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Prisons: la CGT et FO rejettent les propositions du gouvernement

Une banderole CGT à la prison de Vendin-le-Vieil

Une banderole CGT à la prison de Vendin-le-Vieil - Denis Charlet / AFP

La CGT-Pénitentiaire et l'Ufap-Unsa ont annoncé ce samedi soir qu'ils ne signeraient pas le projet d'accord négocié avec le gouvernement. De sont côté, FO, qui s'est tenu à l'écart des négociations, a déjà appelé à "durcir" le ton.

Après une semaine de tensions dans les prisons, la CGT-Pénitentiaire et le syndicat Ufap-Unsa (majoritaire) ont suspendu samedi leurs blocages pour soumettre à leurs militants des propositions sur la sécurité et l'emploi inscrites dans le cadre du protocole d’accord signé avec le gouvernement la veille.

En début de soirée, la CGT a finalement indiqué que ses syndiqués ne signeront pas "le relevé de conclusions proposé par le ministère", avant d'appeler "l'ensemble de ses militantes et militants, à continuer les actions entreprises depuis le début de la semaine" et de réaffirmer "dès à présent son appel à un blocage total de l'ensemble des établissements dès lundi 22 janvier".

L'Ufap-Unsa rejette le projet

De son côté, l'Ufap-Unsa, qui n'avait en fin d'après-midi pas encore reçu l'ensemble des réactions de sa base, a annoncé les résultats de sa consultation tard dans la soirée. Le syndicat rejette lui aussi le projet d'accord et appelle également au "blocage total" lundi.

Enfin, FO-Pénitenciaire (environ 30%) qui fait cavalier seul depuis le début du mouvement lancé après l'agression de surveillants par un détenu jihadiste dans le Pas-de-Calais, a appelé à durcir le mouvement. "C'est de la poudre aux yeux", a réagi samedi Yoan Karar, secrétaire général adjoint du syndicat, à propos des mesures proposées.

Le projet d'accord publié vendredi soir prévoit notamment la création de 1100 emplois de surveillants sur quatre ans, "dont une première tranche de 100 emplois dès 2018". À l'heure actuelle, l'administration pénitentiaire compte 28.000 surveillants dans 188 établissements.

Après une série d'agressions qui a attisé la colère des surveillants, le texte prévoit aussi des mesures pour améliorer la sécurité des gardiens et un régime de détention défini pour les "détenus terroristes et radicalisés", permettant une "étanchéité totale de la gestion des détenus les plus dangereux". Le document a également été soumis à la ministre de la Justice Nicole Belloubet.

Trois prisons touchées à la mi-journée

"FO a appelé à des dépôts de clés partout en France, mais ça n'est pas le cas" dans les faits, a dit une source au sein de l'administration pénitentiaire (DAP). Trois établissements pénitentiaires étaient touchés à la mi-journée sur tout le territoire par la mobilisation des surveillants, a ajouté cette source.

À Borgo, en Corse, le "dépôt de clés" se poursuivait, au lendemain de l'agression de deux surveillants de ce centre pénitentiaire par un détenu signalé pour radicalisation. Comme vendredi, la prison est gérée par les gendarmes.

À Fleury-Mérogis (Essonne), la plus grande prison d'Europe, seul un bâtiment sur les cinq que compte la maison d'arrêt des hommes fonctionnait normalement samedi matin, selon Thibault Capelle, secrétaire local FO-Pénitentiaire.

À Fresnes (Val-de-Marne), une quarantaine de surveillants se sont rassemblés devant l'entrée de la prison et ont retardé leur prise de service jusqu'aux alentours de 8 heures. Au centre pénitentiaire de Réau (Seine-et-Marne), "90% des agents n'ont pas pris leur service" samedi matin, selon Erwan Saoudi de FO-Pénitentiaire.

Manque de candidats

Ce dernier regrette que le projet d'accord n'aborde pas la revalorisation des salaires alors qu'"énormément" d'agents quittent la pénitentiaire, vers d'autres administrations: "Ils pourraient annoncer 4.000 (agents supplémentaires), ils n'arriveront pas à recruter. Tant qu'on aura pas des salaires à la hauteur de nos missions, on n'arrivera pas à recruter".

Selon Yoan Karar de FO-Pénitentiaire, "il y a encore eu un concours de recrutement de gardiens de prison (ces derniers jours) et 70% des candidats ne se sont même pas présentés".

C'est dans ce climat, qu'à la prison de Maubeuge (Nord) un "mouvement d'excitation" a gagné samedi une vingtaine de détenus, selon Alain Jégo, directeur interrégional des services pénitentiaires, entraînant l'intervention des Equipes régionales d'intervention et de sécurité (Eris). "Le problème est réglé", a-t-il ajouté, refusant de parler de "mutinerie".

Les surveillants ont lancé leur mouvement national de blocage des prisons après l'agression le 11 janvier de gardiens de prison par un détenu jihadiste à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Autres agressions qui a attisé la colère des surveillants, celle d'une gardienne du centre de détention de Tarascon (Bouches-du-Rhône) mardi par un détenu et celle de deux autres gardiens à Borgo (Corse) vendredi.

P.L avec AFP