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Netflix affaire grégory

Grégory Villemin a été enlevé et tué le 16 novembre 1986.

Grégory Villemin a été enlevé et tué le 16 novembre 1986. - AFP

Depuis le 20 novembre, la plateforme Netflix diffuse une mini-série sur l'affaire Grégory Villemin. Cinq épisodes retraçant le meurtre non-élucidé de ce petit garçon de 4 ans en 1984 dans les Vosges. S'il n'y a pas de révélations fracassantes sur l'enquête, ce documentaire met en lumière le travail des gendarmes puis des policiers ou encore le traitement médiatique de cette affaire unique dans les annales judiciaires à base d'images et de documents inédits et particulièrement marquants.

"On nous disait dans les cafés 'Pourquoi vous êtes venus à autant de journalistes? Des enfants on en tue partout en France!'." Comment expliquer aux habitants de Lépanges-sur-Vologne ou Docelles qu'à côté de chez eux se déroule une affaire hors normes, un meurtre où tous les ingrédients sont réunis pour transformer un fait divers en histoire. Ce fait divers c'est le meurtre de Grégory Villemin, 4 ans, jeté dans les eaux de la Vologne, des cordelettes liant ses pieds, ses mains et entourant son cou, après avoir été enlevé devant la maison de ses parents le 16 octobre 1984.

"Il y avait la formule magique", résume Jean Ker, grand reporter à Paris Match qui a longuement suivi les rebondissement de cette affaires entrée dans la mémoire collective.

Tout semblait avoir été dit ou montré sur ce cold case, mêlant le fait divers, à la jalousie familiale, aux menaces anonymes, à la folie médiatique. C'était sans compter sur la mini-série, intitulée sobrement Grégory, diffusée depuis le 20 novembre sur Netflix. Cinq épisodes retraçant l'affaire du 16 novembre 1984 à juin 2017 et les derniers rebondissements judiciaires. L'approche des réalisateurs de cette série documentaire, Gilles Marchand et Elodie Polo Ackermann, est chronologique. Il ne faut pas s'attendre à des révélations sur l'enquête mais le documentaire donne la parole à de nombreux protagonistes et basée sur de nombreux documents audio et visuels, parfois inédits. La force de cette mini-série.

> Les images de l'enterrement de Grégory

Preuve de l'engouement médiatique pour l'affaire Grégory Villemin, les journalistes, nombreux, ont photographié et filmé les obsèques du petit garçon au cimetière de Lépanges-sur-Vologne. Dans les deux premiers épisodes, ce moment de douleur est longuement montré en images. On peut y voir les parents de l'enfant, blottis l'un contre l'autre, la foule importante présente pour cet enterrement, puis soudain, crevant l'atmosphère silencieuse, les cris de désespoir de Christine Villemin. "Grégory reviens", hurle-t-elle.

"Je vous avoue que je n'avais jamais vu les obsèques de Grégory de manière aussi détaillée", confesse devant la caméra Etienne Sesmat, l'un des premiers gendarmes à avoir enquêté sur la mort de l'enfant. "Je n'avais jamais vu les obsèques en film, seulement des photos figées", confie également Me Marie-Christine Chastand-Morand, avocate de la première heure des Villemin.

> L'enregistrement de Louisette

L'une des figures de cette mini-série est Jean Ker, grand reporter pour Paris Match, qui a suivi l'affaire réussissant même à intégrer le clan Villemin. Le journaliste a beaucoup enquêté, beaucoup photographié mais aussi beaucoup enregistré. Et notamment ces nombreux entretiens avec tous les protagonistes de l'affaire. Il y en a un interpelle, celui de Louisette Jacob, tante de Jean-Marie Villemin et de Bernard Laroche. Cette conversation a été enregistrée dans les semaines qui ont suivi la mort de Grégory. 

"Marie-Ange et Bernard, ils ont peur (...) Ils ont peur de coucher là-haut (...) C'est pour le gosse ça", explique Louisette Jacob à Jean Ker. Ce dernier vient en effet de croiser au domicile de la vieille dame Bernard Laroche, suspecté du meurtre de l'enfant avant d'être tué par Jean-Marie Villemin. Une scène improbable entre les deux hommes racontée par Jean Ker. "Ce sont les mots les plus forts ça", confie le journaliste face à la caméra de Gilles Marchand et Elodie Polo Ackermann.

> Les photos intimes de la famille Villemin

Une touffe de cheveux encadrant un visage joufflu, un regard souriant, le portait posé d'un enfant de 4 ans habillé de son pull gris et jaune. Cette image de Grégory Villemin est ancrée dans la mémoire collective, une image reprise à chaque fois pour illustrer cette affaire. Les réalisateurs de la mini-série Grégory ont récolté des images du petit garçon souriant aux côtés de sa mère devant le traditionnel sapin de Noël ou sur les épaules de son père. Une plongée dans l'intimité de cette famille grâce aux archives, notamment, de Jean Ker, grand reporter à Paris Match qui a immortalisé le portrait connu du petit garçon.

> Des protagonistes inconnus du grand public

Bernard Laroche, Muriel Bolle, le juge Jean-Michel Lambert, ces noms font partie de l'affaire Grégory. Les réalisateurs de la série diffusée sur Netflix ont réussi à faire témoigner des personnes de l'ombre. C'est le cas d'Edith Gaudin. A l'époque, elle est la greffière du juge Maurice Simon lorsque le magistrat récupère le dossier d'enquête en 1989 après que la cour de cassation a décidé de confier l'affaire à la cour d'appel de Dijon, déjugeant alors le juge Jean-Michel Lambert. 

Edith Gaudin raconte le juge Simon, son acharnement quotidien, son implication à reprendre le dossier à zéro, mais aussi les auditions du couple Villemin. Elle décrit une Christine Villemin qui parle "avec son coeur" ou le "bouillonnement intérieur" de Jean-Marie Villemin lorsqu'il répond aux questions du juge. "C'est la première fois que je peux parler et qu'on m'écoute", dira d'ailleurs le père de Grégory dans le bureau de juge, comme le raconte la greffière. 

"Il y a des choses que j’ai découvertes, que je connaissais et qui ont été vraiment creusées, estime Me Chastand-Morand. On voit que le mécanisme est démonté et par exemple on voit très bien comment Jean-Marie Villemin était à bout quand il est passé à l’acte (quand il a tué Bernard Laroche, NDLR). Il était seul, il y avait cette traque, tous ces articles. On revoit l’engrenage et ça c’est quelque chose que je n’avais pas encore vraiment vu dans d’autres documentaires."

> La réhabilitation publique de Christine Villemin

Le documentaire s'attarde longuement sur la piste Christine Villemin un temps privilégiée par le juge Jean-Michel Lambert qui l'a renvoyée devant une cour d'assises. En 1993, la cour d'appel de Dijon prononce un non-lieu à son encontre pour "absence totale de charges". Une décision inédite selon son avocate Me Chastand-Morand qui prouverait que l'enquête du juge Lambert a été bâclée. 

Avant cette réhabilitation, Christine Villemin a été traquée par les journalistes, vilipendée par les enquêteurs ou les observateurs. On lui a prêté des amants, on l'a jugée trop apprêtée ou trop aguichante pour une mère endeuillée. "Les gens qui ne connaissent rien à l'affaire Grégory et qui ont vu le documentaire, leurs yeux se sont ouverts", relève Me Thierry Moser, avocat du couple Villemin. Il assure que depuis la diffusion il a reçu une vingtaine de témoignages de soutien aux parents de Grégory. Des témoignages qui leur a transmis.

Justine Chevalier