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Charlie Hebdo: les survivants témoignent

Patrick Pelloux, à gauche aux côtés de Luz, est arrivé sur les lieux de l'attentat peu après le départ des tireurs (photo d'illustration).

Patrick Pelloux, à gauche aux côtés de Luz, est arrivé sur les lieux de l'attentat peu après le départ des tireurs (photo d'illustration). - François Guillot - AFP

Dessinateurs, journalistes ou proches des victimes, ils racontent l'horreur de l'attentat dont a été victime Charlie Hebdo mercredi. Des témoignages émouvants, qui rendent hommage aux "gens exceptionnels" qui ont péri sous les tirs pour avoir défendu la liberté d'expression.

Douze tués. Et des survivants encore très choqués. L’attentat contre le siège de Charlie Hebdo mercredi ne laissera pas indemnes ceux qui sont parvenus à échapper aux tirs des kalachnikovs. Alors que la traque continue, ce vendredi, contre les deux suspects en fuite, les dessinateurs et journalistes présents lors du massacre témoignent.

"J’ai tapé le code". La dessinatrice Corinne Rey, alias Coco, est l’une des premières à témoigner. Dans les pages de l’Humanité, elle explique qu’"en arrivant devant la porte de l’immeuble du journal, deux homme cagoulés et armés [les] ont brutalement menacées (elle venait d’aller chercher sa fille à la garderie)". "Ils voulaient entrer, monter." Effrayée, elle s’exécute. "Ca a duré cinq minutes… Je m’étais réfugiée sous un bureau… Ils parlaient parfaitement le français… Se revendiquaient d’Al-Qaïda." La dessinatrice, qui accordera vendredi soir une interview sur Arte, a tenté d’égarer les tueurs en les envoyant au troisième étage. Sans succès.

"Je me demande comment j’ai pu en réchapper"

"Ils ont tiré dans le tas." Laurent Léger, grand reporter à Charlie Hebdo, assistait à la conférence de rédaction quand les tueurs ont fait irruption, kalachnikov en mains. "C'était la fin de la réunion de rédaction et tout d'un coup on a entendu quelques ‘pétards’, puis la porte s'est ouverte, un type a jailli en criant ‘Allah akbar’", raconte-t-il sur France Info.

Emu, bouleversé, il raconte la scène d’"horreur" dont il a été le témoin. "Ils ont prononcé à un moment le nom de Charb [...]. Je pense qu'ils le cherchaient mais de toute façon il était autour de la table." "J'ai vu un homme cagoulé, j'ai vu beaucoup de sang, j'ai vu la moitié de la rédaction par terre. Je me demande encore comment j'ai pu en réchapper."

"C'est allé très vite", poursuit le journaliste. "J'en suis toujours pas revenu et personne de cette petite équipe de survivants n'a encore compris que c'était vraiment la réalité", précise le journaliste. "Je voyais les autres par terre, le bruit des détonations et puis tout d'un coup silence. On s'est précipité vers les blessés, j'ai tenu la main de notre webmaster."

"Je n'ai pas pu les sauver"

Alerté par Jean-Luc, graphiste de Charlie Hebdo, le chroniqueur et urgentiste Patrick Pelloux, qui assistait à une réunion non loin des locaux du journal, est arrivé dans la selle de rédaction peu après le passage des tueurs. "Il m'a dit ‘viens on a besoin de toi, ils ont tiré’. J'ai cru que c'était une blague."

"J'y suis allé avec le médecin chef des pompiers de Paris, on était à 500 mètres de Charlie. Je suis arrivé en premier, je ne vous décris pas ce que j'ai vu. Je vous décris plutôt ce que Charb aurait voulu que je vous dise. C'est qu'on va pas s'arrêter. Comme aurait dit Cabu, il faut qu'on sorte un journal encore meilleur. Donc on va le faire, je sais pas comment, on va l'écrire avec nos larmes."

"Je n'ai pas pu les sauver." Pour certaines victimes, "il n'y avait plus rien à faire parce qu'ils avaient tiré dans les têtes". L’urgentiste, interviewé sur France Inter et BFMTV, "pense que Charb a dû se lever pour leur faire un bras d’honneur". "Dans la position où il est mort, il était enchevêtré dans sa chaise, c'est comme s'il avait été abattu en se levant. Et je le connaissais bien, c'était mon frère, et je sais qu'il a dû leur faire ça..." Juste après l’attaque, Patrick Pelloux a joint le président, François Hollande, qui lui a simplement dit "j’arrive".

"Je leur donnerais le Panthéon"

"Il est mort debout." Jeanette Bougrab, ancienne secrétaire d’Etat et compagne de Stéphane Charbonnier, alias Charb, a tenu à témoigner sur BFMTV, malgré son chagrin. "Ils sont morts pur qu'on puisse demeurer libres en France", a-t-elle exprimé au micro de Ruth Elkrief. "Si j'étais président de la République, je leur donnerais le Panthéon."

"C'étaient des gens exceptionnels, c'étaient des vrais héros, j'étais avec un héros que j'admirais, on était de bords politiques totalement différents mais il m'expliquait que j'étais une communiste qui s'ignorait."

"Il n'aimerait pas qu'on baisse les bras, il aimerait qu'on se batte. Il n'aimerait pas me voir pleurer", confie-t-elle à propos de son compagnon. Si elle comprend que "certains ne poursuivront pas l'aventure parce qu'ils sont terrorisés", elle affirme que "Charlie doit continuer".

Aude Deraedt