des frères Kouachi, assassinat des policiers Ahmed Merabet et Clarissa Jean-Philippe, prise d'otages à l'Hyper Cacher menée par Amedy Coulibaly... BFMTV publie le récit de ces trois journées d'horreur.

· Les jours précédant les attentats

Chérif Kouachi séjourne quelques jours entre le 27 et le 30 décembre 2014 chez son frère Saïd qui vit à Reims. Il rejoint ensuite sa femme Izzana à Charleville-Mézières. Le couple rentre à son domicile de Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, le 31 décembre 2014. Du 1er au 3 janvier 2015, Chérif Kouachi reste chez lui. Selon l’épouse de ce dernier, les deux frères communiquaient quotidiennement.

Saïd Kouachi, arrivé à Paris dans la matinée du dimanche 4 janvier, se rend chez son frère Chérif Kouachi à Gennevilliers. Il y reste un peu plus d’une heure avant de reprendre la route pour Reims. Le lundi 5, Chérif Kouachi mène une vie normale, en allant faire des courses avec sa femme. Le lendemain, il tente à plusieurs reprises de joindre son frère Saïd. Selon le témoignage de son épouse pour prendre des nouvelles de son neveu malade.

· Mercredi 7 janvier: l'attaque de Charlie Hebdo et la fuite des Kouachi

Il est aux alentours de 9h40 quand Saïd Kouachi arrive chez son frère Chérif, à Gennevilliers dans les Hauts-de-Seine. Les deux hommes quittent l’appartement entre 10 heures et 10h30. Selon l'enquête qui a retracé le parcours des deux frères, ils arrivent vers 11h30 au 6 allée Verte dans le 11e arrondissement de Paris, à bord d'un véhicule Citroën C3 volé quelques mois plus tôt entre le 2 et 4 juin 2014. Les plaques d'immatriculation ont elles-aussi été échangées.

Chérif et Saïd Kouachi, cagoulés, vêtus de noir et armés de fusils d'assaut, pénètrent dans le bâtiment. Ils se retrouvent face à des employés d'une société spécialisée dans la gestion de fonds, leur demandent où se trouve la rédaction de Charlie Hebdo. Chérif Kouachi tirera une balle au dessus de l'un des salariés. Personne n'est blessé, les deux frères finissent par quitter les lieux en leur disant être venu "venger le prophète".

Les deux terroristes se rendent ensuite à quelques mètres au numéro 6 de la rue Nicolas Appert. Là encore les Kouachi demandent aux personnes croisées où se trouve la rédaction de l'hebdomadaire satirique. Ils montent directement au 3e étage de l'immeuble, invectivent le responsable de la société de production installée dans les locaux, lui imposent de s'asseoir avant de tirer une balle dans un bureau occupé. L'un des Kouachi fait alors face à l'employée avant que les deux hommes prennent la fuite.

L'impact d'une balla tirée par les frères Kouachi sur un immeuble rue Nicolas Appert à Paris.
L'impact d'une balla tirée par les frères Kouachi sur un immeuble rue Nicolas Appert à Paris. © BFMTV

La quête de Charlie Hebdo se poursuit alors au 10 rue Nicolas Appert. C'est là que les Kouachi commettent leur premier assassinat. Frédéric Boisseau, employé dans une société de maintenance, se trouve dans la loge de l'immeuble avec deux collègues Claude B. et Jérémy G. lorsque les frères arrivent. Là encore, ils demandent où se trouvent la rédaction du journal. Les employés n'en ont aucune idée. L'un des Kouachi tire dans leur direction, Frédéric Boisseau est touché. Il demande à ses collègues d'appeler sa femme puis décède. Il avait 42 ans.

Il ne s'est passé que quelques minutes entre l'arrivée des Kouachi dans la petite allée et le moment où ils reconnaissent Corinne Rey, dite “Coco”, dessinatrice à Charlie Hebdo. Elle s'apprête à quitter le bâtiment en compagnie d'une collègue. Les terroristes, se revendiquant d'al-Qaïda au Yemen, l'interpellent. "Emmène nous à Charb", lui lancent-ils avant de la contraindre à les mener jusqu'à la rédaction. "C’est Charb ou toi", menace l’un d’eux devant la porte de la rédaction fermée par un digicode.

La tuerie va prendre moins de deux minutes. Entrés dans les locaux à 11h33m50s, Chérif, puis Saïd Kouachi, tirent sur Simon Fieschi, webmaster à Charlie Hebdo, le blessant grièvement. Le premier pénètre dans un premier bureau, tire sur une personne, puis pénètre dans la salle où se déroule la conférence de rédaction. Chérif Kouachi abat méthodiquement à coups de Kalachnikov Charb, Franck Brinsolaro, le policier chargé de sa sécurité, Elsa Cayat, Cabu, Georges Wolinski, Tignous, François Honoré, Bernard Maris et Michel Renaud. Le terroriste abat ensuite Mustapha Ourrad. Il est 11h35m36s quand ils repartent.

Tous les témoins évoquent des tirs précis, pas en rafale. Certains d'entre eux ne doivent leur salut que parce qu'ils ont "fait le mort". Les frères Kouachi ont également épargné les femmes. "La majorité des tirs semblait avoir atteint les victimes", constateront les enquêteurs. Au total, 34 étuis de balles ont été découverts dans les locaux de Charlie Hebdo.

· L'assassinat d'Ahmed Merabet

Les frères Kouachi quittent l’immeuble peu après 11h35. Un équipage de la BAC, appelé sur les lieux, leur fait face. Trois policiers à VTT arrivent également. Face aux tirs nourris des terroristes, les policiers sont obligés de se mettre à couvert. Les deux hommes regagnent leur véhicule à l’angle de la rue Appert et de l’allée Verte. Ils s'affairent autour de leur voiture et manipulent leurs armes.

Cherif et Saïd Kouachi repartent avec leur voiture après l'attentat contre Charlie Hebdo.
Cherif et Saïd Kouachi repartent avec leur voiture après l'attentat contre Charlie Hebdo. © Anne Gelbart

Les deux terroristes démarrent, remontent l'allée Verte et se trouvent face à face avec une autre voiture de police. Des tirs sont à nouveau échangés, là encore les policiers, face à la puissance des échanges de coups de feu, sont obligés de se mettre à couvert. "On avait l'impression d'être tirés comme des lapins", expliquera l'un des agents, parlant de maîtrise "militaire". Les Kouachi poursuivent leur route boulevard Richard Lenoir.

Ils croisent alors d'autres policiers arrivés sur les lieux. Parmi eux, Ahmed Merabet. Un témoin a filmé son assassinat, voire son exécution. Alors que le policier, touché dans le bas du dos par un tir, cherche à fuir, il finit par tomber au sol. Les frères Kouachi arrivent à sa hauteur, et lui crient "tu voulais me tuer". Le policier de 40 ans rétorque "c'est bon chef" avant de recevoir une balle dans la tête tirée à bout portant.

Ahmed Merabet, le policier exécuté par les frères Kouachi.
Ahmed Merabet, le policier exécuté par les frères Kouachi. © BFMTV

· Le début de la traque des Kouachi

Les Kouachi continuent leur fuite à bord de la Citroën C3 volée direction le nord de Paris. Leur trace est repérée place Colonel Fabien, dans le 10e arrondissement de Paris. Ils provoquent un accident de la route en percutant un autre véhicule avant de s'engager rue de Meaux.

Chérif et Saïd Kouachi finissent leur route dans un poteau de cette longue rue du 19e arrondissement. Ils braquent alors un automobiliste pour lui voler sa voiture, une Renault Clio. Ils embarquent leurs armes mais Saïd Kouachi oublie sa carte d’identité dans l’habitacle. Les deux terroristes prennent ensuite la fuite vers le nord de Paris. Leur trace est perdue alors qu'ils prennent la direction de la porte de Pantin.

Leur trace est repérée le lendemain vers 9h20. Ce jeudi 8 janvier 2015, les frères Kouachi, visages découverts, braquent une station-service Avia au bord de la RN2 sur la commune de Villers-Cotterêts, à une centaine de kilomètres au nord-est de Paris. Assurant ne pas vouloir faire de mal au vendeur et au seul client présent, ils sont repartis à bord de leur Renault Clio volée la veille avec de l'eau et de la nourriture.

La station-service braquée par Chérif et Saïd Kouachi lors de leur fuite après l'attentat contre Charlie Hebdo.
La station-service braquée par Chérif et Saïd Kouachi lors de leur fuite après l'attentat contre Charlie Hebdo. © BFMTV

· La tentative d'assassinat d'un joggeur

Le lien entre les faits qui se sont produits mercredi 7 janvier dans la soirée et les attaques terroristes n'a pas été immédiatement fait. Mais avant d'entamer son parcours meurtrier, Amedy Coulibaly aurait tenté d'abattre un homme qui faisait son footing le long de la Coulée Verte à Fontenay-aux-Roses, dans les Hauts-de-Seine. Sans raison apparente, il lui a tiré dessus à plusieurs reprises, le blessant grièvement, alors qu'il se trouvait à proximité de la gare RER. Après avoir reçu une balle au genou, l'homme de 32 ans prend une balle dans l'abdomen et dans la poitrine. Il parvient malgré tout à s'enfuir recevant un nouvel impact dans la fesse.

L'enquête n'a pas pu déterminer avec certitude que le tireur était Amedy Coulibaly, dont le domicile se trouvait à proximité des lieux de la fusillade.

· L'assassinat de Clarissa Jean-Philippe

Un peu avant 8 heures jeudi 8 janvier 2015, la police municipale de Montrouge est appelée avenue Pierre Brossolette pour un accident de la route. Alors que les deux policiers Clarissa Jean-Philippe et Jonathan B. attendent une seconde dépanneuse pour retirer un des véhicules endommagés dans l'incident, accompagnés par deux agents de la ville, Amedy Coulibaly leur tire dessus. Il atteint mortellement la policière de 26 ans à la carotide. L'un des agents est blessé au visage. Essayant de désarmer Coulibaly, le second agent reçoit un coup asséné avec le canon de l'arme.

Clarissa Jean-Philippe, la policière tuée par Amedy Coulibaly à Montrouge.
Clarissa Jean-Philippe, la policière tuée par Amedy Coulibaly à Montrouge. © BFMTV

· L'explosion d'un véhicule

Ce jeudi soir vers 20h30, la déflagration provoque un bruit assourdissant sur l'avenue Paul Vaillant-Couturier, à Villejuif. L'arrière d'un véhicule, un Renault Kangoo, est totalement détruit dans une explosion dont les conséquences sont visibles jusqu'à près de 45 mètres. Par chance, il n'y a aucun blessé.

Les enquêteurs ont fait le lien avec les attentats alors que dans la vidéo de revendication des attaques est mentionnée l'explosion d'une voiture dans les rues de Paris. L'étude de la vidéosurveillance relève qu'un véhicule, sans plaque, semblable à celui utilisé par Amedy Coulibaly, circule à proximité et peu de temps avant l'accident. Les substances explosives utilisées sont également les mêmes que celles retrouvées dans le véhicule du terroriste.

· La prise d'otages à l'Hyper Cacher

Il est 13h06 lorsqu'Amedy Coulibaly pénètre dans le magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes, dans le 20e arrondissement de Paris. GoPro fixée sur son torse, il tire une première fois sur Yohan Cohen, manutentionnaire qui s'effondre sur les caddies et appelle à l'aide. Paniqués, certains clients et personnels réussissent à s'enfuir. Dans sa fuite, le directeur du magasin est blessé au bras.

Coulibaly sort une deuxième arme, puis exécute de deux balles Philippe Braham, un père de famille de 3 enfants, avant d'achever Yohan Cohen lui tirant à nouveau dessus. Il était tout juste âgé de 20 ans. Débute alors de longues heures de terreur. Amedy Coulibaly demande à Zarie Sibony, une jeune caissière, de fermer le magasin. Face à elle, un client insiste pour entrer, elle tente de l'en dissuader mais l'homme entre dans le magasin. François-Michel Saada a juste le temps d'apercevoir Amedy Coulibaly, de faire demi-tour, avant que ce dernier ne lui tire dessus.

Yoav Hattab est la dernière victime de Coulibaly. Lui, comme d'autres clients et personnels, se sont réfugiés au sous-sol du magasin. Le terroriste envoie alors la jeune caissière, sur laquelle il a tiré en la ratant, chercher les otages. Ces derniers, réfugiés alors dans la chambre froide, refusent. Zarie Sibony est renvoyée une nouvelle fois par le terroriste. Trois personnes acceptent de la suivre dont Yoav Hattab. Le jeune homme de 21 ans va tenter de neutraliser Coulibaly, en vain. Ce dernier l'abat après que Yoav Hattab a pris l'une de ses armes.

A partir de là, 18 otages se trouvent avec Amedy Coulibaly. Huit autres, dont un bébé de 11 mois, sont toujours réfugiés dans la chambre froide. Pendant un peu plus de 4 heures, le terroriste, qui a confisqué papiers d'identitié et téléphones, va évoquer, entre autres, le sort des Palestiniens, l'Irak, la Syrie ou encore l'intervention de la France au Mali. Vêtu d'un gilet pare-balles, il souhaite également médiatiser son action.

Mais il ignore que Lassana Bathily, un Malien employé comme manutentionnaire par l'Hyper Cacher, a réussi à s'enfuir par le monte-charge. Intercepté par les forces de l'ordre à sa sortie du magasin, celui-ci leur remet les clés du rideau de fer de la porte d'entrée principale et leur fournit de précieuses informations sur la configuration du magasin.

Des policiers se mettent en place devant l'Hyper Cacher où Amedy Coulibaly retient 17 otages, le 9 janvier 2015.
Des policiers se mettent en place devant l'Hyper Cacher où Amedy Coulibaly retient 17 otages, le 9 janvier 2015. © BFMTV

· L'assaut à l'imprimerie

Les Kouachi vont se cacher encore quelques heures jeudi 8 et vendredi 9 janvier. Ce jour-là vers 8h10, ils sont à pied lorsqu'ils forcent une automobiliste, qui roulait sur la RD100 entre les communes de Baron et de Montigny-Sainte-Felicite, dans l’Oise, à s'arrêter. La femme au volant a tout juste le temps de récupérer ses affaires que les terroristes repartent.

La Renault Clio à bord de laquelle ils circulaient est retrouvée à 330 mètres de ce nouveau braquage, embourbée. Sur la commune de Coyolles, tout prêt de Villers-Cotterêts, un chasseur va découvrir l'endroit où les deux hommes ont campé dans la nuit. Ils ont dormi sur des tapis de chaises longues.

Il est 8h35 lorsque Chérif et Saïd Kouachi pénètrent dans les locaux de l'imprimerie, située au 27 rue Clément Ader, à Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne. Le patron de la société se trouve seul avec un employé. Dès l'entrée des deux terroristes, Michel Catalano pousse son salarié à aller se cacher. Le début d'un huis clos qui va durer 8 heures. Les Kouachi se veulent rassurant, disant "ne pas vouloir tuer les civils". Ils demandent à un autre employé arrivé entre temps d'aller prévenir les gendarmes. Les Kouachi disent être prêts à "en découdre".

L'imprimerie où se sont retranchés Cherif et Saïd Kouachi à Dammartin-en-Goële.
L'imprimerie où se sont retranchés Cherif et Saïd Kouachi à Dammartin-en-Goële. © BFMTV

Peu après 9 heures, une patrouille de gendarmerie arrive devant l'imprimerie. Chérif Kouachi, hurlant Allahu Akbar, sort des locaux et ouvre le feu sur les gendarmes qui ripostent. Il est alors atteint d'une balle. Saïd Kouachi demande à Michel Catalano de soigner son frère, avant de le laisser sortir. A 16h50, le GIGN se positionne pour donner l'assaut, les Kouachi sortent brusquement de l'imprimerie. Ils sont abattus.

· L'assaut de l'Hyper Cacher

Peu après la neutralisation de Chérif et Saïd Kouachi est décidé de lancer l'assaut pour mettre fin à la prise d'otages de l'Hyper Cacher. A 17h10, les policiers intervenaient par l'entrée principale et par l'entrée rue Willermetz. Amedy Coulibaly se rue vers les policiers en tirant. Il est abattu au seuil de la porte d'entrée du magasin.

Justine Chevalier