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Agression de Vendin-le-Vieil: les syndicats appellent à reconduire les blocages des prisons ce mardi

Rassemblement devant la prison de Villeneuve-les-maguelone.

Rassemblement devant la prison de Villeneuve-les-maguelone. - PASCAL GUYOT / AFP

Après l'agression de trois surveillants à la prison de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais, jeudi par un détenu islamiste, les syndicats pénitentiaires ont appelé à un nouveau blocage des prisons. Nicole Belloubet, ministre de la Justice, sera quant à elle ce mardi à 9h à la prison de Vendin-le-Vieil.

Trois syndicats de personnel pénitientiaire, l'Ufap-Unsa Justice (majoritaire), la CGT et FO, ont appelé à reconduire mardi le mouvement national de blocage des prisons lancé lundi après l'agression de surveillants à Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais.

Réunies lundi après-midi, les trois organisations n'ont toutefois pas réussi à s'entendre sur des revendications communes, Force Ouvrière souhaitant inclure des demandes sur les salaires et les statuts des personnels pénitentiaires alors que les deux autres veulent d'abord se concentrer sur les questions de sécurité.

"Nous repartons demain (mardi) avec la CGT. Ils (Force Ouvrière) font de la surenchère en voulant rajouter un échelon indemnitaire et statutaire. La situation est assez grave, il ne faut pas tout mélanger. La priorité est la sécurité des personnels", a déclaré le secrétaire général de l'Ufap-Unsa, Jean-François Forget. "Nous serons tous présents demain (mardi) mais avec des plateformes différentes. Nous sommes tous d'accord sur la sécurité, mais nous voulons aussi une revalorisation indemnitaire et statutaire, c'est un tout", a expliqué de son côté le secrétaire général de FO-Pénitentiaire, Emmmanuel Baudin.

"On est arrivé à un point de non-retour"

Celui-ci, sur notre plateau dans la soirée, a confirmé: "Dès demain matin, nous bloquerons de nouveau tous les établissements de France. On veut un mouvement qui soit dur parce que la vie des surveillants et leur métier sont de plus en plus durs et ce n’est plus acceptable." "On est arrivé à un point de non-retour", a-t-il appuyé. 

En face de lui, Joaquim Pueyo, député PS élu dans l'Orne et ex-directeur de la prison de Fresnes, a fait état de sa visite, dans la matinée, dans l'établissement pénitentiaire d'Alençon: "Ce matin, à la maison centrale, les surveillants me disaient qu’ils n’étaient pas tellement considérés par les pouvoirs publics." Il a relayé l'une des attentes de ces personnels: "Ils veulent davantage de sécurité notamment pour détenu qui ont un profil bien particulier. Ils ne demandent pas des moyens de contrainte pour tous les détenus mais pour certains détenus qui sont ciblés comme dangereux. Il me semble que c’est plutôt justifié."

Selon lui, ce problème va de pair avec celui de la surpopulation carcérale: "Comment voulez-vous qu’un surveillant puisse faire son travail dans de bonnes conditions lorsqu’il ouvre une cellule avec trois détenus voire quatre alors que normalement c’est un détenu ? Il y avait un programme qui avait été lancé pour construire 15.000 places, je crois qu’il est temps de le mettre en œuvre."

139 prisons concernées lundi 

Lundi, la mobilisation à l'appel de ces trois syndicats pour réclamer plus de moyens et de sécurité après l'agression de trois gardiens de la prison de Vendin-le-Vieil par l'islamiste allemand Christian Ganczarski, a été largement suivie en France. Selon un bilan de l'administration pénitentiaire, 139 prisons sur 188 centres pénitentiaires ont été "impactés à des degrés divers" par cette mobilisation, soit par des blocages totaux, partiels, piquets de grève ou débrayages.

Lundi en fin de journée, "il n'y (avait) plus de blocages, sauf à Fleury-Mérogis", a précisé un de ses porte-paroles. Depuis 18H00, une centaine de manifestants étaient rassemblés devant cette prison en Essonne, plus grand centre pénitentier d'Europe, a constaté une journaliste. Des barrages de palettes de bois et de pneus étaient disposés sur la route menant à l'établissement, sans être toutefois mis à feu.

Le directeur de la prison de Vendin-le-Vieil avait dès lundi matin annoncé sa démission, réclamée par les syndicats. Emmanuel Macron a promis un "plan pénitentiaire global" d'ici fin février, lors d'un discours prononcé à l'occasion de l'audience solennelle de rentrée de la Cour de Cassation.

L'Union syndicale des magistrats soutient le mouvement de blocage 

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, se déplacera ce mardi à 9h à la prison de Vendin-le-Vieil. "Je souhaite voir avec eux comment les conditions de sécurité pourraient leur apparaître mieux assurées qu'elles ne l'étaient (...) comment on peut mieux améliorer encore la prise en charge de la sécurité et les entendre de manière plus large s'ils le souhaitent sur leurs conditions de travail", a déclaré la ministre.

Le mouvement de blocage a reçu le soutien de l'Union syndicale des magistrats (USM), qui a rappelé que "les prisons françaises sont tristement célèbres pour leur vétusté et leur surpopulation" et "les conditions de détention indignes subies par les détenus se répercutent sur les conditions de travail de ceux qui oeuvrent au quotidien dans ces établissements".

R.V. avec AFP