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Disparition de la famille Troadec: la police scientifique au cœur de l'enquête

La police scientifique possède un maillage territorial très serré pour intervenir rapidement.

La police scientifique possède un maillage territorial très serré pour intervenir rapidement. - Boris Horvat - AFP

L'une des clés de l'affaire de la disparition de la famille Troadec se cache sans doute dans sa maison d'Orvault, près de Nantes. Pour faire avancer les recherches, la police scientifique et technique a été sollicitée. Zoom sur ce service de pointe de la police nationale, qui a recours à la haute technologie pour élucider les mystères.

Des traces de sang découvertes, une montre cassée, des draps ôtés et lavés... l'enquête sur la disparition de la famille Troadec à Orvault, près de Nantes, révèle chaque jour de nouveaux éléments pour tenter de percer ce mystère. Ce mercredi, le pantalon et la carte Vitale de la fille de la famille, Charlotte, âgée de 18 ans, ont été découverts dans un fossé à près de 300 kilomètres du domicile parental. Au cœur des investigations, le travail de la police technique et scientifique, ces hommes et femmes en combinaison de la tête au pied qu'on voit arriver sur les scènes de crime pour faire parler les indices.

Réunis au sein de la sous-direction de la police technique et scientifique (SDPTS) basée à Ecully, dans le Rhône, ces policiers sont répartis selon un réseau territorial de services locaux, départementaux, régionaux et les trois unités nationales. "Cela nous permet d'avoir un maillage territorial très fort avec différents niveaux de compétences", estime la commissaire Elvire Arrighi, cheffe de la division criminalistique et des unités opérationnelles de la SDPTS. De ce fait, ces services sont soient directement saisis, soient appelés en renfort lorsque des compétences plus spécifiques sont nécessaires.

Un travail à base de photos

Une fois la scène de crime repérée, les hommes de la police technique et scientifique sont les seuls à pouvoir y pénétrer. "C'est presque notre mission principale", estime la commissaire Arrighi. "Il ne faut pas que la scène soit altérée ou polluée". Pour cela, les policiers se protègent de la tête aux pieds avec combinaisons, chaussons, gants, masques et charlottes. A eux par la suite de ne pas dénaturer les lieux. "Ils rentrent selon un cheminement précis avec une stratégie de progression", poursuit la cheffe de la division criminalistique.

Méthodique et précis, ces policiers s'appuient largement sur la photographie. Des clichés pris avant de pénétrer les lieux pour avoir une vue d'ensemble, si la scène venait à être polluée, puis des prises de vue de chaque indice ou des prises aériennes pour contextualiser les lieux. Dans le cas de l'affaire Troadec, un drone a été utilisé par les enquêteurs pour survoler le pavillon du couple et savoir si la terre a pu être retournée, rapporte Le Parisien.

Sperme, sang, bout de peau...

Ces prises de vue permettent également de réaliser des reconstitutions à 360 degrés des lieux pour réaliser des visites virtuelles au cours de l'enquête. Pour cela, les enquêteurs disposent depuis quelques semaines d'un nouvel outil pour remplacer les papiers et les crayons. Grâce à une application sur tablette, l'ensemble des éléments repérés sur une scène de crime peuvent être enregistrés et centralisés immédiatement, permettant ainsi un gain de temps précieux lors des enquêtes.

De la vue d'ensemble, les "experts" de la police passent rapidement à l'infiniment petit. "Notre travail est de rendre visible ce qui n'est justement pas visible à l'œil nu", développe Elvire Arrighi. Lors de cette phase de révélations, les enquêteurs s'appuient sur différentes techniques. En aspergeant de produit, le Bluestar, sur les surfaces à examiner, il est possible de révéler du sang ou du sperme. Par projection de lumière, ce seront des cheveux, des fibres ou des morceaux de peau qui pourront être recueillis. Pour identifier leurs propriétaires, des comparaisons avec d'autres éléments comme les brosses à dents et les brosses à cheveux sont par la suite effectuées. Une identification qui se fait quasi-immédiatement. 

S'adapter aux zones de recherches

A Orvault, de gros moyens ont été mobilisés. Outre les hommes de la police scientifique à l'échelon territorial, le service régional d'identité judiciaire appuyé par l'unité nationale d'intervention - dont les 40 policiers avaient travaillé sur les attentats de Nice et de Paris - ont été réquisitionnés pour analyser le pavillon des Troadec, où des taches de sang, dont on a tenté d'effacer certaines, ont été découvertes, mais aussi à Coat Mez, où les effets de Charlotte ont été retrouvés.

Dans ce deuxième secteur de recherches près de Brest, à près de 300 kilomètres du premier, les enquêteurs travaillent dans l'urgence. "Les scènes en extérieur par définition ne sont pas protégée", rappelle la cheffe de la division criminalistique et des unités opérationnelles de la SDPTS. Même avec le déploiement de tente ou de brise-vue, les enquêteurs doivent travailler contre la montre avec des indices qui s'altèrent plus rapidement. La lumière artificielle utilisée en intérieur pour faire apparaître des traces est quasiment inefficace en extérieur. Dans le Finistère, 40 élèves de l'école de gendarmerie de Chateaulin ont procédé mercredi soir à une battue au faisceau de leurs lampes-torches pour tenter de retrouver des traces de la famille Troadec.

Justine Chevalier